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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402303

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402303

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLE SQUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 du préfet du Cher portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans le délai une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature appropriée et régulièrement consentie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'alinéa 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle porte atteinte au droit au mariage et est entachée de détournement de pouvoir ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, sa présence en France ne constituant pas une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature appropriée et régulièrement consentie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait de son état de santé ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature appropriée et régulièrement consentie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'émane pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature appropriée et régulièrement consentie ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation compte tenu de ses attaches en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République algérienne démocratique et populaire signée à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lacassagne, président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1 à L. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacassagne,

- les observations de Me Le Squer pour M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, est entré en France régulièrement en 2018 pour la dernière fois et n'a jamais présenté de demande de titre de séjour. Il a fait l'objet, le 2 octobre 2018 puis le 3 mai 2023, de deux décisions portant obligation de quitter le territoire français auxquelles il n'a pas déféré. Assigné à résidence le 20 septembre 2023, il n'a pas davantage respecté les obligations de présentation aux autorités de police qui lui étaient assignées. Interpelé le 5 juin 2024 pour des faits de violence conjugale, il a fait l'objet le 6 juin 2024, d'une part, d'un arrêté du préfet du Cher portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et, d'autre part, d'un placement en rétention administrative. Le juge des libertés et de la détention ayant mis fin à cette dernière mesure, le préfet du Cher a pris le 8 juin 2024 un arrêté portant assignation à résidence. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Camille de Witasse Thézy, secrétaire générale de la préfecture du Cher, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Cher du 13 mai 2024, publié sous la forme électronique au recueil des actes administratifs de la préfecture à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Cher ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas l'arrêté attaqué. Les décisions relatives à l'administration de l'Etat dans le département pour lesquelles le préfet délègue sa signature comprennent, sauf s'il en est disposé autrement par l'arrêté portant délégation, les décisions préfectorales en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué émanerait d'une autorité incompétente doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment les textes applicables, les conditions de séjour de M. B en France et les circonstances qu'il a fait l'objet de deux précédentes obligations de quitter le territoire français non exécutées, qu'il est défavorablement connu des services de police, qu'il allègue un projet de mariage, que son pays d'origine dispose des soins appropriés à son état de santé. Il est, par suite, motivé conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et des articles L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. M. B soutient que son état de santé, caractérisé par une schizophrénie et un trouble anxieux lui imposant de suivre un lourd traitement médical, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier de soins appropriés en cas de retour en Algérie. Il ne produit toutefois aucune justification à l'appui de ces affirmations. En outre, comme le relève du préfet du Cher, le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, dans un avis du 1er mars 2021, estimé que le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé du requérant ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut effectivement bénéficier d'une telle prise en charge dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement aux allégations du requérant, que celui-ci a effectivement déposé un dossier en vue de se marier devant l'officier d'état civil de Vierzon (Cher), la mairie de cette commune ayant d'ailleurs explicitement indiqué au préfet qu'aucune demande aux noms des futurs époux n'était enregistrée. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté litigieux porterait atteinte à son droit au mariage et qu'il serait entaché de détournement de pouvoir doivent être écartés.

7. M. B, né le 13 octobre 1991, soutient qu'il réside sur le territoire depuis qu'il a 9 ans, auprès de sa mère et de ses frères tous nés en France, que son retour en Algérie en 2018 n'a été que pour une courte période, qu'il vit depuis 14 ans en concubinage avec une compatriote née en 1965 et titulaire d'une carte de résident et qu'il dispose d'une promesse d'embauche. Toutefois, il n'assortit ces affirmations d'aucune justification de l'ancienneté de son séjour sur le territoire, de la présence de sa famille en France ni de l'actualité et de l'ancienneté de la relation maritale qu'il revendique. Dans ces circonstances, l'arrêté du 6 juin 2024 n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

9. Si M. B soutient qu'il est entré en France régulièrement en 2018 sous le couvert d'un visa de court séjour, il est constant qu'il n'a jamais demandé la délivrance d'un titre de séjour. Il entrait par suite dans le champ des dispositions citées au point précédent. Par suite, alors même que le préfet du Cher n'aurait pas été fondé à prétendre que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, il aurait pu se fonder sur ce seul motif pour prendre la mesure d'obligation de quitter le territoire français contestée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont elle serait entachée doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que M. B n'est pas fondé à prétendre que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays d'éloignement :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que M. B n'est pas fondé à prétendre que la décision fixant le pays d'éloignement est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, M. B se borne à indiquer qu'il craint pour sa santé en cas d'éloignement à destination de l'Algérie. Toutefois, pour les motifs exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

15. Enfin, si le requérant invoque de nouveau son droit au respect de sa vie privée et familiale, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement qui n'a pas, par elle-même, pour effet de le séparer des attaches alléguées en France.

16. Dès lors, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays d'éloignement.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 et 12 que M. B n'est pas fondé à prétendre que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

19. D'une part, M. B ne justifie, par les pièces qu'il produit, d'aucune attache sur le territoire. D'autre part, le requérant a été impliqué dans plusieurs affaires de vol, violences, outrage, menace et reconnaît avoir été condamné à une peine de prison. Dans ces circonstances, il n'établit pas qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, le préfet du Cher a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

20. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 doivent être rejetées.

Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

22. Le rejet des conclusions d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le magistrat délégué,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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