Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402229
vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP FRISON ET ASSOCIES |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024, Mme B C, représentée par Me Clerc, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 13 mai 2024 prise par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de Vierzon prononçant à son encontre une exclusion définitive ;
2°) d'enjoindre à l'IFSI de Vierzon de procéder au retrait de la décision en litige et de procéder à sa réintégration immédiate ;
3°) et de mettre à la charge de l'IFSI de Vierzon la somme de 2 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est étudiante en soins infirmiers au sein de l'Institut de Formation en Soins Infirmiers (ci-après " IFSI ") de Vierzon depuis la rentrée de septembre 2022 ; durant sa première année de formation, elle a eu des résultats satisfaisants sans aucun rattrapage en fin d'année mais son manque de confiance en elle a été souligné ; elle a effectué un stage comptant pour son 4ème semestre au sein du Centre Hospitalier de Romorantin-Lanthenay
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(parcours de soins en psychiatrie adultes CMP-HJ), lequel a donné lieu à la rédaction d'un rapport circonstancié de l'équipe encadrante au vu duquel elle a été convoquée à un très bref entretien préalable en présence de la directrice de l'IFSI le 17 avril 2024, puis le 7 mai 2024 devant la section pédagogique qui a rendu la décision en litige ;
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation car elle est dans l'impossibilité de poursuivre ses études d'infirmière dans un autre IFSI pour cette année 2023/2024 et ne peut pas plus poursuivre ses études à l'étranger puisqu'elle ne dispose pas des moyens financiers nécessaires et suffisants pour mener à bien un déménagement et une nouvelle installation ; elle se retrouve dans une grave difficulté financière puisque cette formation était en partie financée grâce à ses allocations de retour à l'emploi et l'arrêt de cette formation va nécessairement entraîner la perte des droits acquis pour cette formation ; les examens devant se tenir la semaine du 10 juin 2024 elle risque de voir sa deuxième année totalement remise en cause ; enfin cette situation engendre chez elle un profond mal-être ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :
* elle a été prise en violation de l'arrêté du 21 avril 2007 ; elle ne vise aucun article de l'arrêté et ne précise nullement la composition de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants ; rien ne permet de s'assurer de la régularité de la composition de cette section ni de la compétence de tous les membres ;
* le champ de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants est défini strictement par le pouvoir règlementaire qui n'a entendu accorder à cette instance aucune compétence disciplinaire pour connaître des situations des étudiants ;
* cette section a statué sur plusieurs faits reprochés sans jamais qualifier explicitement les faits reprochés comme constituant une mise en danger du patient ;
* aucun de ces motifs ne semble de nature à justifier l'exclusion définitive de la formation ni ne semblent être incompatibles avec la prise en charge des patients ; aucun de ces éléments cités ou présents dans le rapport motivé ne saurait constituer une situation de mise en danger ;
* si le rapport circonstancié réalisé en cours de stage laisse entrevoir également des problèmes d'intégration, qu'elle ne nie pas, sa timidité peut provoquer des difficultés lors de ses échanges avec ses camarades et encadrants, ces difficultés ne constituent pas des situations de mise en danger de la vie du patient ni n'apparaissent incompatibles avec une poursuite des études ;
*aucun des griefs discutés devant la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants ne constitue un acte incompatible avec la sécurité des personnes prises en charge ou n'est de nature à justifier une exclusion définitive ; le niveau de capacité de remise en question d'une personne ou son caractère ne constitue pas un motif suffisant pour prononcer l'exclusion d'une formation ;
* la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle a un parcours de formation particulier et elle se trouve être dans un isolement familial ; la section pédagogique n'a pas tenu compte de ses observations et déclarations lors de la communication de ses éléments de réponse et lors de la séance et de son engagement à conduire un travail d'amélioration de son caractère et de son attitude lors des années à venir.
* elle est disproportionnée car les faits reprochés ne pouvaient pas conduire à une exclusion définitive ;
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* elle est entachée de détournement de procédure et constitue une sanction déguisée en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme car l'IFSI de Vierzon ne pouvait la poursuivre devant la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants ; s'il souhaitait prononcer une sanction pour son comportement il devait saisir la section disciplinaire ;
* elle constitue un traitement inhumain et dégradant en méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme en ce qu'elle l'exclut définitivement de sa formation et d'une poursuite d'études au sein de l'IFSI de Vierzon mais également de toute poursuite d'études durant l'année 2023/2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de Vierzon, représenté par Me Chartrelle, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie car la requérante ne justifie ni être privée de toute possibilité de changer d'établissement, alors qu'elle a déjà émis la volonté de changer d'IFSI en cours d'année auprès de l'équipe pédagogique en septembre 2023 et que les demandes d'intégration dans les IFSI sont faites actuellement, ni que la décision litigieuse aurait pour conséquence " une suspension du versement de ses allocations chômages et ne disposera donc plus de ressources financières suffisantes pour assurer la poursuite de ses études " car l'attestation France Travail du 30 mai 2024 ne met aucunement en exergue la perte des allocations chômages en cas d'interruption de sa formation et la requérante est bénéficiaire de l'allocation d'aide au retour à l'emploi laquelle n'est aucunement conditionnée par la réalisation d'une formation ; si elle revendique un profond mal-être d'une part, il est difficile de percevoir les raisons pour lesquelles un mal-être justifierait l'urgence à suspendre la décision attaquée, d'autre part, les certificats médicaux produits sont tous antérieurs à la décision attaquée et ne démontrent donc pas de lien de causalité avec celle-ci ;
- il n'y a pas de moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige car :
* la composition de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants du 7 mai 2024 était régulière ;
* la décision attaquée n'est entachée ni d'erreur manifeste d'appréciation ni de disproportion car les griefs formulés à l'encontre de la requérante constituent des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge et sa position est révélatrice d'une négation de l'importance et des conséquences des faits reprochés ; dès la première année d'études de la requérante en son sein, l'équipe pédagogique a mis en place un accompagnement spécifique à son bénéfice et lui a conseillé de se faire accompagner par les professionnels du centre médico-psychologique et la cellule d'appui et d'écoute ; le 10 avril 2024, la cadre de santé au sein du centre hospitalier de Romorantin-Lanthenay a adressé à sa directrice un signalement concernant la requérante, en stage en santé mentale dans le service d'unité fermée ; le rapport motivé en date du 15 avril 2024 vise les dispositions de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, et les actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge et mentionne que " () Des difficultés de communication et d'intégration dans la promotion de seconde année perdurent, relevées tant par les formateurs que par les collègues de promotion. Des difficultés à analyser les situations
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sont perçues par les équipes de l'institut. ", que s'agissant du stage de semestre 3, " La cadre exprime des difficultés pour l'équipe d'assurer l'encadrement de Madame C B () " puis s'agissant du stage de semestre 4 reprend le signalement en date du 10 avril 2024, aux termes duquel " Trop rapidement, elle est très à l'aise avec les équipes ainsi qu'avec les patients. Son obstination pour avoir raison, des nombreuses interventions non pertinentes et inappropriées, son incapacité à écouter, à se remettre en question, à garder une distance thérapeutique et à s'initier de manière excessive dans l'apprentissage des étudiants et des stagiaires peuvent s'avérer dangereux. () " et que la mise en danger des patients peut être physique, mais également d'ordre psychologique ; qu'une infirmière doit avoir des compétences scientifiques, mais aussi des compétences relationnelles indispensables au bon exercice de la fonction, ce sont ces manques de compétences qui peuvent être délétères pour le patient et l'équipe dans la mesure où une infirmière travaille en équipe ;
- contrairement à ce que soutient la requérante, les membres de la section ont parfaitement pris en compte ses observations, lesquelles ont été reprises dans le compte-rendu de séance du 7 mai 2024 ;
- il n'y a pas eu de détournement de procédure car la requérante a commis des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, relevant de la compétence de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants ;
- le moyen tiré de ce que la décision en litige constitue un traitement inhumain et dégradant, n'est assorti d'aucun développement et en tout état de cause infondé, la procédure et la décision résultant exclusivement de l'application de la loi et du règlement.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- et la requête au fond n°2402230 présentée par Mme C.
Vu :
- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lefebvre- Soppelsa pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 8 février 2024, présenté son rapport, et entendu :
- les observations de Me Forand, substituant Me Clerc, représentant Mme C, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens en soutenant en outre que la décision en litige est également entachée d'illégalités externes tenant en ce qu'a participé à la séance de la section, en visio conférence, la cadre de santé au sein du centre hospitalier de Romorantin- Lanthenay qui avait rédigé le signalement, qui a été entendue par la commission avant l'entrée de la requérante, alors que cette procédure ne prévoit pas l'audition de témoin, et qu'outre cette irrégularité il y a eu ainsi méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'il est prévu que l'élève ait accès à son dossier 7 jours avant la séance, et que ladite cadre en son absence a pu évoquer des éléments qui n'apparaissent pas dans le rapport et en soulignant d'une part, s'agissant de l'urgence : qu'elle est caractérisée par la nature même de la mesure
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en litige, d'exclusion définitive, et qu'en l'espèce l'atteinte portée aux intérêts de la requérante est d'autant plus grave et immédiate que les examens de fin d'année commencent le lundi 10 juin 2024, qu'à supposer même que la requérante parvienne à s'inscrire dans un autre IFSI elle perdra le bénéfice de sa deuxième année, que sa situation psychologique dégradée effectivement préexistante à la décision en litige a été aggravée par celle-ci, ; d'autre part s'agissant de la légalité de la décision attaquée : que la réalité du dossier tient en une incompatibilité interpersonnelle de la requérante avec les formateurs encadrants et les élèves mais que celle-ci ne peut justifier une exclusion de surcroît par le biais de la procédure diligentée de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants ne pouvant être saisie qu'en cas d'actes incompatibles avec la sécurité des patients et non en raison de telles difficultés relationnelles ; qu'en l'espèce de tels actes ne sont pas caractérisés et les griefs invoqués lors de stages précédents sont en tout état de cause prescrits, puisque ne peuvent être retenus que des évènements de moins de 3 mois et que l'incident évoqué lors d'un stage précédent, en mai 2023, ne peut être exhumé ; que les griefs retenus dans le rapport écrit de la cadre de santé au sein du centre hospitalier de Romorantin-Lanthenay qui au demeurant mentionnent qu'ils
" peuvent " mettre en danger les patients ne sont pas constitutifs de tels manquements ; que quand bien même son comportement vis-à-vis des autres soignants serait problématique, il est constant que ses stages précédents ont été validés ; que de telles difficultés relationnelles et le fait qu'elle poserait trop de questions et prendrait trop de notes ne permettent pas une exclusion par la section ici saisie, l'article 15 étant mis en œuvre pour la protection des patients et non des formateurs ou des camarades de l'élève ; que la réintégration à titre provisoire avant le 10 juin 2024 s'impose ;
- et les observations de Mme A, directrice de l'IFSI de Vierzon, représentant l'IFSI de Vierzon, qui a persisté dans ses conclusions de rejet par les mêmes moyens en soulignant que dans un service de santé mentale la cohésion de l'équipe soignante est indispensable et que le comportement de la requérante est de nature à déstabiliser les patients, que les feuilles de stages précédents révèlent des erreurs d'administration et évènements indésirables, que son problème de posture lors de son stage en unité de santé mentale met en danger les patients, que les difficultés relationnelles avec ses formateurs et ses camarades de promotion, notamment les délégués, a conduit à mettre en place un accompagnement psychologique, et confirmé qu'il y a 12 unités d'enseignements (UE) à valider par trimestre, que la requérante a validé les 3 premiers trimestres de son cursus, le premier comportant un stage de 5 semaines, les 2ème et le 3ème un stage de 10 semaines chacun, qu'une évaluation d'une UE est prévue le lundi 10 juin 2024 suivie d'épreuves pratiques en ateliers, que la 2ème année d'études se termine en principe fin juin, que des épreuves de rattrapages ont lieu en juillet et qu'un stage constitue une UE à valider dont le rattrapage est possible en effectuant un stage dans la même spécialité au cours de l'été , que si les trois stages précédents ont été validés d'un point de vue technique, les problèmes relationnels de la requérante sont récurrents ; qu'ils ont, dès la première semaine de stage en unité de santé mentale, posé des difficultés à toute l'équipe soignante et que la posture de la requérante est de nature à mettre en danger l'équipe et, par voie de conséquence, les patients dans une unité de santé mentale.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence
2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. La requérante indique que l'urgence est justifiée notamment car des examens validant devant se tenir la semaine du 10 juin 2024, ce qui a été confirmé lors de l'audience publique par la directrice de l'IFSI, elle risque de voir sa deuxième année d'études totalement remise en cause. Dans ces circonstances, la décision en litige d'exclusion définitive porte une atteinte grave et immédiate à sa situation.
4. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige
5. Aux termes de l'article 15 du chapitre II Section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : / 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; / 2. Demandes de redoublement formulées par les étudiants ; / 3. Demandes d'une période de césure formulées par les étudiants. / Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. / L'étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales. () " et aux termes de
1.
l'article 16 du même arrêté : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Cette section doit se réunir, au maximum, dans un délai d'un mois à compter de la survenue des faits. / Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : / -soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; / -soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive. "
6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que les faits reprochés à Mme C ne constituent pas des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge et, par voie de conséquence, de ce que la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants n'a pu valablement se prononcer et de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire, sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
7. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du prononçant à l'encontre de Mme C une exclusion définitive.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. La présente décision implique, eu égard à son motif, qu'il soit enjoint à l'IFSI de Vierzon de réintégrer à titre provisoire la requérante dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'IFSI de Vierzon demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'IFSI de Vierzon la somme de 1 200 euros à verser à la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du prononçant à l'encontre de Mme B C une exclusion est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond n° 2402230.
Article 2 : Il est enjoint à l'IFSI de Vierzon de réintégrer, à titre provisoire, la requérante en son sein dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'IFSI de Vierzon versera à Mme C une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par l'IFSI de Vierzon en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et à l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) de Vierzon.
Fait à Orléans, le 7 juin 2024.
La juge des référés,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La République mande et ordonne la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.