Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400776
mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400776 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 février 2024, M. B A, représenté par la Sarl Equation Avocats, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 du préfet d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant l'Angola comme pays de destination de sa reconduite ;
2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant angolais né le 20 avril 1992, a déclaré être entré en France le 16 février 2023 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 21 février 2023, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 9 août 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 5 janvier 2024 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 29 janvier 2024, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Angola.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la requête :
4. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
5. Le requérant soutient qu'il risque de subir des traitements inhumains et dégradants du fait de ses opinions politiques. Il fait valoir qu'il est menbre du mouvement activiste Troisième division depuis 2013, qu'il a participé à l'élaboration du programme de ce mouvement, qu'il a été interpellé suite à la publication sur les réseaux sociaux de photographies d'une manifestation à laquelle il ne participait pas mais qu'il a relayée, qu'il a été fichée par les forces de l'ordre qui ont fait le lien avec le dossier de son père qui avait contesté son limogeage abusif par le ministère de la justice de son poste d'officier de l'état civil, qu'il a constaté que ce limogeage avait été décidé pour permettre d'offrir son poste à un membre de la famille du ministre, que son très bon ami " Luther King " a aussi été arrêté ainsi que son ami Chaneloy qui l'a hébergé à la suite de son arrestation en janvier 2022 lequel a été torturé par les forces de l'ordre, qu'il a été contraint de vivre dans la clandestinité de janvier 2022 à février 2023 en continuant à militer dans l'espoir de faire gagner le parti Unita, que ses espoirs se sont évanouis lorsque le parti MPLA a revendiqué la victoire aux élections générales du 24 août 2022 validée par la CNE, qu'il a alors cherché un moyen de fuir le pays et qu'il a reçu à deux reprises des avis pour se présenter aux forces de l'ordre. Toutefois, l'entretien de l'intéressé devant l'office français de protection des réfugiés et apatrides et son récit d'asile qui relatent ses propres déclarations, les photographies, ses publications, les exemples d'actes d'état civil établis par son père, le mandat de libération de son père, le recours hiérarchique établi par l'avocat de son père pour contester son limogeage, ses conversations WhatsApp avec ses amis et ses publications Facebook, l'article de presse sur la grève des chauffeurs de taxi ne sont pas de nature, eu égard à leur nature et à leur contenu, à établir que le requérant ferait l'objet de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. De même, le mandat de notification du 15 janvier 2022 et la convocation du 14 juillet 2022 des services du ministère de l'intérieur invitant l'intéressé à se présenter dans les services d'investigation criminelle, qui ne précisent pas l'objet de ces convocations, sont insuffisants pour établir qu'il ferait l'objet de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, le certificat du 2 octobre 2023 établi par un médecin généraliste prescrivant des séances de psychothérapie individuelle au requérant ne précise aucunement que ces soins ont pour origine des traitements inhumains ou dégradants qu'il aurait subis dans son pays d'origine. D'ailleurs, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.