Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402291
vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402291 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 juin 2024 et le 13 juin 2024 à 11h 40, M. A B, représenté par Me Aubry, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 du préfet de Loir-et-Cher portant refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 2 000 euros au titre de ses frais de défense à verser à son conseil.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature régulièrement consentie ;
- il méconnaît les articles L. 433-3 et L. 433-3-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les articles L. 423-23 de ce code et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature régulièrement consentie ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation, porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- il n'est pas établi que le requérant pouvait bénéficier d'un renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lacassagne, président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1 à L. 777-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lacassagne,
- et les observations de M. B, requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Des pièces ont été produites, après l'instance, par M. B et n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant comorien, est entré en France le 27 décembre 2015 et a bénéficié, le 5 octobre 2022, d'un titre de séjour d'un an portant la mention " salarié " valable su 9 mars 2023 au 8 mars 2024. Il a formé le 9 mars 2024 auprès du préfet de Loir-et-Cher une demande en vue du renouvellement de ce titre de séjour. Le préfet a pris, le 29 avril 2024, un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de destination, notifié par voie postale. Le 28 mai 2024, le préfet de Loir-et-Cher a pris à l'encontre de M. B et un arrêté portant assignation à résidence, notifié par voie administrative le 4 juin 2024. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement.
Les conclusions dirigées contre l'arrêté du 29 avril 2024 :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par l'article 1er de l'arrêté n° 41-2023-08-21-00023 du 21 août 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 41-2023-08-015, le préfet de Loir-et-Cher lui a donné délégation " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher () " à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas l'arrêté attaqué. Cet article précise " () qu'à ce titre cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. / A l'exception des cartes de séjour pluriannuelles prévues aux articles L. 421-9 à L. 421-24, L. 421-34, L. 422-6, L. 424-9, L. 424-11, L. 424-18 et L. 424-19, le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle est soumis à la preuve par l'étranger de sa résidence habituelle en France dans les conditions prévues à l'article L. 433-3-1. / () / Par dérogation au présent article la carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" prévue à l'article L. 421-1, ainsi que la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent" prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11 ou L. 421-14, sont renouvelées dans les conditions prévues à ces mêmes articles. " Aux termes de l'article L. 433-3-1 du même code : " Est considéré comme résidant en France de manière habituelle l'étranger : / 1° Qui y a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux ; / 2° Et qui y séjourne pendant au moins six mois au cours de l'année civile, durant les trois dernières années précédant le dépôt de la demande ou, si la période du titre en cours de validité est inférieure à trois ans, pendant la durée totale de validité du titre. "
4. Il résulte de ces dispositions qu'elles ne soumettent pas le renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " à la preuve par l'étranger de sa résidence habituelle en France, cette condition n'étant exigée par le deuxième alinéa de l'article L. 433-1 qu'en ce qui concerne le renouvellement d'une carte de séjour pluriannuelle. Par suite, M. B est fondé à prétendre qu'en refusant le renouvellement de son titre de séjour valable un an au motif qu'il ne remplissait pas les conditions de l'article L. 433-3-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Loir-et-Cher a entaché sa décision d'erreur de droit.
5. Toutefois, dans ses écritures à l'instance, le préfet soutient qu'il n'est pas établi que le requérant pouvait bénéficier d'un renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il doit, par cette mention, être regardé comme sollicitant une substitution de motif dont le requérant a été en mesure de débattre et qui ne le prive d'aucun droit.
6. Aux termes de l'article L. 421-1 de ce code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. "
7. Il ne résulte pas des pièces versées au dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. B était soit salarié sous couvert d'une autorisation de travail, soit involontairement privé d'emploi. Le renouvellement du titre de séjour demandé pouvait donc, pour ce motif, être refusé. Il y a donc lieu de faire droit à la demande de substitution de motif présentée par le préfet de Loir-et-Cher.
8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B ne peut justifier que d'un droit au séjour régulier sur le territoire du 9 mars 2023 au 8 mars 2024 et qu'il a été absent du territoire, selon les mentions d'un rapport de la police de l'air et des frontières non contestées, pendant plus de sept mois et demie. S'il soutient que cette absence est en partie subie et résulte des troubles survenus inopinément aux Comores pendant un séjour qu'il effectuait dans le cadre d'une mission humanitaire, il ne l'établit pas par la seule production d'une attestation d'une organisation non gouvernementale indiquant que l'intéressé a effectué ce séjour " de juin 2023 à février 2024 afin de mener à bien la mission de construction d'une école publique pour les enfants dans le besoin dans la ville d'Ourovenie ". En outre, M. B est célibataire, hébergé par une connaissance et ne revendique pas d'autre attache que la présence d'un enfant né le 19 février 2019. Toutefois, il ne justifie pas, par les pièces versées et notamment des relevés bancaires faisant apparaître trois versements de 100 à 300 euros survenus en août, septembre et novembre 2022 et par une attestation de présence à deux manifestations non datées organisées par l'école de l'enfant, participer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Dans ces circonstances, l'arrêté du 29 avril 2024 n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est fondé ni à prétendre que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour, ni qu'en raison des liens entretenus avec soin fils, cette décision est entachée d'erreur d'appréciation, porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2024 portant refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement.
Les conclusions à fin d'injonction :
11. Le rejet des conclusions d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.
Les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que réclame Me Aubry, avocat de M. B, au titre de cet article et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le magistrat délégué,
Denis LACASSAGNE
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.