Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2401971
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2401971 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL FIDELIO AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2024, M. A B, représenté par Me Mougin, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le ministre des armées a implicitement rejeté, à la suite de la saisine de la commission de recours des militaires du 8 novembre 2023, le recours administratif préalable obligatoire formée à l'encontre de la décision implicite de non-agrément de sa demande de démission présentée le 7 septembre 2023 ;
2°) d'enjoindre à l'administration et ses services de faire droit à sa demande de démission dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est entré au service de l'armée de l'air et de l'espace le 24 août 2014 en qualité d'élève-officier et a souscrit un contrat d'engagement d'une durée de 6 ans ; depuis le 26 août 2019, il a rejoint la base aérienne B123 d'Orléans ;
- il a présenté une requête au fond et sa requête en référé suspension est donc recevable ;
- il y a urgence à suspendre la décision attaquée :
* sa vie privée et familiale justifie la suspension de l'exécution de la décision attaquée : l'état de santé de son épouse et l'état de vulnérabilité de cette dernière qui est enceinte justifie l'urgence à ce qu'il rejoigne le foyer familial situé à 600 km de son affectation ; son affectation à Orange à plus de 100 km de son foyer à compter du 1er août 2024 ne permettrait pas une réactivité et une présence suffisante auprès de son épouse ;
* il y a également urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige en raison de son état psychologique affaibli : membre d'une unité d'élite de l'armée française, il connaît un mal-être au travail et des difficultés d'adaptation, concomitants avec une perte de motivation pour l'exercice de son travail après dix années passées à servir avec honneur, fidélité et réel sens du sacrifice ;
* il y a également urgence dès lors qu'il pourrait perdre l'opportunité de rachat d'une société de menuiserie et l'opportunité de développer un nouveau projet professionnel ;
* la décision attaquée n'est pas justifiée par l'intérêt du service ; elle est motivée par une question de principe et un souci de fidélisation des personnels dans les Armées ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
* la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur dans la qualification juridique des faits :
o sa demande entre dans le premier alinéa de l'article L. 4139-13 du code de la défense et l'administration ne peut lui opposer la circonstance qu'il n'aurait pas atteint le seuil à partir duquel il pourrait bénéficier de la retraite à liquidation différée ; son lien au service de six ans est échu ;
o sa demande de démission précise une date d'effet au 1er juillet 2024, le ministre de la défense ne pouvait donc lui opposer le nombre de démissions d'officiers des base de l'air agréées en 2023 ;
* la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : l'intérêt du service qui lui a été opposé n'est pas justifié ; la décision porte une atteinte excessive aux intérêts du requérant et de sa famille ainsi qu'à la liberté d'entreprendre.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'urgence n'est pas caractérisée ;
- la décision n'est entachée d'aucune erreur de droit ou d'erreur dans la qualification juridique des faits ;
- la décision n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- l'arrêté dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- et la requête au fond n°2401468 présentée par M. B.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Best-De Gand pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 10 juin 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Mougin représentant M. B, présent, qui reprend les moyens de sa requête et rappelle que la condition d'urgence est remplie dès lors que M. B justifie de l'état de vulnérabilité de son épouse, de l'atteinte psychologique accompagnée d'une perte de motivation et de questionnements éthiques dont il souffre, de la perte d'opportunité professionnelle que représente la non-acceptation de sa démission et de l'absence d'intérêt du service à le conserver dans les effectifs. Me Mougin rappelle également qu'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision dès lors d'une part, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la nécessité de le conserver dans les effectifs de l'armée de l'air, la décision étant fondée sur des considérations générales de ressources humaines et de nécessité de préservation des effectifs alors que son lien au service est bien terminé, d'autre part que l'administration à qui la charge de la preuve incombe ne justifie pas de ce que le seuil de 5% mentionné par l'article 37 du décret n°2008-943 aurait été atteint.
Le ministre des armées n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge de référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
Sur la condition tenant à l'urgence
2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. M. B soutient que l'urgence est caractérisée en raison tant de sa vie privée et familiale et notamment de l'état de vulnérabilité de son épouse, que de son état psychologique affaibli avec un mal-être au travail et des difficultés d'adaptation, concomitants avec une perte de motivation pour l'exercice de son travail après dix années passées à servir accompagnée de questionnements éthiques, de la perte d'opportunité professionnelle que représente la non-acceptation de sa démission et de l'absence d'intérêt du service à le conserver dans les effectifs. Toutefois, il ressort des échanges en cours d'audience, que la demande de placement en congés pour convenances personnelles en application de l'article L. 4138-16 du code de la défense a été acceptée par l'administration pour une durée de deux ans à compter du 1er septembre 2024. Dès lors, M. B ne justifie pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. La condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, par suite, être regardée comme satisfaite.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que les conclusions tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre des armées.
Fait à Orléans, le 11 juin 2024.
La juge des référés,
Armelle BEST-DE GAND
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.