Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2402791

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2402791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. D C, ressortissant congolais, qui contestait l'arrêté préfectoral du 14 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a considéré que l'obligation de quitter le territoire était légale, car le droit au maintien sur le territoire avait pris fin après le rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile et l'OFPRA, conformément aux articles L. 611-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La demande de suspension de l'éloignement a été rejetée, le requérant ne démontrant pas de risque réel de traitements contraires à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme en cas de retour en République Démocratique du Congo. En conséquence, les conclusions accessoires (annulation de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour, injonction et frais de justice) ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2024, M. E D C, représenté par

la Selarl Equation Avocats, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 du préfet d'Indre-et-Loire l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la République Démocratique du Congo comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile ou jusqu'à la notification de l'ordonnance de la cour ;

3) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une attestation de demande d'asile sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son avocat, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire sera accordée en application des articles L. 542-6 et L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas suffisamment motivée, doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen complet et méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de renvoi et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire.

M. D C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Une note en délibéré présentée par le préfet d'Indre-et-Loire a été enregistrée le 5 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant de la République Démocratique du Congo né le 10 octobre 1999, a déclaré être entré en France le 10 mars 2020 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 13 août 2020, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 18 janvier 2021 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 31 mai 2021 par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 1er juillet 2021, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Le 7 décembre 2023, le requérant a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 16 avril 2024 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, notifiée le 28 mai 2024. Par l'arrêté attaqué du 14 juin 2024, le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République Démocratique du Congo et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ ()/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. /. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : 1° () d) une décision de rejet dans le cas prévu à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ; /. Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ". Aux termes de l'article L. 531-24 du code : " L'office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : () 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; () ".

3. En l'espèce, le préfet d'Indre-et-Loire a pris l'obligation de quitter le territoire attaquée au motif que la demande de réexamen de la demande d'asile du requérant présentée le

7 décembre 2023 avait été rejetée par une décision du 16 avril 2024 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides notifiée le 28 mai 2024 et qu'au regard des dispositions du

d) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire français.

4. Le requérant soutient que si l'autorité administrative est en droit de prendre en considération la décision prise par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, l'examen et l'appréciation par cette instance des faits allégués et des craintes énoncées ne lient pas l'autorité administrative qui ne peut motiver sa décision uniquement par référence à l'autorité de la chose jugée et que la circonstance que l'office a rejeté sa demande d'asile n'exempte pas le préfet de l'examen du risque au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet d'Indre-et-Loire se serait cru lié par la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire n'a pas pour objet de fixer le pays de destination de l'étranger, lequel est déterminé par une décision distincte et, par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus en cas de retour en République Démocratique du Congo est, en tout état de cause, inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

6. En deuxième lieu, le requérant soutient que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur de fait en mentionnant qu'il est ressortissant de la République Démocratique du Congo alors qu'il a la nationalité russe depuis 2017 ce qui fait obstacle à ce qu'il soit renvoyé vers la République Démocratique du Congo. Toutefois, il se borne à produire un permis de conduire russe au nom de Mabuku Fiston Mbono né le 10 octobre 1990 en République Démocratique du Congo et, dès lors, comporte une identité et une date de naissance différentes de celles mentionnées sur l'arrêté attaqué et sur la requête. A supposer même que ce permis de conduire mentionne sa véritable identité comme le soutient l'intéressé, il n'est pas de nature, alors d'ailleurs qu'il ne précise pas la nationalité de son titulaire, à établir qu'il aurait obtenu la nationalité russe en 2017 et qu'il aurait, en outre, perdu la nationalité de la République Démocratique du Congo, pays dans lequel il est né. Il suit de là que l'erreur de fait alléguée n'est pas établie.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant avant de prendre la décision fixant le pays de renvoi.

8. En quatrième lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise, notamment, l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérant et la décision prise par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention précitée en cas de retour dans son pays d'origine et que la décision ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention précitée. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

9. Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Le requérant soutient qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants de la part des autorités congolaises qui estiment avoir été escroquées ainsi que de la part d'hommes russes, en lien avec les autorités congolaises, avec lesquels il a travaillé. Toutefois, la copie de la convocation du commissariat provincial de Kinshasa en date du

18 décembre 2023 qu'il produit n'est pas de nature à établir la réalité de ses allégations dès lors qu'il ne justifie pas des conditions dans lesquelles ce document lui est parvenu alors qu'à la date du 18 décembre 2023, il résidait déjà en France. Il en est de même de l'article du Washington Post du 12 juin 2018 intitulé " La Russie, avec son histoire d'attaques racistes et de hooligans, peut-elle accueillir une Coupe du monde ' " dès lors que cet article ne fait aucunement état que le requérant ferait l'objet de persécutions en cas de retour en République Démocratique du Congo. Le requérant ne produit aucun autre document ou élément de nature à établir la réalité de ses craintes. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

13. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de renvoi.

15. En deuxième lieu, le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit faire apparaître les quatre critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'en l'espèce, il n'est pas mentionné qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Mais, il résulte de ce qui a été dit au point 13 que dès lors que le préfet estimait qu'il ne constituait pas une menace pour l'ordre public, il n'était pas tenu de le préciser expressément.

16. Enfin, le requérant soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en faisant valoir qu'il n'est pas entré récemment en France comme le mentionne la décision attaquée mais qu'il est y présent depuis quatre ans. Toutefois, le préfet a indiqué que le requérant était célibataire et sans enfant à charge, qu'il est entré en France récemment, il y a quatre ans, que sa demande de protection sur le territoire français a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides par deux fois et par la cour nationale du droit d'asile, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour de deux ans prise par la préfète de l'Oise à laquelle il n'a pas déféré, qu'il se maintient volontairement sur le territoire français en situation irrégulière faisant fi de mesures prises à son encontre par l'administration française, qu'il ne justifiait pas de liens personnels et familiaux intenses, stables et anciens sur le territoire alors qu'il n'établissait pas en être dépourvu dans son pays d'origine où vivent sa mère et son frère, que s'il déclare vivre en concubinage avec Mme B A de nationalité française, sa relation est très récente et purement déclarative car rien ne permet de démontrer la réalité et l'intensité des liens qu'il déclare avoir, qu'il ne justifie pas disposer de ressources personnelles et d'une activité scolaire, associative ou professionnelle et que, dès lors, il ne pouvait se prévaloir d'une quelconque insertion dans la société française. La réalité de ces faits n'est pas sérieusement contestée par le requérant. Par suite, compte tenu de ces motifs, le préfet

d'Indre-et-Loire n'a pas pris une mesure entachée d'erreur manifeste d'appréciation en interdisant au requérant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions subsidiaires tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

17. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger () peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision () soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Selon l'article L. 752-11 du même code :

" () le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

18. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. A l'appui de ses conclusions à fins de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

19. En application des dispositions précitées, le requérant demande de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire du 14 juin 2024 du préfet d'Indre-et-Loire. Toutefois, il ressort de ce qui a été dit au point 10 que l'intéressé ne produit pas d'éléments de nature à créer un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 avril 2024. Dès lors, il n'y a pas lieu de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise le 14 juin 2024 à l'encontre du requérant dans l'attente que la cour nationale du droit d'asile se prononce sur le bien-fondé de sa demande de protection.

20. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D C doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D C et au préfet

d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.