Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402340
mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL EQUATION AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juin 2024, M. C A, représenté par la SELARL Equation Avocats, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil prise à son encontre le 19 janvier 2024 par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.
M. A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en l'espèce : la décision attaquée, qui le prive de toute ressource, le place dans une situation de précarité extrême ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : en méconnaissance des dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations écrites à l'OFII ; si l'Office s'est fondé sur le fait qu'il a présenté une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers la Bulgarie, son retour en France était justifié par l'absence totale de prise en charge par les autorités bulgares, qui l'ont emprisonné sans lui permettre d'accéder à la procédure d'asile ni a fortiori aux conditions matérielles d'accueil ; l'OFII a ainsi commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision en litige est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité ; enfin elle méconnaît le principe de dignité humaine garanti par l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2024, l'OFII demande au juge des référés de rejeter la requête de M. A.
L'OFII soutient que :
- la requête, dont les conclusions tendent à la suspension de l'exécution d'une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, alors que la décision prise à l'encontre de M. A est une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil, est ainsi dirigée contre une décision inexistante et par suite irrecevable ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie : le requérant n'a saisi le juge des référés que le 10 juin 2024, alors que la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil a été prise le 19 janvier 2024 ; le requérant s'est lui-même placé dans la situation qu'il invoque ; il ne justifie pas de ses conditions de vie depuis que la décision contestée est devenue effective, et ne justifie pas plus du fait qu'il serait dépourvu de ressources, isolé ou dépourvu de toute assistance ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse ; en tant que de besoin, il est demandé au juge des référés de substituer aux dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme base légale de la décision, les dispositions du 3° de l'article L. 551-15 du même code.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2402339, enregistrée le 10 juin 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision du 19 janvier 2024 susvisée du directeur général de l'OFII.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 5 juillet 2024 à 14 heures, le juge des référés a présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14 heures 05.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. En l'état de l'instruction, et compte tenu de la substitution de base légale demandée par le défendeur, aucun des moyens invoqués par M. A, analysés ci-dessus, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision prise à son encontre le 19 janvier 2024 par le directeur général de l'OFII. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée à la requête, ni de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées. Il doit en être de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Orléans, le 9 juillet 2024.
Le juge des référés,
Frédéric B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.