Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401962
mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401962 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 mai et 14 juin 2024, Mme B, représentée par Me Héloïse Roulet, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la République du Congo comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée, n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi de sa situation, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée et est infondée ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée et méconnaît les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 e 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire, a été prise par une autorité incompétente, n'est pas motivée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, la préfète du Loiret, représentée par la Selarl Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Roulet, avocate de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de la République du Congo née le 4 janvier 1982, a déclaré être entrée sur le territoire français le 28 juin 2022 sous couvert de son passeport valable du 31 mai 2022 au 30 mai 2027 revêtu d'un visa de type court séjour. Le
14 mars 2023, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 24 juillet 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 29 décembre 2023 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 25 avril 2024, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République Démocratique du Congo et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Selon l'article 1er de l'arrêté n° 45-2023-10-23-00002 du
23 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 45-2023-325 et mis en ligne sur le site de la préfecture, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et des réquisitions de comptable public. Cette délégation de signature n'est pas générale et mentionne le nom du délégataire. Dès lors que l'arrêté du 23 octobre 2023, qui constitue un acte réglementaire, a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret, l'administration n'a pas à produire cet arrêté que le tribunal n'a pas davantage l'obligation de communiquer au requérant. Par ailleurs, l'arrêté attaqué vise la décision de délégation de signature précitée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".
4. En l'espèce, l'arrêté attaqué du 25 avril 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Cette motivation n'est pas stéréotypée. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de la requérante avant de prendre l'obligation de quitter le territoire attaquée.
6. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. En se prévalant de ces stipulations, la requérante soutient que sa vie privée et familiale est suffisamment établie en France, qu'elle n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine dès lors que ses parents sont décédés et que le père de ses deux enfants mineurs est porté disparu, qu'elle justifie d'un hébergement depuis le 11 février 2023, que ses enfants sont scolarisés depuis septembre 2022, qu'elle bénéficie d'un suivi thérapeutique depuis plus d'une année et ne peut rentrer dans son pays d'origine en raison de l'impossibilité d'y bénéficier de soins sérieux et effectifs pour traiter ses problèmes d'ordre gynécologique qui l'empêchent actuellement de réaliser son souhait d'enfanter. Toutefois, elle est entrée assez récemment et irrégulièrement en France, le 28 janvier 2022. Par ailleurs, elle ne justifie aucunement qu'elle doit suivre un traitement pour infertilité et les certificats médicaux qu'elle produit ne précisent aucunement qu'elle ne pourrait bénéficier de soins nécessaires à son état de santé dans son pays d'origine. Par ailleurs, elle n'établit pas qu'eu égard au caractère récent de leur présence en France, ses deux enfants, scolarisés en cours moyen et en sixième, ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. L'intéressée ne produit aucun document établissant que ses parents sont décédés et que le père de ses enfants a disparu. Elle ne justifie pas, ni même n'allègue, pas avoir des liens amicaux ou familiaux anciens, stables et continus en France. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. Par suite, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de ses enfants. Il suit de là que, compte tenu notamment des conditions d'entrée et de séjour en France des intéressés et eu égard aux effets d'une obligation de quitter le territoire, l'obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas, en l'espèce, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.
Sur la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 du même code : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ne peut être accueilli.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours a été prise par une autorité incompétente.
11. En troisième lieu, si la requérante soutient que la préfète du Loiret n'a pas motivé sa décision fixant le délai de départ volontaire, les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont applicables que dans le cas où l'obligation de quitter le territoire est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code précité. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire a été prise sur le fondement du 4° de cet article L. 611-1. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire est inopérant.
12. Enfin, la requérante soutient que la préfète aurait dû prévoir un délai supplémentaire compte tenu de son état de santé et de la nécessité pour ses deux enfants mineurs de terminer au moins l'année scolaire. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 7, elle n'établit pas que son état de santé nécessite son maintien sur le territoire français. Par ailleurs, compte tenu de leur scolarisation en cours moyen et en sixième, ses deux enfants n'ont aucun examen à passer à la fin de l'année scolaire et rien ne fait obstacle à ce qu'ils poursuivent leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant le délai de départ volontaire à trente jours.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
13. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;
/ 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. En premier lieu, il ressort de ce qui a été ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ne peut être accueilli.
15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente.
16. En troisième lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise, notamment, les articles
L. 721-3 et L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité de la requérante et les décisions prises par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile et indique que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention précitée en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention précitée. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.
17. En quatrième lieu, la requérante soutient que l'arrêté attaqué ne fixe pas le pays de destination. Toutefois, l'article 1er de l'arrêté attaqué indique qu'" Il est fait obligation à
Mme C de quitter le territoire français à destination de tout pays pour lequel elle établit être légalement admissible () " et l'article 4 dudit arrêté précise que si elle " se maintient sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, elle pourra être reconduite d'office vers tout pays pour lequel elle établit être légalement admissible. ". En vertu du 3° de l'article L. 721-4 précité, l'administration a pu légalement décider qu'elle peut être éloignée vers tout pays susceptible de l'accueillir légalement. Si la requérante soutient que la fixation d'un autre Etat que le pays d'origine de l'étranger concerné par la décision fixant le pays de renvoi ne peut se faire qu'avec son accord et qu'elle n'a pas donné un tel accord, elle ne peut utilement se prévaloir de cette circonstance dès lors que cet accord est une condition d'exécution de la mesure d'éloignement et non de sa légalité. Ainsi, l'arrêté satisfait, en tout état de cause, aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
18. En cinquième lieu, la requérante soutient qu'elle craint pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine en produisant des convocations par les services de gendarmerie, d'un mandat d'amener du 1er octobre 2022 et d'une interdiction de sortie du territoire du 13 janvier 2023 établis par les autorités de gendarmerie et judiciaires de son pays d'origine. Toutefois, les convocations qu'elle produit ne précisent aucunement leur motif. Par ailleurs, le mandat d'amener et l'interdiction de sortie du territoire sont dépourvues de toute authenticité dès lors que la requérante ne justifie pas des conditions dans lesquelles elle les a obtenues alors qu'elle était en France à la date à laquelle ces documents ont été établis. Ainsi, elle n'établit pas qu'elle ferait l'objet de persécutions ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine sans pouvoir bénéficier de la protection des autorités de ce pays. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi porte nécessairement atteinte à sa vie privée et familiale et qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
20. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 621-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7,
L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
21. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
22. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
23. En premier lieu, il ressort de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.
24. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente.
25. En troisième lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée du 25 avril 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration, rappelle qu'en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une interdiction de retour peut être prononcée pour une durée maximale d'un an à l'encontre d'un ressortissant étranger en situation irrégulière sur le territoire français à moins que des circonstances humanitaires ne l'empêchent et mentionne que l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressée a été effectué au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que nonobstant le fait qu'elle n'ait pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, la requérante ne peut justifier d'une ancienneté de présence sur le territoire français et d'une vie privée et familiale ou amicale établie sur ce territoire car elle se déclare célibataire et mère de deux enfants mineurs résidant en France dont la situation est indissociable de la sienne. Par ailleurs, l'article 5 de l'arrêté attaqué fixe la durée de l'interdiction de retour à un an. Ainsi, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
26. Enfin, la requérante soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et qu'elle est excessive en faisant valoir qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, qu'elle ne présente pas une menace pour l'ordre public, que ses enfants sont scolarisés en France et qu'il est nécessaire de poursuivre son suivi thérapeutique dans ce pays. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 7, elle ne justifie pas de la nécessité pour elle-même et ses enfants de poursuivre leur vie en France. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas pris une mesure disproportionnée en prononçant une interdiction de retour de la requérante sur le territoire français d'une durée d'un an.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.