Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401733
mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401733 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I° Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024 sous le n° 2401733, M. A B, représenté par la Selarl Equation Avocats, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 du préfet d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant l'Algérie comme pays de destination de sa reconduite ;
2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 3-1 et 27-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
II° Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024 sous le n° 2401734, Mme C D, représentée par la Selarl Equation Avocats, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 du préfet d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant l'Algérie comme pays de destination de sa reconduite ;
2) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 3-1 et 27-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
M. B et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 14 juin 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme D, ressortissants algériens nés les 21 août 1988 et
15 septembre 1994, ont déclaré être entrés en France le 1er août 2022 accompagnés de leurs deux enfants mineurs sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 30 août 2022, ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Placés en procédure Dublin du fait de leur identification en Espagne et après échec de cette procédure, leurs demandes ont été rejetées le
16 novembre 2023 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 22 février 2024 par la cour nationale du droit d'asile. Par les arrêtés attaqués du 28 mars 2024, le préfet d'Indre-et-Loire les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de leur pays d'origine.
2. Les deux requêtes susvisées ont pour objet le droit au séjour d'un couple d'étrangers et de leurs enfants mineurs. Elles présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les obligations de quitter le territoire :
3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
4. En l'espèce, les arrêtés attaqués du 28 avril 2024 visent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionnent les éléments de fait propres à la situation des requérants, notamment relatifs à leur situation familiale, à raison desquels le préfet les a obligés à quitter le territoire français à destination de leur pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, les obligations de quitter le territoire sont suffisamment motivées au regard de l'article
L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. Les requérants se prévalent de ces stipulations en faisant valoir qu'ils sont entrés en France en août 2022, qu'ils ont développé et noué des attaches particulièrement solides et intenses en France et plus particulièrement en Indre-et-Loire, que leur troisième enfant est né sur le territoire français le 21 août 2023, qu'ils ont entrepris des efforts d'intégration sur ce territoire en suivant des cours de français, que leur fille aînée, arrivée à l'âge de cinq ans, est scolarisée, que le requérant a deux frères en France et que les obligations de quitter le territoire affectent nécessairement la situation des enfants mineurs dès lors que ceux-ci les accompagnent dans l'exécution de la mesure d'éloignement et que l'administration n'a pas tenu compte d'un changement d'environnement et des difficultés d'insertion dans le pays de renvoi que risquent de rencontrer les enfants. Toutefois, ils sont entrés très récemment en France, le 1er août 2022, et se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire français malgré les décisions administratives et juridictionnelles dont il est fait état au point 1. Par ailleurs, si deux frères du requérant résident en France, il ressort des pièces du dossier qu'un seul est en situation régulière et les requérants ne contestent pas que leurs parents résident en Algérie. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie. Par suite, eu égard notamment aux conditions de séjour sur le territoire français des intéressés, les obligations de quitter le territoire attaquées ne portent pas à leur droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux effets des mesures attaquées et ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants. Il suit de là que les obligations de quitter le territoire attaquées ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. Enfin, aux termes de l'article 27 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Les Etats parties reconnaissent le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social. ". Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ces stipulations qui ne créent d'obligations qu'entre Etats et sont dépourvues d'effet direct à l'égard des particuliers en droit interne.
Sur les décisions fixant le pays de renvoi :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les obligations de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de renvoi doivent être annulées en conséquence de l'annulation des obligations de quitter le territoire.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Les requérants soutiennent qu'ils risquent de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Algérie. Toutefois, ils ne produisent aucun élément ou document de nature à établir qu'ils feraient l'objet de persécutions de la part des autorités de leur pays en cas de renvoi dans ce pays. Au demeurant, les demandes d'asile des intéressés ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. Par suite, les décisions fixant le pays de renvoi ne méconnaissent pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B et de Mme D doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées par M. B et Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Mme C D et au préfet d'Indre-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Céline BOISGARDLa République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2401733