Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403432

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403432
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme B... contestant la décision du président du conseil départemental du Loiret fixant la participation mensuelle des obligés alimentaires aux frais d'hébergement de sa mère en EHPAD. La requérante demandait une répartition différente de cette charge entre les enfants, ce qui relève de la compétence du juge judiciaire et non du juge administratif. En application des articles L. 132-6 et L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles, le tribunal s'est déclaré incompétent pour connaître du litige.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2024, Mme D... B... demande au tribunal d’annuler la décision du 4 juin 2024 par laquelle le président du conseil départemental du Loiret a, après avoir admis sa mère, Mme E... A..., à l’aide sociale à l’hébergement à compter du 4 septembre 2023, a fixé à 229 euros le montant de la participation mensuelle des obligés alimentaires aux frais d’hébergement de leur mère au sein de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) du centre hospitalier Lour Picou à Beaugency.

Elle soutient qu’elle est seule présente au quotidien auprès de sa mère et que ses frère et sœur devraient, à tout le moins, lui apporter leur aide financière afin de limiter le montant de la somme mise à sa charge à 129 euros par mois.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

D’une part, aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance (…) 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative (…) ».

D’autre part, aux termes de l’article 205 du code civil : « Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin ». Aux termes de l’article 208 de ce code : « Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit (…) ». Aux termes de l’article L. 132-6 du code de l’action sociale et des familles : « Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais (…) La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission (…) ». Aux termes de l’article L. 134-3 du même code : « Le juge judiciaire connaît des litiges : / 1° Résultant de l'application de l'article L. 132-6 (…) ».

Il résulte de ces dispositions, ainsi que celles de l’article L. 134-1 du code de l’action sociale et des familles, que le juge administratif, à qui il appartient de déterminer dans quelle mesure les frais d’hébergement dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes sont pris en charge par les collectivités publiques au titre de l’aide sociale, est compétent pour fixer, au préalable, le montant de la participation aux dépenses laissée à la charge du bénéficiaire de l'aide sociale et, le cas échéant, de ses débiteurs alimentaires. En revanche, il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire d'assigner à chacune des personnes tenues à l'obligation alimentaire le montant et la date d'exigibilité de leur participation à ces dépenses ou, le cas échéant, de décharger le débiteur de tout ou partie de la dette alimentaire lorsque le créancier a manqué gravement à ses obligations envers celui-ci.

Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 4 juin 2024, le président du conseil départemental du Loiret a admis Mme C... F... A..., mère de la requérante, à l’aide sociale à l’hébergement à compter du 4 septembre 2023 et a fixé à la somme de 229 euros, à compter de cette même date, le montant de la participation mensuelle des trois obligés alimentaires aux frais d’hébergement de leur mère au sein de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) du centre hospitalier Lour Picou à Beaugency. Pour contester cette décision, Mme B... propose de prendre mensuellement à sa charge 129 euros et de faire supporter le solde aux deux autres obligés alimentaires compte tenu notamment du fait qu’elle est seule présente au quotidien auprès de leur mère. Ce faisant elle doit être regardée comme contestant le montant de la participation mensuelle aux frais d’hébergement de sa mère assigné à chacune des personnes tenues à l’obligation alimentaire envers cette dernière. Un tel litige, ainsi qu’il a été dit au point 3, relève de la compétence du juge judiciaire. Il en résulte que la requête de Mme B... doit être rejetée comme ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative.



O R D O N N E :



Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.





Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D... B....



Fait à Orléans, le 19 septembre 2024.


La présidente de la 4ème chambre




Sophie LESIEUX

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.