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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400718

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400718

mercredi 28 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, M. A B, représenté par Me Mariette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024, par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, ensemble l'arrêté du même jour l'assignant à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de 45 jours renouvelable ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et dans cette attente de lui délivrer sous 48 heures à compter de la notification du jugement une autorisation provisoire de séjour sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire de l'arrêté contesté n'est pas établie ;

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi devra être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :

- l'arrêté devra être annulé en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la compétence du signataire de l'arrêté contesté n'est pas établie ;

- la mesure d'assignation à résidence porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire enregistré le 26 février 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Mariette, représentant M. B, présent.

Le conseil du requérant a indiqué que le requérant est présent sur le territoire depuis août 2018, qu'il a crée une société de réparation de palette en 2021 en auto-entrepreneur et qu'il travaillait pour son frère dans le cadre de contrats de sous-traitance. En mars 2022, il a été recruté par son frère par contrat à durée indéterminée en qualité de réparateur de palettes. A l'heure actuelle l'entreprise de son frère, qui est souvent en déplacement pour rechercher des contrats, risque de ne plus pouvoir fonctionner si l'obligation de quitter le territoire est exécuté car l'autre salarié embauché a démissionné. Par ailleurs, son frère et sa belle-sœur son parents d'un enfant autiste dont il gère les rendez-vous médicaux en l'absence de son frère, assurant un soutien moral et psychologique auprès de sa belle-sœur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 3 octobre 1986 est entré régulièrement en France le 28 août 2018 muni d'un visa C pour l'Espagne, valable du 22 août 2018 au 20 septembre 2018 l'autorisant à séjourner sur le territoire Schengen pour une durée maximale de 15 jours. Il s'est maintenu sur le territoire à l'expiration de son visa. Le 25 octobre 2022 il a présenté auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir une demande d'admission exceptionnelle au séjour en se prévalant d'un contrat de travail conclu avec la société Rayane Palette. Après consultation du service de la main d'œuvre étrangère, lequel a émis un avis défavorable sur cette demande, le préfet d'Eure-et-Loir par un arrêté du 21 février 2024 a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Par un second arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de 45 jours et a fixé ses obligations de pointage. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les deux arrêtés pris à son encontre le 21 février 2024 par le préfet d'Eure-et-Loir.

Sur la compétence du magistrat désigné :

2. Il résulte des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'un arrêté d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par arrêté du 21 février 2024 notifié le même jour. Dès lors, le magistrat désigné par le président du tribunal en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est compétent pour connaître des conclusions des requêtes dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 21 février 2024, également contesté devant le présent tribunal. En revanche, la formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celles-ci ainsi que de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté contesté a été signé le 21 février 2024 par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir, lequel disposait d'une délégation de signature accordée par le préfet d'Eure-et-Loir aux termes d'un arrêté du 4 septembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Eure-et-Loir sous le n° 62-2023, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions , contrats, circulaires, rapports, correspondances, procès-verbaux de réunion dont il assure la présidence et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure-et-Loir ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas l'arrêté contesté. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. M. B soulève par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve (.) des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.

6. L'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

7. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Si le requérant soutient qu'en indiquant que la demande d'autorisation de travail présentée ne respecte le montant du SMIC mensuel, il ressort des pièces du dossier et notamment des bulletins de salaire de M. B produits, couvrant la période du 1er mars 2022 au 30 janvier 2024, que le salaire versé à M. B suit l'évolution du SMIC mensuel et était, à la date de la décision contestée, de 1766,95 euros bruts soit un montant équivalent au montant du SMIC mensuel. Il s'ensuit qu'alors que le refus opposé par le service de la main d'œuvre étrangère est fondé sur le non-respect du SMIC, la décision contestée est entachée d'une erreur de fait qui, au regard des visas, de l'arrêté est de nature à avoir eu une incidence sur le sens de la décision prise.

9. En outre, si le préfet fait valoir que le requérant ne dispose d'aucune compétence en la matière, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé exerce cette activité dans le cadre de la création d'une activité de réparation de palettes en qualité d'auto-entrepreneur depuis octobre 2020 et qu'il n'existe pas de diplôme spécifique pour l'exercice de cette activité. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le refus de séjour qui lui est opposé par le préfet

d'Eure-et-Loir est entachée d'une erreur de fait, laquelle est de nature à avoir eu une incidence sur le sens de la décision prise.

10. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point précédent que M. B est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant de refus de séjour. En conséquence, il y a lieu d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision fixant le pays de renvoi, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 février 2024 portant assignation à résidence :

11. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 10 et alors que le présent jugement prononce l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. B, il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler l'arrêté prononçant son assignation à résidence, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête soulevés sur ce point.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. B dirigées contre le refus de titre de séjour contenu dans l'arrêté préfectoral du 21 février 2024, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2 : L'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 21 février 2024 ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a assigné M. B à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de quarante-cinq jours sont annulés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Eure-et-Loir.

Copie en sera adressée pour information à Me Mariette.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2024.

La magistrate désignée,

Hélène C

La greffière,

Florence PINGUET COMMEREUC

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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