Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402602

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402602
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en urgence et juge unique, a rejeté la requête de Mme D, ressortissante arménienne, qui contestait l'arrêté préfectoral du 14 mars 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et lui interdisant le retour pour deux ans. La requérante invoquait notamment la méconnaissance des articles L. 425-5 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) pour raisons médicales et familiales, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, confirmant ainsi la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, Mme B D, représentée par

la Selarl Equation Avocats, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 du préfet d'Indre-et-Loire refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant l'Arménie comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, " étranger parent d'un enfant malade " dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de ce réexamen ;

3) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son avocat, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le refus de séjour n'est pas suffisamment motivé, a été pris à la suite d'une procédure irrégulière et méconnaît les articles L. 425-5 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire doit être annulée en conséquence de l'annulation du refus de séjour et méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 3-1 et 27 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de renvoi et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante arménienne née le 13 février 2000, a déclaré être entrée en France le 9 octobre 2019 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 4 novembre 2019, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Suite à son identification en Allemagne et après échec de la procédure Dublin, sa demande a été rejetée par une décision du 28 décembre 2020 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du

19 février 2021, la préfète d'Indre-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Arménie et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement n° 2101080 et 2101081 du 9 juin 2021, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté ainsi que la requête de son mari tendant à l'annulation d'un même arrêté. Par un arrêté du 22 juillet 2021, la préfète d'Indre-et-Loire l'a assignée à résidence. La cour nationale du droit a rejeté, le 23 novembre 2021, sa demande tendant à l'annulation de la décision du 28 décembre 2020 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Le 23 novembre 2023, la requérante a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour accompagner sa fille mineure prénommée A, née le 20 décembre 2021 à Tours. Par l'arrêté attaqué du 14 juin 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de carte de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Arménie et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le refus de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 14 juin 2024 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatifs à sa situation familiale et à l'état de santé de sa fille, à raison desquels le préfet a rejeté sa demande de titre de séjour. Ainsi, le refus de séjour est suffisamment motivé en application des dispositions de l'article L. 212-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". En vertu de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 n'est pas délivré. Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès la réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa. Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé. Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. Il peut être assisté d'un interprète et d'un médecin. Lorsque l'étranger est mineur, il est accompagné de son représentant légal. () ". Enfin, en vertu de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, le collège de médecins du service médical de l'OFII désigné afin d'émettre un avis doit préciser : " a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

6. D'une part, la requérante soutient qu'il n'est pas démontré que l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration concernant sa fille a été émis conformément à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité, notamment quant à la collégialité des débats et à l'interdiction faite au médecin qui a établi le rapport médical de siéger au sein du collège des médecins. Toutefois, le préfet d'Indre-et-Loire produit l'avis du collège des médecins en date du 8 février 2024, sur le fondement duquel a été pris l'arrêté attaqué, qui mentionne le nom du médecin rapporteur ainsi que les noms des trois médecins formant le collège qui ont rendu l'avis, lequel ne comprend pas le médecin rapporteur, ainsi que le " bordereau de transmission " mentionnant que le rapport médical a été établi le 22 janvier 2024 par le docteur C E et que le rapport de ce médecin a été transmis au collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration le 24 janvier 2024 lequel a rendu son avis le 8 février 2024 après en avoir délibéré ainsi que le mentionne l'avis. Au demeurant, les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative et, par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que le docteur E aurait participé à la délibération du collège des médecins. En outre, l'avis comporte la signature des trois médecins du collège ainsi que, de manière lisible, leurs prénoms et noms. Les dispositions précitées de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 n'exigent pas que la signature des médecins soit lisible. Par ailleurs, les dispositions des articles L. 212-1 et L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de l'avis du collège des médecins, qui ne lie pas le préfet, dès lors qu'elles ne s'imposent à peine d'illégalité qu'aux décisions prises par les autorités administratives. De même, les dispositions de l'article 1367 du code civil ne peuvent davantage être utilement invoquées à l'encontre de l'avis dès lors que ces dispositions ne s'appliquent qu'aux actes juridiques lesquels sont, selon l'article 1100-1 du même code, des manifestations de volonté destinées à produire des effets de droit. Si la requérante met en doute l'authenticité des signatures des médecins, la circonstance que leurs signatures aient été apposées sous la forme de fac-similés n'est pas de nature à établir que les intéressés, dont l'identité est clairement précisée, n'en seraient pas les auteurs. Il est constant en tout état de cause que l'application informatique dénommée Thémis, qui permet l'apposition des signatures électroniques, n'est accessible aux médecins signataires qu'au moyen de deux identifiants et de deux mots de passe qui leur sont propres et qu'elle présente ainsi les garanties de sécurité de nature à assurer l'authenticité des signatures ainsi que le lien entre elles et leurs auteurs. En outre, les docteurs Bénédicte Mauze, José-Hector Aranda Grau et Samir Mesbahy, qui composaient le collège de médecins, ont été régulièrement désignés par la décision du

11 janvier 2024 du directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration modifiant la décision du 17 janvier 2017, régulièrement publiée sur le site internet de l'office, portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Il s'ensuit que l'avis a été émis dans le respect des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016, notamment dans le respect de la règle selon laquelle le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Par suite, le moyen de la requérante tiré de l'irrégularité de la procédure suivie devant le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ne peut être accueilli.

7. D'autre part, selon l'avis du 8 février 2024 du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, l'état de santé de A D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Aucun des documents médicaux que la requérante produit ne précise que le défaut de prise en charge des pathologies de A aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, la requérante ne peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour au titre de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa fille ne remplit pas l'ensemble des conditions prévues à l'article L. 425-9 du même code.

8. Enfin, aux termes de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui bénéficie d'une ordonnance de protection en vertu de l'article 515-9 du code civil, en raison des violences exercées au sein du couple ou par un ancien conjoint, un ancien partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou un ancien concubin se voit délivrer, dans les plus brefs délais, une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Une fois arrivée à expiration elle est renouvelée de plein droit à l'étranger qui continue à bénéficier d'une telle ordonnance de protection. Lorsque l'étranger a porté plainte contre l'auteur des faits elle est renouvelée de plein droit pendant la durée de la procédure pénale afférente, y compris après l'expiration de l'ordonnance de protection. ". Si la requérante se prévaut de ces dispositions et produit l'ordonnance de protection rendue en application des articles L. 515-9 et suivants du code civil le 28 février 2024 par la juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Tours à l'encontre de son conjoint, elle ne justifie pas avoir formulé une demande de carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, son moyen tiré de la violation de ces dispositions ne peut être accueilli.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, il ressort de ce qui précède que le refus de séjour n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire en conséquence de l'annulation du refus de séjour.

10. En deuxième lieu, si la requérante se prévaut des dispositions du 9° de l'article

L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions étaient abrogées à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, son moyen tiré de la violation de ces dispositions est inopérant.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. La requérante se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'elle est entrée en France en tant que demandeur d'asile, le 9 octobre 2019, soit depuis cinq ans, qu'elle a nécessairement déplacé le centre de ses intérêts dans ce pays, qu'elle y a noué des attaches familiales fortes car ses deux enfants sont nés en France le 21 septembre 2020 et le 23 décembre 2021, que l'aînée a toujours été scolarisé en France et qu'elle ne peut mener une vie privée et familiale normale dans son pays d'origine. Toutefois, elle est entrée assez récemment et irrégulièrement en France, le 9 octobre 2019 et s'y est maintenue malgré les décisions administratives et juridictionnelles dont il est fait état au point 1. Son conjoint et ses parents font également l'objet d'obligations de quitter le territoire. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Arménie. Par suite, eu égard notamment aux conditions de séjour sur le territoire français de l'intéressée, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux effets de la mesure attaquée et ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Il suit de là que l'obligation de quitter le territoire attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. Enfin, aux termes de l'article 27 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Les Etats parties reconnaissent le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social. ". La requérante ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations qui ne créent d'obligations qu'entre Etats et sont dépourvues d'effet direct à l'égard des particuliers en droit interne.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachés d'illégalité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. La requérante soutient qu'elle risque d'être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Arménie en raison des persécutions subies de la part de la communauté yézidie depuis sa conversion au christianisme qui l'ont poussée à quitter son pays et du fait des problèmes de santé de sa fille A qui ne pourra pas bénéficier d'un traitement adapté. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le défaut de prise en charge de l'état de santé de sa fille A ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Au demeurant, la requérante n'établit pas que l'état de santé de sa fille ne pourrait être pris en charge dans son pays d'origine. Par ailleurs, elle ne produit aucun document ou élément de nature à établir qu'elle ferait l'objet de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

18. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

19. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de renvoi.

21. En second lieu, la requérante soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'un an est disproportionnée en faisant valoir qu'elle justifie d'une présence sur le territoire français de cinq années, qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public et que le préfet déduit de manière impropre l'absence de liens forts et intenses avec la France de la seule circonstance qu'elle a vécu la plus grande partie de sa vie dans son pays d'origine. Toutefois, en indiquant dans son arrêté que la requérante était entrée récemment et irrégulièrement en France, qu'elle est originaire d'un pays sûr au sens de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle est sans liens forts avec la France puisqu'elle est arrivée à l'âge de dix-neuf ans, que sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile, que l'obligation de quitter le territoire a été validée par le tribunal administratif d'Orléans, qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle elle n'a pas déféré, que sa demande de titre de séjour pour accompagner son enfant pour raisons médicales a reçu un avis défavorable du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration et qu'elle n'a pas fait l'objet d'un comportement l'ordre public et qu'ainsi, une interdiction de retour prononcée pour une durée maximale de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au regard de sa vie privée familiale, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas pris une mesure disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation alors même que l'intéressée ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

22. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUC

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.