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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2402396

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402396

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLE SQUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2024 régularisée le 13 juin suivant, M. A B, représenté par Me Anne-Catherine Le Squer, avocate, demande au président du tribunal :

1°/ d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°/ d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Cher l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours ;

3°/ d'enjoindre au préfet du Cher de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étranger malade ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°/ de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est affectée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est affectée d'erreur d'appréciation ;

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience :

- le rapport de M. Guével, président-rapporteur ;

- les observations de Me Le Squer, avocate, pour M. B, absent de l'audience, qui confirme les conclusions de sa requête par les mêmes moyens et sollicite son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Le préfet du Cher n'était ni présent ni représenté.

L'instruction a été clôturée après que les parties ont formulé leurs observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 15 octobre 1991, assigné à résidence, demande au président du tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et, d'autre part, l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Cher l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. /(). ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence à statuer sur la requête de M. B, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

4. Les arrêtés du 10 juin 2024 en litige sont signés de Mme Camille de Witasse Thézy, secrétaire générale de la préfecture, qui a reçu délégation par arrêté du 13 mai 2024 du préfet du Cher, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Cher, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions distinctes contenues dans les arrêtés contestés. Par suite, le moyen d'incompétence manque en fait et doit être écarté.

5. Ces arrêtés comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il est suffisamment motivé même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. B entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier et des débats tenus à l'audience que M. B allègue sans l'établir au demeurant qu'il réside en France depuis plus d'un an, qu'il est très proche de ses cousins qui séjournent régulièrement sur le territoire français, qu'il est parfaitement intégré et qu'il a un projet de mariage. S'il fait valoir être père de deux enfants, il ne précise ni leur lieu de résidence, ni les conditions dans lesquelles il assurerait leur entretien et leur éducation. S'il indique être actuellement suivi pour d'importants problèmes psychologiques nécessitant la prise d'un traitement médicamenteux quotidien, il ne démontre pas que son état de santé serait tel qu'il impliquerait une prise en charge ne pouvant être assurée qu'en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas qu'en raison de son état de santé il serait protégé de l'éloignement.

8. Pour les motifs exposés au point précédent, la décision portant interdiction de retour de M. B sur le territoire français pendant une durée d'un an n'est affectée d'erreur d'appréciation ni dans son principe ni dans sa durée, ni davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas illégale par voie de conséquence. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence :

11. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant assignation à résidence n'est pas illégale par voie de conséquence. Par suite, l'exception d'illégalité doit être écartée.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet du Cher l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours doivent être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions en annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

Le président-rapporteur,

Benoist GUÉVELLe greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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