Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402265
mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402265 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 juin 2024 et le 12 juin 2024, Mme C A, représentée par Me Aubry, demande juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Loir-et-Cher de lui proposer sans délai un logement ainsi que pour ses enfants ;
3°) de mettre à la charge du département de Loir-et-Cher la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- elle est privée de logement avec ses deux enfants ; elle justifie des démarches entreprises auprès du service 115 ; l'urgence est caractérisée ; il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'hébergement dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance et à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ; elle ne connaît personne en France hors de Blois.
Par un mémoire enregistré le 11 juin 2024, le département de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requérante peut disposer de soutiens amicaux ; la condition d'isolement de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles n'est pas établie, le père des enfants ayant déclaré résider à Blois ; ainsi aucune atteinte à une liberté fondamentale n'est caractérisée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale sur les droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née en 1996, de nationalité guinéenne et accompagnée de ses deux enfants en bas âge, Mamadou, né le 13 septembre 2022 et Lansana, né le 27 janvier 2024, soutient se trouver, avec ses fils, dépourvue d'un hébergement et de ressources depuis son retour dans la commune de Blois, où elle résidait précédemment. Elle a été hébergée par le service intégré d'accueil et d'orientation à l'hôtel Kyriad à Vineuil du 13 au 29 mars 2024. Elle fait valoir que les démarches qu'elle a entreprises, soit directement, soit par l'intermédiaire de la Cimade, et en particulier ses appels au service 115, se sont avérées, à ce jour, infructueuses. Elle demande en conséquence, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au département de Loir-et-Cher, sous astreinte, de lui fournir un lieu d'hébergement pour elle et ses enfants.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
4. En premier lieu, l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 de ce code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un
logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Et aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile. () ". Il résulte de l'article L. 221-2 de ce code que le département doit notamment disposer de " possibilités d'accueil d'urgence " ainsi que de " structures d'accueil pour les femmes enceintes et les mères avec leurs enfants ".
6. En troisième lieu, s'il résulte des dispositions précitées que sont en principe à la charge de l'Etat les mesures d'aide sociale relatives à l'hébergement des personnes qui connaissent de graves difficultés, notamment économiques ou de logement, ainsi que l'hébergement d'urgence des personnes sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, il résulte également de ces dispositions que la prise en charge, le cas échéant en urgence, des femmes enceintes ou des mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile, incombe au département en vertu de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Si toute personne peut s'adresser au service intégré d'accueil et d'orientation prévu par l'article L. 345-2 du même code et si l'Etat ne pourrait légalement refuser à ces femmes un hébergement d'urgence au seul motif qu'il incombe en principe au département d'assurer leur prise en charge, l'intervention de l'Etat ne revêt qu'un caractère supplétif, dans l'hypothèse où le département n'aurait pas accompli les diligences qui lui reviennent et ne fait d'ailleurs pas obstacle à ce que puisse être recherchée la responsabilité du département en cas de carence avérée et prolongée. Une carence caractérisée dans l'accomplissement des missions incombant au département ou à l'Etat peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
7. En l'espèce, Mme A soutient avoir tenté à de nombreuses reprises depuis son retour à Blois d'appeler le 115 afin que les services de l'Etat lui proposent un hébergement d'urgence, pour elle et ses deux enfants. Elle fait également valoir que ses demandes présentées auprès du service social du département (maison départementale de la cohésion sociale de
Blois-Agglomération) à trois reprises 15 mars 2024, le 11 avril 2024 et le 28 mai 2024, sont demeurées sans suite. Toutefois, si la requérante produit une attestation d'accompagnement datée du 31 mai 2024, établie par une bénévole de la permanence du groupe local de la Cimade de Blois, dont il ressort qu'elle a été reçue au cours de la semaine du 27 mai au 2 juin 2024 afin de chercher une solution d'hébergement sans y parvenir, cet unique document ne permet pas de justifier qu'à la date à laquelle elle a saisi le juge des référés, elle se trouvait, avec ses deux fils, effectivement sans aucun abri. En défense, le département de Loir-et-Cher précise que l'acte de naissance de l'enfant Lansana établi le 29 janvier 2024 mentionne une adresse du père à Blois et que Mme A ne justifie pas les raisons de son départ de la région parisienne où elle déclarait résider lors de la naissance de l'enfant. Il ne résulte ainsi pas de l'instruction que la requérante devrait être regardée comme une mère isolée accompagnée d'un enfant de moins de trois ans au sens des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Si Mme A déclare avoir été hébergée par des amis lors de son retour à Blois, il ne résulte pas de l'instruction que cet hébergement a cessé à compter du 21 mai 2024, ainsi qu'elle le soutient. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, aucune carence du département de Loir-et-Cher dans l'accomplissement de ses obligations légales susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, n'apparaît caractérisée.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à Mme A.
Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme A sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au département de Loir-et-Cher.
Fait à Orléans, le 12 juin 2024.
Le juge des référés,
Jean-Luc B
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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