Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402206
lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402206 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mai 2024, M. A B demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités d'Indre-et-Loire (DDETS 37) sur son recours gracieux reçu le 20 mars 2024 formé à l'encontre du refus de renouvellement de son habilitation en qualité de membre du jury pour le titre professionnel Gestionnaire de paie ;
2°) d'enjoindre à la DDETS 37 de le réinscrire sur la liste des jurys pour le titre professionnel Gestionnaire de paie ;
Il soutient que :
- il a obtenu une habilitation en tant que juré pour le titre professionnel ARH le 11 juin 2013 puis celle pour le titre professionnel gestionnaire de paie le 13 mars 2015 et depuis cette date a toujours été membre du jury cette habilitation ayant été renouvelée jusqu'au 29 décembre 2023 ; sa demande de renouvellement en date du 17 janvier 2024 a été rejetée dès le 18 janvier 2024 au motif qu'il a quitté ses fonctions de responsable RH depuis 2008, l'article 6 de l'arrêté du 22 décembre 2015 disposant notamment de ne pas avoir arrêté ce métier depuis plus de 5 ans ; il a fait valoir que l'octroi puis le renouvellement de son habilitation depuis 2015 démontrent qu'il n'a jamais cessé de pratiquer la paie quels que soient les métiers qu'il a occupé par la suite ; par mail du 13 février 2024, la DDTS 37 a fondé son refus sur une interprétation erronée de l'article 4.1 de l'arrêté du 21 juillet 2016 en retenant qu'en sa qualité de formateur il risque d'être amené à évaluer un ancien élève ; il a formé un recours le 16 mars 2024 resté sans réponse ;
- l'urgence est caractérisée car les centres de formation rencontrent actuellement des difficultés pour trouver des jurys et il reçoit de nombreuses sollicitations notamment le 12 février 2024 pour une session de validation prévue le 19 juin 2024 ; il y a un risque grandissant de report et d'annulation des sessions de formations en lien avec une pénurie de jurys et ce alors que les candidats ont suivi un parcours de formation d'une durée de 6 mois minimum ; en raison de la décision en litige il n'apparait plus sur le site permettant aux responsables des sessions de formation de trouver des membres de jury alors qu'il y a toujours eu une pénurie de jurys ; s'agissant de la session de validation prévue le 19 juin 2024 il a déjà été membre du jury sur le même CFA depuis plusieurs années en y apportant son expérience et son expertise ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux concernant la légalité de la décision attaquée de refus de renouvellement de son habilitation est remplie car :
* elle est entachée d'erreur de fait ; ce refus intervient après plus de 11 années d'exercice alors que sa situation professionnelle n'a pas évolué depuis ses dernières habilitations ; si la circonstance qu'il a quitté sa fonction de responsable RH depuis 2008 ne permet pas de le réinscrire c'est à tort qu'il a été inscrit postérieurement à 2013 ; il exerce le métier de formateur paie et RH, consultant RH et paie et salarié référent en paie, ce qui lui permet de continuer à pratiquer la paie ; sa situation professionnelle actuelle est la même que lorsqu'il a été inscrit le 8 juin 2021 ;
* le motif tiré de ce qu'en sa qualité de formateur il risque d'être amené à évaluer un ancien élève est entaché d'erreur de droit et de détournement de pouvoir ; l'arrêté du 21 juillet 2016 n'interdit pas à un formateur d'être juré ; il a toujours exercé son rôle de juré dans le strict respect de la réglementation.
Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- et la requête au fond n° 2402194 présentée par M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution du refus de renouvellement de son habilitation en qualité de membre du jury pour le titre professionnel Gestionnaire de paie, le requérant soutient qu'il reçoit de nombreuses sollicitations de la part des centres de formation qui rencontreraient actuellement des difficultés pour trouver des jurys telles qu'il y aurait un risque grandissant de report et d'annulation des sessions de formations en lien avec une pénurie de jurys. Toutefois, il n'établit, par les documents qu'il produit, aucune de ses allégations. Par suite, il ne justifie pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à sa situation ou aux intérêts qu'il entend défendre. Dans ces conditions, et en l'absence d'autre élément susceptible d'établir une telle atteinte, la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que les conclusions tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera transmise pour information à la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités d'Indre-et-Loire.
Fait à Orléans, le 3 juin 2024.
La juge des référés,
Anne C
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.