Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401152
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401152 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL DEREC |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 21 mars et 20 novembre 2024, Mme B C, représentée par la Selarl Cabinet Rémy Le Bonnois, demande au juge des référés :
1) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner le SAMU 41 à lui verser la somme provisionnelle de 37 736,20 euros en réparation de ses préjudices subis à la suite de sa prise en charge fautive par le SAMU ;
2) de déclarer le jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher ;
3) de mettre à la charge du SAMU 41 la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été admise aux urgences du centre hospitalier de Vendôme le 18 janvier 2018 à 7 heures 49 pour des céphalées avec sensation de malaise, vertiges et vomissements ;
- devant la dégradation de son état de santé, le centre hospitalier de Vendôme a décidé son transfert au centre hospitalier régional universitaire de Tours à partir de 11 heures ;
- son transfert n'est finalement intervenu qu'à 17 heures 38 ;
- le retard pris dans le transfert, évalué à trois heures par l'expert désigné par le tribunal, a entraîné des préjudices graves ;
- elle est fondée à demander la réparation de ses préjudices.
Par une ordonnance du 17 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 octobre 2024 à 12 heures.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2024, le centre hospitalier de Blois, représenté par la Selarl Derec, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la créance de la requérante est sérieusement contestable dès lors que la responsabilité pour faute du centre hospitalier n'est pas établie.
Par une ordonnance du 21 octobre 2024, l'instruction a été rouverte.
Par une lettre du 24 octobre 2024, enregistré le 24 octobre 2024, le maire de la commune de Vendôme n'entend pas être partie à l'instance.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D en application des articles L. 222-2-1 et L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que Mme C a été admise aux urgences du centre hospitalier de Vendôme le 18 janvier 2018 à 7 heures 49 pour des céphalées avec sensation de malaise, vertiges et vomissements. Devant la dégradation de son état de santé, le centre hospitalier de Vendôme a décidé son transfert au centre hospitalier régional universitaire de Tours à partir de 11 heures. Son transfert par le SAMU 41 n'est finalement intervenu qu'à
17 heures 38. La requérante estime que le retard pris pour effectuer son transfert, évalué à trois heures par l'expert désigné par le tribunal, a entraîné une aggravation de son état de santé. Elle demande au tribunal de condamner le SAMU 41 à lui verser une somme provisionnelle de 37 736,20 euros en réparation des préjudices qu'elle prétend avoir subis.
En ce qui concerne les conclusions de la requérante aux fins de déclaration de jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher :
2. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels pourrait préjudicier ledit jugement dans des conditions leur ouvrant droit à former tierce-opposition à ce jugement. En l'espèce, la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher a été mise en cause par le tribunal de céans dans le cadre de l'instruction de la requête et elle est, par suite, devenue partie à l'instance. Dès lors, les conclusions de la requérante tendant à ce que la présente ordonnance soit déclarée commune et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires de Mme C :
3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".
4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
5. Il résulte des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
6. Pour justifier sa demande de provision, la requérante soutient que l'expert désigné par le tribunal administratif a estimé que son transfert avait été retardé de trois heures et que ce retard était imputable au SAMU 41. Le SAMU 41 est un service dépendant du centre hospitalier de Blois. Le centre hospitalier de Blois fait valoir que dans son rapport du 25 mai 2019, le docteur E, neurochirurgien, a retenu un retard de trois heures dans le transfert de la requérante, ayant entraîné une aggravation des lésions cérébrales de l'intéressée, " en raison des difficultés de transfert par le SAMU de Blois ", au motif que si les documents produits montraient que les médecins devaient gérer plusieurs urgences sur la même période, il n'avait pas eu d'éclaircissements précis, pour la période comprise entre 10 heures 32 et 13 heures 30, lors de la réunion d'expertise en raison de l'absence des membres du SAMU. Le centre hospitalier conteste les termes du rapport de l'expert en faisant valoir que les informations demandées par celui-ci lui ont été transmises par le biais de trois dires des 20 mai, 21 mai et
12 juin 2019 accompagnés de pièces justificatives. Il produit, notamment, un tableau duquel il ressort que le centre hospitalier de Blois ne dispose que d'une seule équipe SMUR et que le
18 janvier 2018, le service devait effectuer six transferts, dont celui de la requérante, qui étaient aussi urgents. Le centre hospitalier soutient également, sans être contredit, que compte tenu des conditions météorologiques, l'hélicoptère ne pouvait prendre le relais pour opérer le transfert ce que le docteur E n'a d'ailleurs pas mis en cause. Par ailleurs, dans un second rapport d'expertise déposé le 27 décembre 2022, le docteur A, neurochirurgien, estime que les séquelles dont souffre la requérante sont dues à 95 % à sa pathologie initiale. Enfin, la requérante a sollicité, dans une requête au fond introduite le 28 septembre 2023 sous le n° 2304027, une nouvelle expertise estimant que les expertises précitées étaient incomplètes et irrégulières. Dans ces conditions, il n'est pas établi, avec un degré suffisant de certitude, que le retard pris par le SAMU 41 dans le transfert de la requérante vers le centre hospitalier régional universitaire de Tours est fautif et que, par suite, l'obligation dont se prévaut la requérante ne serait pas sérieusement contestable. Par suite, sa demande d'allocation provisionnelle ne peut qu'être rejetée.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, au centre hospitalier de Blois, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher et à la commune de Vendôme.
Fait à Orléans, le 4 décembre 2024.
Le juge des référés,
Jean-Michel D
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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