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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400119

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400119

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHOLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2024, M. L M B, représenté par Me Chollet, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a décidé son transfert aux autorités maltaises, ainsi que l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret d'examiner sa demande d'asile dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros à verser à son conseil.

M. B soutient que :

- l'arrêté de transfert devra être annulé pour vice de procédure, faute pour la préfète du Loiret de démontrer qu'elle lui a fourni l'ensemble des informations prévues par l'article 18 du règlement (CE) n° 2725/2000 ;

- la préfète du Loiret a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision de transfert sur sa situation personnelle, eu égard aux risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'il encourt à Malte ;

- l'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'incompétence ;

- cet arrêté devra également être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté de transfert.

Par un mémoire enregistré le 15 janvier 2024, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. K pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. K,

- et les observations de Me Chollet, représentant M. B, qui persiste dans les conclusions de la requête par les mêmes moyens, ainsi que du requérant lui-même, assisté par M. G, interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités maltaises :

3. En premier lieu, le règlement (CE) n° 2725/2000 du Conseil du 11 décembre 2000 a été abrogé par le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, qui l'a remplacé. En invoquant les dispositions de l'article 18 du règlement du 11 décembre 2000, M. B doit être regardé comme ayant entendu invoquer les dispositions de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Toutefois, l'obligation d'information prévue par cet article a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés. Par suite, la méconnaissance de cette obligation ne peut en tout état de cause être utilement invoquée à l'encontre de la décision de transfert en litige.

4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. le requérant fait valoir qu'il ne sera pas en sécurité à Malte, dès lors qu'en raison des fonctions qu'il a exercées en Lybie pour le compte d'organisations non gouvernementales il est recherché par des milices qui ont des ramifications à Malte. Toutefois, si dans ses écritures ainsi qu'à l'audience M. B a fait état d'articles de presse portant sur l'action des milices libyennes à Malte, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de transfert à Malte. Par suite, les moyens tirés, d'une part, de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part, de l'erreur manifeste que la préfète du Loiret aurait commise s'agissant des conséquences de la décision de transfert sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

6. En premier lieu, l'arrêté du 29 décembre 2023 portant assignation à résidence de M. B a été signé par Mme I E, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Loiret, pour la préfète et en l'absence de M. Costaglioni, secrétaire général, de M. Méo, secrétaire général adjoint, de M. F, directeur de cabinet, de Mme H, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. A J, directeur adjoint des migrations et de l'intégration. Par l'article 3 de son arrêté du 7 novembre 2023 portant délégation de signature au profit de Mme H, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme D C, préfète du Loiret, a donné délégation à Mme E, en cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. Costaglioni, de M. Méo, de M. F, de Mme H et de M. A J, à l'effet de signer les décisions d'assignation à résidence. Il n'est pas établi ni même allégué que ces délégataires n'étaient pas absents ou empêchés en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

7. En second lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 5 ci-dessus que l'arrêté du 28 décembre 2023 portant transfert de M. B aux autorités maltaises n'est entaché d'aucune des illégalités invoquées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté d'assignation à résidence devrait être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté de transfert.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés qu'il attaque. Les conclusions de sa requête à fin d'annulation doivent ainsi être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. L M B et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Frédéric K

La greffière,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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