Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401762
mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401762 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 29 avril 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise transmet au tribunal administratif d'Orléans la requête présentée par
M. J M en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative.
Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. M demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 du préfet des Hauts-de-Seine l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant l'Algérie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français volontaire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. M, ressortissant algérien né le 5 avril 1997, a été interpellé pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis de conduire et pour non-respect d'une assignation à résidence d'un étranger devant quitter le territoire français. Il a déclaré être entré en France en 2019 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Par l'arrêté attaqué du 26 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 26 avril 2024 a été signé par Mme O, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement. Selon l'article 1er de l'arrêté SGAD n° 2024-17 du 8 avril 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial SGAD de la préfecture mis en ligne sur le site électronique de la préfecture dans la rubrique " Recueil des actes administratifs " dans des conditions permettant un accès facile et garantissant la fiabilité et la date de la mise en ligne de tout nouvel acte ce qui est suffisant pour le rendre opposable aux tiers, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Mme L A, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, dans la limite des attributions dévolues à cette direction, notamment, tous actes et décisions. L'article 2 de l'arrêté prévoit que sous l'autorité et en cas d'absence ou d'empêchement de madame L A, délégation de signature est donnée pour signer ou viser dans les conditions fixées par l'article 1 de l'arrêté, dans les limites des attributions du bureau des étrangers, à Mme K N, attachée, chef de bureau et en cas d'absence ou d'empêchement, Mme E I, attachée, adjointe au chef de bureau, M. F D, attaché, adjoint au chef de bureau, Mme H G, attachée, adjointe au chef de bureau, à l'effet de signer, notamment, les obligations de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi ainsi que tous les actes de procédure liés à ces décisions et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. L'article 3 de l'arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement, la délégation consentie à Mme N, à Mme I, à M. D, à Mme G et à M. C pourra être exercée, notamment, par Mme B P. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom des délégataires. Dès lors que l'arrêté du 8 avril 2024, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Le requérant n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe, ni même n'allègue, que Mmes A, N, I, M. D et Mme G n'étaient pas absents ou empêchés à la date de la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
4. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 26 avril 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels le préfet l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Enfin, le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019 et s'est maintenu sur le territoire sans chercher à régulariser sa situation administrative. Il ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, il n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine et avoir des liens familiaux intenses, anciens et stables en France. Par suite, l'obligation de quitter le territoire attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ()". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont motivées. ".
7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente.
8. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il n'a pas exécuté sa précédente obligation de quitter le territoire français. Ces motifs se rattachent aux dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision refusant un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.
9. Enfin, le requérant soutient que la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il n'apporte aucun élément à l'appui de son moyen permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente.
11. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée, il n'assortit pas son moyen de précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
12. Enfin, si le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, il n'apporte aucun élément à l'appui de son allégation permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
14. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
15. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
16. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente.
17. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué rappelle les termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, que sa situation familiale ne fait pas état de fortes attaches sur le territoire, qu'il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 15 février 2023 prise par le préfet des Bouches-du-Rhône à laquelle il ne s'est pas conformée et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de retour de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit du requérant au regard de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que dès lors que le préfet estimait qu'il ne constituait pas une menace pour l'ordre public, il n'était pas tenu de le préciser expressément. Par suite, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.
18. Enfin, le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il n'apporte aucune précision à l'appui de son moyen alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'établit pas avoir des liens familiaux ou amicaux anciens, stables et intenses en France. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas pris une mesure entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.
19. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. M doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. M est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J M et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Céline BOISGARDLa République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.