Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402577
mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2402577 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024, Mme B A demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au maire de la commune d'Orléans de lui louer une salle communale, et notamment la salle des Chats Ferrés, en vue de tenir une ou plusieurs réunions publiques dans le cadre des élections législatives 2024, et ce sous astreinte journalière de 500 euros à compter de la notification de la décision à intervenir ;
2°) de mettre à la charge du défendeur le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- dans le cadre de la campagne pour les élections législatives auxquelles elle est candidate, elle a sollicité de la commune d'Orléans la location de la salle des Chats Ferrés en vue d'une réunion publique devant se tenir le 23 juin 2024 ; après lui avoir initialement répondu positivement, le maire d'Orléans a, par courriel du 18 juin 2024, refusé la location de la salle aux motifs des difficultés rencontrées dans l'organisation matérielle et administrative des élections et de la nécessité de respecter strictement l'égalité de traitement entre les candidats ;
- ce refus porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion garantie par les dispositions de l'article 5 de la loi du 30 juin 1881 sur la liberté de réunion, auxquelles renvoie l'article L. 47 du code électoral, alors que seuls des risques graves de troubles à l'ordre public peuvent justifier une telle décision ; or, tel n'est pas le cas du motif invoqué par le maire d'Orléans ;
- l'urgence est comprise dans l'atteinte grave et manifestement illégale portée au droit de réunion publique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A demande qu'il soit enjoint au maire de la commune d'Orléans de lui louer une salle communale, et notamment la salle des Chats Ferrés, en vue de tenir une ou plusieurs réunions publiques dans le cadre des élections législatives 2024 auxquelles elle est candidate.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose cependant que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. Il n'y a urgence à ordonner la suspension d'une décision administrative que s'il est établi qu'elle préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En outre, lorsque le requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. D'une part, si Mme A invoque le refus opposé le 18 juin 2024 par le maire d'Orléans à sa demande de location de la salle communale des Chats Ferrés en vue d'une réunion publique, elle n'établit pas l'existence d'une situation d'urgence dès lors que la date du 23 juin 2024 pour laquelle elle sollicitait cette salle est dépassée et que la campagne électorale sera close le 28 juin à minuit pour le premier tour de scrutin.
5. D'autre part, en se bornant à invoquer la tenue " d'une ou plusieurs réunions dans le cadre des élections législatives " sans la moindre précision, notamment quant aux dates envisagées, Mme A n'établit pas, pour l'heure et dans les circonstances de l'espèce, l'existence d'une situation d'urgence impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale, que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de Mme A doivent être rejetées par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Copie en sera adressée à la commune d'Orléans.
Fait à Orléans, le 25 juin 2024.
La juge des référés,
Patricia ROUAULT-CHALIER
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402577