Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402388
lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402388 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Paladino, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision d'exclusion de l'établissement pour une durée d'un an avec sursis rendue à son encontre par la commission de discipline de la section disciplinaire du conseil académique de l'université d'Orléans le 10 avril 2024 et notifiée le 15 avril 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'université d'Orléans la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- étudiante, avec succès, à l'université d'Orléans en chimie depuis septembre 2019 elle est suivie par passerelle handicap et le service de santé universitaire ; elle a connu des difficultés de santé particulières au cours de son cursus en Master 1 risques et environnement CPRE lors de l'année universitaire 2023/2024 ; absente très rapidement des cours elle a été hospitalisée dès le 4 décembre 2023 puis pour une longue période à partir de février 2024 ; le président de l'université a saisi le 13 février 2024 la section disciplinaire du conseil académique compétente à l'égard des usagers suite à deux signalements les 6 et 11décembre 2023 auprès de la cellule de lutte contre les violences de l'université d'Orléans, signalements relatant principalement l'inquiétude d'amies au vu de son mal-être et l'incapacité de ces dernières à pouvoir gérer la situation ; dans le cadre de l'instruction de cette procédure, elle a été auditionnée, en présence de son conseil le 12 mars 2024, le rapport d'instruction a été adressé le 20 mars 2024 et de nouvelles pièces ont été transmises dans son intérêt le 29 mars 2024, justifiant notamment de sa particulière fragilité et vulnérabilité ; elle est restée hospitalisée jusqu'au 24 mai 2024 ; le 31 mai 2024 le service santé universitaire d'Orléans lui a notifié le bénéfice d'une année blanche 2023/2024 ; dès le 5 juin 2024, elle s'est inquiétée auprès de l'université de sa possibilité de redoublement mais aucune réponse précise ne lui a été apportée ; elle a déposé plusieurs demandes de master 1 dont deux à Orléans soit le même master ayant fait l'objet d'une année blanche et le master de chimie analytique et assurance qualité et n'a été retenue pour aucun ;
- l'urgence est caractérisée car la décision en litige porte atteinte à son droit à l'éducation car elle affecte son dossier de candidature en master et met en péril son avenir alors qu'elle n'a jamais démérité et a toujours mené à bien ses études, qu'elle est déjà fragilisée par des difficultés de santé au vu desquelles elle n'a pu suivre son cursus d'études tout au long de l'année 2023/2024 ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux concernant la légalité de la décision attaquée est remplie car :
* la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
* cette décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, certains éléments ne lui ayant jamais été transmis et n'étant pas annexés lors de la consultation de la procédure par son conseil ;
* cette décision est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d'erreurs de fait car elle n'a commis aucun fait susceptible de relever du régime disciplinaire c'est-à-dire de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université, les communications dont il est fait partiellement état notamment par une synthèse sélective annexée au rapport de saisine de la CLV du 6 décembre 2023 correspondent à des échanges réciproques d'ordre privé ne sont ni injurieux ou discourtois de sa part ; la commission de discipline reprend les récits de deux étudiantes sans les identifier par leurs noms et sans pour autant avoir vérifié l'existence " d'un grave trouble chez les étudiantes susmentionnées ", aucune pièce n'ayant établie cette qualification ; le rapport d'instruction ne justifie d'aucune enquête interne au sein de l'établissement et auprès des enseignants ; alors qu'elle-même a justifié de la réalité de sa situation de santé sans que la cellule de lutte contre les violences ne s'inquiète de son mal-être soudain décrit et alerté par d'autres étudiantes ; son mal-être et sa vulnérabilité ne sauraient constituer une faute de nature à justifier une sanction ;
* la sanction prononcée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.
Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- et la requête au fond n°2402387 présentée par Mme B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. La requérante soutient que l'urgence est caractérisée car elle a déposé plusieurs demandes de Master 1 et n'a été retenue pour aucun, ce qui porte atteinte à son droit à l'éducation et met en péril la poursuite de ses études qu'elle a jusqu'alors toujours menées à bien. Toutefois, alors qu'il est constant, d'une part, qu'elle a été admise en Master 1 risques et environnement CPRE pour l'année universitaire 2023/2024 mais qu'elle n'a pu suivre ce cursus pour raisons de santé et que le 31 mai 2024 le service santé universitaire d'Orléans lui a notifié le bénéfice d'une année blanche, d'autre part, que la décision en litige rendue à son encontre par la commission de discipline de la section disciplinaire du conseil académique de l'université d'Orléans est une exclusion assortie d'un sursis total, elle n'établit pas que cette décision, qui n'est pas celle de refus d'autorisation de redoublement en Master 1 qu'il lui appartient, si elle s'y croit fondée, de contester, porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. Dès lors, la condition d'urgence n'est pas remplie.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée que les conclusions de Mme B tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie en sera transmise pour information à l'université d'Orléans.
Fait à Orléans, le 17 juin 2024.
La juge des référés,
Anne C
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.