Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402662

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, M. A B, représenté par Me Duplantier, demande au juge des référés :

1°) en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de faire droit à ses demandes de renouvellement de sa carte de résident et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, née le 16 avril 2024 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente du jugement au fond de sa requête, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en l'espèce : l'urgence est présumée du fait du refus de renouvellement de sa carte de résident qui impacte sa situation professionnelle, matérielle, financière et familiale ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige : la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète aurait dû saisir la commission du titre de séjour ; la préfète a commis une erreur de droit, il bénéficiait du renouvellement de plein droit de sa carte de résident en application des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne constitue pas une menace à l'ordre public ; la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 9 juillet 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucune situation d'urgence n'est établie dès lors que les pièces produites par le requérant en faisant valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2401865, enregistrée le 10 mai 2024, par laquelle M. B demande l'annulation les décisions susvisées de la préfète du Loiret.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 10 juillet 2024 à 14 heures, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations de Me Duplantier, représentant M. B et

Me Kao, représentant la préfète du Loiret.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc, né le 7 juillet 1985 à Carsamba en Turquie, est entré en France en 1991. Il a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur et a obtenu une carte de résident à sa majorité qui a été régulièrement renouvelée. A l'expiration de sa carte de résident valable du 8 novembre 2013 au 7 novembre 2023, il a sollicité le renouvellement de celle-ci. Par un arrêté du 29 janvier 2024, la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande. M. B a introduit un recours gracieux le 16 février 2024 qui, en l'absence de réponse de la préfète, a été implicitement rejetée le 16 avril 2024. M. B demande la suspension de l'exécution de ces décisions.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Par suite, M. B demandant la suspension du refus de renouvellement de sa carte de résident qui lui a été opposé et la préfète du Loiret, se bornant à relever que l'intéressé a poursuivi son activité malgré la décision de refus de renouvellement, ne justifiant ainsi d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté :

4. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa requête au fond n° 2401865, de la décision du 29 janvier 2024 par lequel la préfète du Loiret a refusé de renouveler sa carte de résident, ainsi que par voie de conséquence, de la décision implicite de rejet du 16 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. "

7. Eu égard aux motifs retenus pour la suspension de l'exécution de la décision en litige, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer la situation de M. B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à l'intervention du jugement au fond. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

ORDONNE:

Article 1er : L'exécution de la décision du 29 janvier 2024 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de renouveler la carte de résident de M. B est suspendue, ainsi que par voie de conséquence, la décision implicite de rejet en date du 16 avril 2024, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond n° 2401865.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à l'intervention du jugement au fond, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la préfète du Loiret.

Fait à Orléans le 15 juillet 2024

Le juge des référés,

Fatoumata C

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.