Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402415
lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402415 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, M. F Bilo'o C, représenté par Me Mongis, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet d'Indre-et-Loire sur son recours gracieux formé contre la décision portant refus de séjour en date du 20 février 2024, ensemble cette décision du 20 février 2024 ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est entré régulièrement en France le 21 octobre 2016 en qualité d'étudiant dans le cadre d'une coopération sanitaire ; il y a obtenu un DU ; il a rencontré Mme G, de nationalité espagnole avec laquelle il a eu une fille E née le 30 juin 2019 de nationalité espagnole ; il a sollicité un changement de statut en tant que membre de famille d'un ressortissant européen et a obtenu plusieurs récépissés ; le 1er juin 2021, le préfet lui a refusé la délivrance d'un titre et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français (OQTF) ; il s'est maintenu en France et a rencontré Mme B, ressortissante congolaise titulaire d'une carte de résident avec laquelle il a eu un fils A né le 29 juillet 2021 et a conclu un PACS le 23 mai 2023 ; il a sollicité la délivrance d'un titre mention " vie privée et familiale " le 15 novembre 2023 ; par arrêté du 20 février 2024, le préfet a rejeté sa demande de titre, mais n'a pas assorti ce refus d'une OQTF ; il a formé un RG reçu le 19 mars 2024 ;
- la condition tenant à l'urgence est remplie car les décisions en litige le maintiennent dans l'illégalité et par suite dans la précarité ; il est susceptible de faire l'objet à tout moment d'une OQTF ; il ne peut pas travailler pour subvenir aux besoins de ses deux enfants alors qu'il a obtenu une promesse d'embauche en date du 6 janvier 2023 par le CCAS de Tours, structure au sein de laquelle il a exercé un emploi en tant qu'agent social contractuel du 1er décembre 2017 au 17 juin 2021 quand il détenait un titre de séjour et une promesse d'embauche en date du 15 février 2024 en qualité d'agent de service hôtelier dans une résidence médicalisée pour seniors ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux concernant la légalité des décisions est remplie car :
* il n'est pas établi que le signataire du refus du 20 février 2024, " secrétaire général par intérim ", avait compétence ;
* il est entaché de vice de procédure car il appartenait au préfet de lui préciser les informations complémentaires requises pour l'instruction de sa demande notamment concernant des justificatifs d'insertion ;
* il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation car il justifie de lien anciens, intenses et stables en France, il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille E, et de son fils A et d'une relation depuis plus de trois ans avec la mère de celui-ci avec laquelle il est désormais Pacsé, il a su s'insérer socialement et professionnellement et détient des promesses d'embauche, l'absence d'OQTF démontre que le préfet lui-même considère qu'il a ses attaches personnelles et familiales en France ;
* la décision rejetant implicitement son recours gracieux est pour les mêmes motifs entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- et la requête au fond n° 2402414 présentée par M. F Bilo'o C.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme H pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, il est constant que le requérant, s'il est entré régulièrement en France en octobre 2016 en qualité d'étudiant, a sollicité un changement de statut en tant que membre de famille d'un ressortissant européen et a alors obtenu plusieurs récépissés, s'est vu opposer le 1er juin 2021 un refus de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. S'il soutient qu'il est désormais père de deux enfants nés et vivant en France, E née le 30 juin 2019 de sa relation avec une ressortissante espagnole et A né le 29 juillet 2021 de sa relation avec une ressortissante congolaise titulaire d'une carte de résident avec laquelle il a conclu un PACS le 23 mai 2023, le fait qu'il ne peut pas travailler pour subvenir aux besoins de ses deux enfants alors qu'il a obtenu des promesses d'embauche n'est pas de nature à constituer, dans ces conditions, des circonstances particulières caractérisant à ce jour une situation d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ce alors qu'il n'établit ni même n'allègue que sa fille ou le foyer formé de sa compagne et de leur fils, se trouveraient dans une situation de précarité financière. Il en est de même des attaches familiales dont il se prévaut, dès lors que la décision de refus de séjour attaquée n'est assortie d'aucune mesure d'éloignement du territoire français et n'est donc pas susceptible de porter atteinte à court terme aux liens qu'il entretient avec sa fille ni à l'intégrité de sa cellule familiale. Ainsi, à la date de la présente ordonnance, le requérant, en situation irrégulière en France depuis 3 ans, sans qu'il se prévale d'incidences graves, récentes et étayées sur sa situation du fait du refus litigieux, ne justifie pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que les conclusions présentées par M. Bilo'o C tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. F Bilo'o C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F Bilo'o C.
Fait à Orléans, le 17 juin 2024.
La juge des référés,
Anne H
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.