Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402000
jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402000 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 mai 2024, M. et Mme A agissant pour le compte de leur fils C A né le 9 mars 2007 demandent à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision du recteur de l'académie d'Orléans-Tours en date du 22 avril 2024 relative à l'aménagement des conditions de passation par C des épreuves anticipées du baccalauréat " Sciences et technologies du management et de la gestion ", prise suite à leur recours gracieux formé le 21 décembre 2023 à l'encontre de la décision du 11 décembre 2023, en tant que n'ont pas été attribués tous les aménagements sollicités.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée car C est convoqué pour les épreuves anticipées du baccalauréat 2025 à l'épreuve de Français écrit le 14 juin 2024 et à l'épreuve de Français oral le 25 juin 2024 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des refus d'aménagement en litige car :
* toute sa scolarité, C a pu prétendre à des aménagements identifiés dans un projet personnalisé de scolarisation (PPS) élaboré par une équipe pluridisciplinaire le 5 septembre 2022 qui retient pour les évaluations une réduction des supports écrits et du travail demandé, des attentes accessibles adaptées à sa situation et une limitation de la copie et de la quantité d'écrit, mais il aura la même quantité de texte à étudier que les autres élèves pour l'épreuve de français à l'écrit, de même l'utilisation de supports visuels préconisée dans le PPS lui a été refusée pour l'épreuve orale malgré des troubles importants de planification et d'organisation des tâches ;
* ce refus porte atteinte au principe de l'égalité des chances posé par la loi du 11 février 2005 et méconnait l'article L. 111 du code de l'éducation ;
* de même, lui ont été refusés les aménagements d'épreuves consistant en une salle isolée, un sujet en format A3 une dispense des épreuves de compréhension et expression écrites et orales en langue vivante 1, ainsi que les épreuves écrites et orales de langue vivante 2 et une dispense d'épreuve d'enseignement technologique en langue vivante 1 alors que depuis le collège il est en grande souffrance dans les langues étrangères au regard de son trouble du langage oral sévère ainsi qu'un étalement sur plusieurs sessions ou conservation des notes s'agissant des épreuves de français écrit, français oral, épreuve de spécialité 1 et grand oral alors que ces demandes sont justifiées selon les professionnels de santé consultés et la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Loiret.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le recteur de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions aux fins d'octroi de mesures d'aménagements sont irrecevables car le juge des référés ne peut assortir une suspension que de mesures provisoires ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie car il n'est pas justifié que le refus des aménagements sollicités, dont C n'a pas bénéficié lors de sa scolarité, porte une atteinte grave et immédiate à celui-ci ; alors qu'ils ont été à plusieurs reprises informés des procédures applicables pour solliciter des aménagements d'épreuves, les requérants ont formulé leur demande par le biais de la procédure simplifiée qui permet uniquement l'octroi des aménagements déjà accordés en cours de scolarité et ils se sont par suite eux-mêmes placés dans la situation d'urgence dont ils se prévalent ; au demeurant ils peuvent présenter une nouvelle demande, par le biais de la procédure complète, qui comporte nécessairement l'accord du médecin de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), pour les épreuves terminales du baccalauréat ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité du refus d'aménagement d'épreuves attaqué car :
* si les aménagements d'épreuves dont peuvent bénéficier les candidats en situation de handicap ont pour objet de rétablir l'égalité entre les candidats, ils ne doivent pas créer une inégalité au détriment des autres candidats ;
* la situation de C a été examinée dans le cadre d'une commission académique spécifique composée notamment d'un médecin conseiller technique du recteur et, au vu des pièces médicales et scolaires présentes dans son dossier, les besoins dont font état les requérants n'ont pas été retenus ;
* les requérants, qui au demeurant ne produisent que des bilans assez anciens émanant de médecins et professionnels de santé de ville qui ne peuvent se substituer au médecin désigné par la CDAPH ni au médecin scolaire, n'établissent pas que les troubles dont souffre leur fils présentent une gravité justifiant l'octroi de la totalité des aménagements d'épreuves sollicités ni que les aménagements accordés ne sont pas suffisants ; les aménagements spécifiques prévus dans le PPS ont tous été accordés ; la circonstance que C a disposé d'aménagements pour les épreuves du diplôme national du brevet ne lie pas l'administration ; l'ensemble des difficultés handicapantes identifiées aux termes du PPS vont être compensées ;
* la conservation des notes ne concerne que les candidats ayant d'ores et déjà échoué à un examen.
Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- et la requête au fond n° 2401807 présentée par M. et Mme A.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lefebvre-Soppelsa pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 4 juin 2024, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Mme A représentant son fils C, qui a indiqué le niveau d'expertise des médecins sur les diagnostics desquels reposent les demandes d'aménagements en litige, ne pas avoir été informée de la nécessité de présenter les demandes d'aménagements complémentaires par la voie d'une procédure complète, avoir présenté ces demandes par la même procédure que s'agissant des épreuves du diplôme national du brevet et fait preuve de réactivité ;
- et les observations de Mme B, représentant le recteur de l'académie d'Orléans-Tours, qui a persisté dans ses conclusions aux fins de rejet et souligné que s'agissant des épreuves terminales du baccalauréat, les requérants conservent la possibilité de présenter une nouvelle demande d'aménagements, par le biais de la procédure complète, qui comporte nécessairement l'accord du médecin de la CDAPH.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge de référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Les requérants soutiennent que l'urgence est caractérisée car C est convoqué pour les épreuves anticipées du baccalauréat 2025 à l'épreuve de Français écrit le 14 juin 2024 et à l'épreuve de français oral le 25 juin 2024. Toutefois, et alors qu'ainsi que le fait valoir le recteur en défense, d'une part, certains des aménagements dont ils contestent le refus d'octroi sont relatifs aux épreuves terminales, d'autre part, les aménagements complémentaires sollicités ne sont pas inscrits dans le projet personnalisé de scolarisation (PPS) de C et ne peuvent être accordés, le cas échéant, qu'à l'issue d'une procédure complète, qui comporte nécessairement l'accord du médecin de la CDAPH, les requérants n'établissent pas que les troubles dont souffre leur fils présentent une gravité justifiant l'octroi de la totalité des aménagements d'épreuves sollicités ni que les aménagements accordés ne sont pas suffisants. Dès lors, ils ne démontrent pas que la décision en litige porte une atteinte grave et immédiate aux intérêts de leur enfant.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que les conclusions tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera transmise, pour information, au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Fait à Orléans, le 6 juin 2024.
La juge des référés,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.