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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400355

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400355

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOBO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2024, Mme F A, représentée par Me Kobo, avocat, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023, notifié le 25 janvier 2024, par lequel la préfète du Loiret a décidé son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Mme A soutient que :

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté de transfert disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- l'arrêté de transfert attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

- en n'examinant pas sa demande au regard des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, la préfète a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme G pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées aux articles L. 777-1 à L. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 30 janvier 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme G ;

- les observations de Me Kobo, représentant Mme A, qui a repris ses écritures et demandé, en outre, au tribunal d'accorder à la requérante le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

- la préfète du Loiret n'était ni présente, ni représentée.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F A, de nationalité angolaise, née le 15 juin 2004, est entrée irrégulièrement en France et s'est présentée le 21 septembre 2023 à la préfecture du Loiret pour déposer une demande d'asile. Elle s'est vu remettre, en application de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une attestation de demande d'asile en procédure " Dublin ", après que la consultation du fichier " Visabio " a révélé qu'elle était en possession d'un visa pour le Portugal en cours de validité, délivré par les autorités angolaises. Saisies le 11 octobre 2023 d'une requête aux fins de prise en charge, les autorités portugaises ont accepté le 11 décembre 2023 leur responsabilité, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. La préfète du Loiret, par un arrêté du 13 décembre 2023 notifié le 25 janvier 2024, a décidé le transfert de Mme A aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile et, par un arrêté du 14 décembre 2023 également notifié le 25 janvier 2024, a assigné l'intéressée à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête ci-dessus analysée, Mme A demande l'annulation du seul arrêté portant transfert aux autorités portugaises.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". En outre, aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C E, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 7 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 8 novembre 2023, la préfète du Loiret a donné délégation de signature à Mme E à l'effet de signer notamment " les décisions de transfert à un Etat responsable de l'examen de la demande d'asile. () En cas d'absence ou d'empêchement concomitant de M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général, de M. Adrien Meo, secrétaire général adjoint, et de M. B D, directeur de cabinet ". Il n'est pas établi ni même allégué que MM. Costaglioli, Meo et D n'étaient pas, à la date de l'arrêté en cause, absents. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté, qui manque en fait, doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

6. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et mentionne que la consultation du fichier " Visabio " a permis de constater que Mme A était en possession d'un visa pour le Portugal en cours de validité au moment du dépôt de sa demande d'asile en France, une telle motivation faisant apparaître que l'Etat responsable a été désigné en application des critères énoncés au paragraphe 2 ou 3 de l'article 12 du règlement. Il expose que les autorités portugaises, saisies le 11 octobre 2023 d'une requête, ont fait connaître leur accord le 11 décembre suivant. Cet arrêté précise en outre qu'au vu des éléments de fait et de droit caractérisant sa situation, Mme A ne relève pas des dérogations prévues aux articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par ailleurs, la préfète, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle de la requérante, a examiné la situation de cette dernière au regard des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indiquant que l'intéressée, qui avait déclaré être célibataire sans enfant lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, ne pouvait se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France. Enfin, la préfète a conclu à l'absence de risque personnel de nature à constituer une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités de l'Etat responsable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par ces dernières dispositions, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. Il ressort du résumé de l'entretien individuel produit en défense par la préfète du Loiret que la requérante s'est déclarée célibataire et sans enfant et a indiqué n'avoir aucun autre membre de sa famille en France. Si l'intéressée soutient qu'elle a fui son pays à la suite des menaces de mort et des menaces à sa liberté d'aller et venir dont elle a fait l'objet en raison de son combat pour les droits de l'homme et des libertés individuelles, elle n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation. Ces circonstances ne sauraient suffire, en tout état de cause, à considérer que la préfète du Loiret, en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées aurait entaché son appréciation d'une erreur manifeste au regard des dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a décidé son transfert aux autorités portugaises pour l'examen de sa demande d'asile. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Patricia G

La greffière,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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