Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402485
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402485 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2024, M. A B doit être regardé comme demandant à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution du titre de pension émis par le service des retraites de l'Etat le 27 mai 2024, reçu le 29 mai 2024 en tant qu'il refuse l'application d'une surcote et de faire procéder à la révision de ce titre de pension avant le 1er juillet 2024.
Il soutient que :
- né le 4 août 1959 il a déposé le 7 janvier 2024, sa demande de mise à la retraite pour le 1er juillet 2024 ; sa carrière se décompose entre le régime général des retraites pour le secteur privé et le service des retraites de l'État (SRE) pour le secteur public ; dans un document non daté reçu début 2024 " simulation de votre retraite " le détail de la pension à laquelle il peut prétendre est présenté sur la base de 199 trimestres soit 38 trimestres de secteur privé, 141 trimestres de services effectifs dans le secteur public et 19 trimestres et 49 jours de bonification du cinquième pénitentiaire ; un correctif a été demandé à l'assurance retraite Midi-Pyrénées car 6 trimestres du régime général des retraites du secteur privé ne sont pas pris en compte ; dans un document du 8 février 2024 de l'assurance retraite Midi-Pyrénées le nombre de trimestres est rectifié pour le secteur privé, passant à 44 trimestres ; ce document mentionne également les trimestres prix au bénéfice de la surcote ; il n'est alors pas contesté ; ayant atteint l'âge de 62 ans le 4 août 2021, les trimestres effectués entre cette date et la date de mise à la retraite sont pris au bénéfice de la surcote dès lors qu'il a atteint le nombre de trimestres requis pour sa génération ; en application de l'article 14-III du code des pensions civiles et militaires de retraite la surcote qui doit s'appliquer est calculée sur la base de 11 trimestres avec une majoration de 1.25 % par trimestre soit une surcote 13.25 % sur les trimestres effectués hors bonification du cinquième ; les 12 avril 2024 et 4 mai 2024, il a reçu un même document intitulé " estimation de votre pension " du SRE qui reprend l'ensemble de sa carrière effectuée dans le public soit 161 trimestres (141 trimestres de service effectifs + 19 trimestres et 49 jours de bonification du cinquième pénitentiaire) retenus pour le calcul de sa pension mais la surcote égale à 11 trimestres n'est pas prise en compte dans ce document ; il a demandé à plusieurs reprises la prise en compte de la surcote à laquelle il peut prétendre, notamment par un mail du 7 mai 2024 ainsi qu'une demande adressée le 4 mai 2024 par son compte en ligne SRE ; par mail du 7 mai 2024, le SRE l'a informé qu'il ne remplit pas les conditions de trimestres tous régimes confondus pour prétendre à la surcote ; le SRE ne tient pas compte pour le calcul des trimestres obtenus des trimestres effectués dans le privé qui pourtant apparaissent dans le courrier " simulation de votre retraite " ; par mail du 5 juin 2024, le SRE lui a indiqué que son dossier est transmis au service des révisions sans lui assurer que la révision serait en sa faveur ni lui indiquer le délai qu'il faudra pour étudier son dossier ; par téléphone, il lui a été indiqué que le service de révision du SRE peut rendre sa décision dans un délai de 4 à 5 mois, il doit faire rectifier son avant le 1er juillet 2024 ;
- la condition tenant à l'urgence est remplie car sa demande de mise à la retraite formulée le 7 janvier 2024 est effective dès le 1er juillet 2024 et la révision doit intervenir dans les meilleurs délais afin qu'il " ne [se] retrouve pas fin juillet 2024 sans versement de [sa] pension due au regard du nombre de trimestres réellement effectués durant toute [sa] carrière " et alors que la situation financière fixée par cet arrêté du 27 mai 2024 ne correspond pas aux projections effectuées ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité du titre de pension en litige est remplie car ce titre de pension est entaché d'erreur de droit et d'appréciation dès lors qu'il ne tient pas compte des trimestres réalisés dans le secteur privé et ne prend pas non plus en compte les éléments liés à l'article 14-III au code des pensions civiles et militaires de retraite ni les modalités indiquées sur le site internet du SRE (Retraites de l'État - La surcote (retraitesdeletat.gouv.fr) alors que les huit simulations réalisées depuis le 12 décembre 2019 ont toujours mentionné les trimestres effectués dans le secteur privé et les trimestres de surcote réalisés au-delà de la limite d'âge.
Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
- et la requête au fond n° 2402484 présentée par M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Le requérant soutient que l'urgence est caractérisée car sa demande de mise à la retraite est effective dès le 1er juillet 2024 et la révision qu'il sollicite doit intervenir dans les meilleurs délais afin qu'il " ne [se] retrouve pas fin juillet 2024 sans versement de [sa] pension due au regard du nombre de trimestres réellement effectués durant toute [sa] carrière ". Toutefois, à supposer qu'ainsi qu'il le soutient la situation financière fixée par cet arrêté du 27 mai 2024 ne corresponde pas aux simulations réalisées retenant les trimestres effectués dans le secteur privé et les trimestres de surcote réalisés au-delà de la limite d'âge, et alors que sa demande a été transmise au service des révisions, il est constant qu'il va percevoir une pension de retraite. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que les conclusions présentées par M. B tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Orléans, le 20 juin 2024.
La juge des référés,
Anne C
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.