Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401970
jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401970 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2024, M. C B, représentée par Me Eyrignoux, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution des décisions défavorables à sa candidature à la mutation pour rapprochement de conjoint pour le poste de maître de conférences (MCF) section 01 à l'université de Paris Cité révélées par la convocation reçue le 25 avril 2024 à une audition du comité de sélection de l'université Paris Cité en date du 16 mai 2024 que sont l'avis défavorable et la décision du conseil académique de l'université Paris Cité refusant de transmettre cette candidature au conseil d'administration, l'avis défavorable et la décision du conseil d'administration de l'université Paris Cité refusant de transmettre cette candidature au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche et la décision du conseil académique ou du conseil d'administration de transmettre cette candidature au comité de sélection de l'université Paris Cité et toutes les décisions qui en résultent ;
2°) d'enjoindre à titre principal au conseil académique de l'université Paris Cité d'émettre un avis favorable et de transmettre sa candidature au conseil d'administration, et par voie de conséquence, d'enjoindre au conseil d'administration de l'université Paris Cité d'émettre un avis favorable et de transmettre sa candidature au ministère de l'enseignement supérieur pour qu'il constate la mutation ; à titre subsidiaire à l'université Paris Cité de réexaminer sa candidature au poste de MCF section 01, dans un délai de 7 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'université Paris Cité la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée car en raison du refus du conseil académique et du conseil d'administration de retenir sa candidature prioritaire au poste de MCF Section 01 de l'université Paris Cité, il est contraint d'être à distance de son fils une grande partie de la semaine et les décisions attaquées, rejetant sa demande de mutation pour rapprochement familial, préjudicient de manière grave et immédiate à ses intérêts et à ceux de son fils âgé de 7 ans, qui scolarisé en CE1 à Paris, est confronté à de grandes difficultés dans le cadre de sa scolarité, ce qui nécessite de la part de ses deux parents une grande disponibilité et rend donc sa présence auprès de lui indispensable pour s'assurer de sa sécurité physique et morale ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux concernant la légalité des décisions attaquées est remplie car :
* il n'aurait jamais dû être convoqué devant le comité de sélection, dès lors qu'il a présenté sa candidature à la mutation pour rapprochement de famille, et bénéficie ainsi d'une priorité par rapport aux autres candidats ainsi qu'une procédure spécifique devant le conseil académique et devant le conseil d'administration, et non pas devant le comité de sélection et que son profil étant en parfaite adéquation avec le poste ouvert au recrutement sur lequel il a candidaté, sa candidature aurait dû être retenue et n'aurait donc jamais dû être transmise au comité de sélection ; une candidature à la mutation présentée par un agent éloigné de sa famille pour des raisons professionnelles ne peut être transmise au comité de sélection qu'après avoir fait l'objet d'une première décision défavorable, soit du conseil académique, soit du conseil d'administration ; or par un mail du 25 avril 2024, il a reçu de la part de l'université Paris Cité une convocation à une audition du comité de sélection en date du 16 mai 2024 à 14h00, alors qu'aucune autre décision défavorable du conseil académique ou du conseil d'administration ne lui a été notifiée par l'université Paris Cité avant cette convocation ; soit sa candidature a été directement transmise au comité de sélection sans que le conseil académique et le conseil d'administration ne se soient prononcés, ce qui est contraire aux dispositions de l'article 9-3 du décret n° 84-431 du 6 juin 1984, soit elle a fait l'objet d'une décision défavorable de la part du conseil académique, qui l'a ensuite transmise au comité de sélection, soit elle a fait l'objet d'une décision favorable du conseil académique, puis d'un avis défavorable du conseil d'administration, qui l'a ensuite transmise au comité de sélection ;
* si la décision de transmission de la candidature au comité de sélection n'a pas été précédée d'un examen préalable et de décisions du conseil académique et/ou du conseil d'administration, la procédure qui s'impose en application des dispositions de l'article 9-3 du décret n° 84-431 du 6 juin 1984 et de l'ancien article 60 de la loi du 11 janvier 1984, codifié à l'article L. 512-19 du code général de la fonction publique, n'a pas été respectée ;
* si la transmission de la candidature au comité de sélection résulte d'une décision défavorable du conseil académique, ces deux décisions sont entachées d'absence de motivation ; si la transmission de la candidature au comité de sélection résulte d'un avis défavorable du conseil d'administration, ces deux décisions sont entachées d'absence de motivation ;
* en toute hypothèse toutes les décisions défavorables à la mutation adoptées pendant la procédure sont entachées d'illégalité interne, car sa candidature aurait dû être retenue au regard de sa situation personnelle puisque présentée pour rapprochement de conjoint ce qui lui donne en application de l'article L. 512-19 du code général de la fonction publique la priorité absolue sur toutes les autres candidatures présentées sur un même poste ;
* alors que le conseil académique et le conseil d'administration ne peuvent écarter une candidature présentée sur ce fondement que s'ils considèrent que cette dernière n'est pas en adéquation avec le poste ouvert au recrutement, il exerce en qualité de maître de conférences en droit du travail à l'Université de Tours depuis 2010 et son profil est en parfaite adéquation avec le poste ouvert au recrutement ;
* les décisions attaquées portent gravement atteinte au droit à sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son fils A, garantis par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Vu :
- les décisions dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- et la requête au fond n° 2401969 présentée par M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Le requérant soutient qu'en conséquence des décisions attaquées, refusant de retenir comme prioritaire sa candidature au poste de maitre de conférences Section 01 de l'université Paris Cité, il est contraint d'être à distance de son fils une grande partie de la semaine ce qui préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts et à ceux de son fils qui, élève en classe de CE1 à Paris, est confronté à de grandes difficultés dans le cadre de sa scolarité, ce qui nécessite de la part de ses deux parents une grande disponibilité et rend donc sa présence auprès de lui indispensable pour s'assurer de sa sécurité physique et morale. Toutefois, alors qu'il est constant que le requérant est affecté à l'université de Tours depuis 2010, il n'établit ni même n'allègue de la nécessité pour sa famille de résider à Paris et ne démontre aucunement son allégation selon laquelle ses obligations professionnelles rendent indispensable durant toute la semaine sa présence à Tours. Par suite, il ne justifie pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à sa situation ou aux intérêts qu'il entend défendre.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige, que les conclusions tendant à la suspension de leur exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.
Fait à Orléans, le 23 mai 2024.
La juge des référés,
Anne D
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.