Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401642
vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401642 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 avril 2024, M. B A, représenté par la SELARL Equations Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler pendant le temps de cet examen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Toullec.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, né le 25 décembre 1993, est entré en France le 19 mars 2021 selon ses déclarations. Il a, le 6 juin 2023, déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 janvier 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application, notamment l'article L. 435-1, et précise, au regard de cet article, notamment, que l'intéressé n'établit pas avoir engagé des démarches d'insertion depuis son arrivée en France et présente une promesse d'embauche pour un poste d'agent de propreté dans le cadre d'un contrat à durée déterminée de six mois et que le seul fait de disposer d'une promesse d'embauche ne saurait constituer un motif exceptionnel aux sens des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision de refus de titre de séjour est ainsi suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour contestée est entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " () ".
5. Pour justifier de motifs exceptionnels d'admission au séjour pour raisons professionnelles au titre de l'article L. 435-1 du de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A se prévaut d'une promesse d'embauche pour un poste d'agent de propreté dans le cadre d'un contrat à durée déterminée de six mois et fait valoir qu'il a travaillé dans la cueillette des pommes d'août à novembre 2023, secteur considéré en tension sur l'ensemble des régions métropolitaines par l'arrêté du 1er mars 2024 modifiant l'arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l'emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse. Toutefois, le requérant ne justifie ni de diplômes, ni de qualifications ou d'une expérience particulières. Par ailleurs, la promesse d'embauche - qu'il ne produit au demeurant pas - ne concerne pas, en tout état de cause, un métier considéré en tension dans la région Centre-Val de Loire. Dans ces circonstances, le préfet d'Indre-et-Loire, en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour motif professionnel sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
6. En quatrième lieu, dès lors que l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'est pas établie, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans charge de famille. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Guinée où vivent sa mère, sa sœur et ses deux frères et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Présent en France depuis trois ans à la date de l'arrêté attaqué, il ne justifie pas d'une intégration sociale et professionnelle particulières. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En sixième lieu, dès lors que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Le requérant soutient qu'il craint d'être exposé personnellement à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Guinée en raison de son appartenance au parti politique UFDG. Il produit, à l'appui de ses allégations, deux attestations des 19 mars 2015 et 5 février 2017 établies par le secrétaire général de section à Conakry du parti UFDG qui précise que le requérant est un militant du parti et qu'il est victime de persécutions et de menaces à cause de son appartenance à ce parti. Toutefois, ces seules attestations ne permettent pas d'établir qu'il ferait l'objet de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine, alors qu'au demeurant, il s'est vu délivrer le 28 février 2023, par l'ambassade de Guinée, une carte consulaire d'identité. Par ailleurs, s'il est constant que le requérant a été blessé par balle à la jambe gauche, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que cette blessure provient de traitements inhumains ou dégradants qu'il aurait subis dans son pays d'origine du fait de ses activités politiques. Enfin, le requérant se borne à affirmer dans sa requête que " les rapports d'organisations internationales sur les droits humains en Guinée s'accordent à dire que les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique sont bafouées, que des membres de la société civile qui avaient critiqué la période de transition politique ont été arbitrairement arrêtés et placés en détention ". Ces seules affirmations, eu égard à leur portée générale, ne permettent pas d'établir qu'il ferait personnellement l'objet de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le requérant - qui n'a au demeurant pas déposé de demande d'asile - n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURTLe greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 240164