Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400453

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE

Résumé IA

Le Tribunal administratif d’Orléans, statuant en urgence et en juge unique, a rejeté la requête de M. B qui contestait le refus partiel de remise gracieuse d’un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 14 161,17 euros pour la période de janvier 2021 à mai 2023. Le juge a estimé que, compte tenu de l’importante remise déjà accordée par le département (8 496,70 euros) et du remboursement du solde restant (3 894,51 euros) par retenues sur ses prestations sociales, la situation de précarité et la bonne foi de l’intéressé ne justifiaient pas une remise supplémentaire. La décision s’appuie sur l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles, qui subordonne la remise à la bonne foi ou à la précarité du débiteur.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 8 décembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Loir-et-Cher a rejeté, partiellement, sa demande de remise gracieuse de la somme de 14 161,17 euros de revenu de solidarité active indument perçue au titre de la période de janvier 2021 à mai 2023.

Il soutient que sa situation financière et personnelle est difficile et qu'il est de bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le département de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le solde de la dette du requérant s'établit à ce jour à 3 894,51 euros compte tenu de l'annulation par la caisse d'allocations familiales de la somme de 3 479,55 euros correspondant à l'indu de la période de janvier à juin 2021 ;

- le requérant a manqué à ses obligations déclaratives ;

- le solde de la dette sera remboursé par retenues sur les aides sociales versés par la caisse d'allocations familiales.

La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales de Loir-et-Cher qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, relatif au revenu de solidarité active : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".

2. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé aux allocations ou à leur montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

4. En l'espèce, l'administration a accordé au requérant la remise gracieuse de la somme de 8 496,70 euros sur l'indu de 14 161,17 euros de revenu de solidarité active indument perçu au titre de la période de janvier 2021 à mai 2023. Par ailleurs, la dette du requérant s'établit à ce jour à 3 894,51 euros compte tenu de l'annulation par la caisse d'allocations familiales de la somme de 3 479,55 euros correspondant à l'indu de la période de janvier à juin 2021 et que ce solde sera remboursé par des prélèvements sur les aides sociales accordées à l'intéressé par la caisse. Dans ces conditions, compte tenu de l'importante remise gracieuse accordée à l'intéressé par l'administration et dès lors que le remboursement du solde de la dette s'effectue par retenues sur les prestations versées par la caisse d'allocations familiales lesquelles sont plafonnées pour tenir compte de la capacité financière de l'allocataire, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de remise gracieuse de la somme de 3 479,55 euros de dette de revenu de solidarité active restant due à ce jour.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la caisse d'allocations familiales de Loir-et-Cher et au département de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,Le greffier,

Jean-Michel DELANDRE Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2400478