Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402251

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Aubry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37-1 de la loi n°91-647 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ne justifiant pas bénéficier d'une délégation de signature ;

- en l'absence de communication de l'avis médical de l'OFII, la décision a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est à tort senti en compétence liée par rapport à l'avis des médecins de l'OFII ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle remplit les conditions posées par la circulaire Valls ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de la décision portant refus de séjour entraine celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ne justifiant pas bénéficier d'une délégation de signature ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juillet 2024 :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Mme A.

Le préfet de Loir-et-Cher n'était ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 1er janvier 1994, est entrée irrégulièrement sur le territoire national le 19 septembre 2018. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 octobre 2020, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 22 mars 2021. Elle a fait l'objet d'un premier arrêté portant obligation de quitter le territoire français du préfet du Calvados le 26 mars 2021. Le 1er mars 2023, elle a sollicité auprès du préfet de Loir-et-Cher la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par l'arrêté contesté du 28 février 2024, le préfet de

Loir-et-Cher a refusé de faire droit à cette demande, a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un arrêté du 3 juin 2024, non contesté, notifié le jour même à Mme A, communiqué au tribunal le 8 juillet 2024, le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter le mercredi à 9 heures auprès du commissariat de Blois.

Sur l'étendue du litige :

2. Ainsi, qu'il a été dit au point 1, Mme A a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête n° 2402251 de Mme A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que de celles relatives à l'injonction et aux frais de l'instance.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Pour demander l'annulation de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, Mme A soulève par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

En ce qui concerne l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée du 28 février 2024 en litige est signée par

M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu délégation par arrêté du 21 août 2023 du préfet de Loir-et-Cher, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, et au demeurant visé dans cet arrêté, à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de séjour. Par suite, le moyen d'incompétence manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

6. La requérante soutient qu'en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet n'établit pas la régularité de la procédure suivie. Toutefois, ni les dispositions précitées ni aucun autre texte ou principe ne font obligation au préfet de transmettre au demandeur l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En tout état de cause, suite à la production de cet avis par le préfet de Loir-et-Cher, la requérante n'a produit aucun élément susceptible de remettre en cause sa régularité. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la procédure ayant abouti à l'édiction de la décision contestée est entachée d'irrégularité à ce titre.

7. En troisième lieu, si pour refuser de délivrer à Mme A le titre de séjour qu'elle sollicitait, le préfet de Loir-et-Cher s'est approprié les termes de l'avis rendu le

22 janvier 2024 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il se serait estimé liée par cet avis. Il résulte, en effet, des motifs mêmes de la décision attaquée qu'il s'est livré à un examen de la situation personnelle de l'intéressée. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de Loir-et-Cher a méconnu l'étendue de sa compétence en se croyant à tort en situation de compétence liée par l'avis médical du 22 janvier 2024 doit être écarté.

8. En quatrième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. En l'espèce, Mme A, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'elle souffre de deux pathologies distinctes : une hydrocéphalie tri-ventriculaire et une anomalie de fermeture de la voute crânienne au niveau para-sagittal droit. Elle soutient que ses pathologies sont lourdes et qu'elle doit bénéficier d'une intervention chirurgicale en France, aucune prise en charge n'étant possible au Cameroun. Or, le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retenu que l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les pièces médicales produites par la requérante, notamment les certificats médicaux des 10 mars 2021, 26 mai 2021, 30 mai 2022 et 30 janvier 2024, font état de la nécessité d'un suivi régulier de l'hydrocéphalie dont est affectée Mme A impliquant la réalisation de manière régulière d'examens médicaux notamment ophtalmologiques. Pour l'heure, cette pathologie ne nécessite qu'un suivi sans intervention chirurgicale, ni traitement médical. Pour ce qui est de l'anomalie de fermeture de la voute crânienne dont souffre Mme A, il ressort très clairement du compte rendu de consultation du 10 mars 2021 établi par un médecin spécialiste de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris que si une intervention chirurgicale est envisagée, celle-ci a une visée " quasi intégralement esthétique et très discrètement fonctionnelle ". Aucune des pièces produites, certificats médicaux comme comptes-rendus d'examen, ne précise que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entrainerait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, la circonstance, à la supposer établie, que Mme A ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale dans son pays d'origine est sans incidence sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Le moyen tiré de ce que le préfet de Loir-et-Cher aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle justifie au regard des motifs exceptionnels que ce dernier fait valoir. Dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

11. A ce titre, Mme A se prévaut des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine, de la circonstance que son fils est scolarisé et de ses démarches d'insertion dans la société française. Toutefois, si Mme A soutient qu'à raison de la malformation dont elle est affectée, elle est considérée comme une sorcière depuis petite et est de ce fait exposée à des risques de violences physiques et psychiques, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. La circonstance que son deuxième enfant, dont le père réside au Cameroun, soit scolarisé à l'école élémentaire ne constitue pas un motif exceptionnel ou une circonstance humanitaire. Enfin, les pièces produites par Mme A concernant son action de bénévolat auprès de la Croix Rouge sont insuffisantes pour attester de la réalité de son insertion, l'intéressée ne justifiant d'aucune attache personnelle sur le territoire, hormis la présence de ses enfants, ni d'aucune perspective d'intégration professionnelle. Dans ces circonstances, la requérante qui ne peut, par ailleurs, utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de caractère réglementaire, que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets par sa circulaire du 28 novembre 2012 pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Loir-et-Cher aurait commis une erreur de droit et entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement :

12. En premier lieu, les décisions attaquées du 28 février 2024 en litige sont signées par M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu délégation par arrêté du 21 août 2023 du préfet de Loir-et-Cher, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, et au demeurant visé dans cet arrêté, à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen d'incompétence manque en fait et doit être écarté.

13. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est la mère de trois enfants, l'ainé né le 28 août 2012 résidant au Cameroun, le deuxième né le 6 mai 2015 au Cameroun, entré en France aux côtés de sa mère et la dernière, née 1er mai 2023, sur le territoire national, qui n'entretient, aux dires de la requérante, aucune relation avec son père, séjournant irrégulièrement sur le territoire français. L'intéressée ne justifie d'aucune autre attache personnelle ou familiale, ni d'une particulière insertion. La cellule familiale de Mme A composée de ses enfants et d'elle-même peut se reconstruire au Cameroun, pays dont elle a la nationalité. Si, elle soutient qu'elle est isolée et ostracisée dans ce pays compte tenu de la malformation dont elle souffre et que ce fait, elle-même comme ses enfants, risquent d'être soumis à des violences, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que Mme A ne produit aucune pièce pour l'établir alors même que sa demande d'asile a été rejetée. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

15. En dernier lieu, Mme A soutient que les décisions contestées sont contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où, d'une part, elle ne pourra pas y bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé, d'autre part, elle y sera soumise à un risque de violence du fait de la malformation qui l'affecte. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que Mme A ne justifie pas de ce que le défaut de prise en charge des pathologies dont elle souffre aurait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, il a été dit aux points 11 et 14 que Mme A ne produit aucune pièce de nature à établir les risques personnels qu'elle encourait en cas de retour au Cameroun alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Le moyen doit dès lors être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 28 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de

Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée

Mélanie C

La greffière,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.