Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403578

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403578
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif d’Orléans a rejeté la requête de M. A, ressortissant russe, contestant un arrêté du préfet d’Indre-et-Loire du 19 août 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et l’assignant à résidence. Le tribunal a estimé que la décision d’éloignement était fondée sur l’entrée irrégulière et le maintien en situation irrégulière de l’intéressé, et que les moyens tirés d’erreurs de fait, d’erreur d’appréciation et de la méconnaissance de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme n’étaient pas établis. L’assignation à résidence a été jugée légale par voie de conséquence. Les textes appliqués sont le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et la Convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 août 2024, M. C A, représenté par Me Alquier, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, et l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours et de se prononcer sur son droit au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Alquier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'erreurs de faits et d'une erreur d'appréciation de sa situation, dès lors, d'une part, que le préfet fonde sa décision sur la circonstance qu'il aurait commis des violences aggravées alors qu'il a été victime de ces violences, d'autre part que le préfet soutient qu'il n'a entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation alors que le préfet n'a pas exécuté l'injonction de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et enfin que la décision est fondée à tort sur la considération qu'il se trouve sans logement et sans ressources ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire, à 10h40.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant russe né le 16 décembre 1990 en Russie, déclare être entré irrégulièrement en France le 1er juillet 2022, accompagné de son épouse et de leurs six enfants. Après avoir présenté une demande d'asile le 19 juillet 2022, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert du préfet du Rhône le 20 septembre 2022. Il a été déclaré en fuite après avoir refusé d'embarquer le 1er mars 2023. Par un arrêté du 13 octobre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif d'Orléans n° 2304331, le 31 mai 2024. A la suite de son interpellation par les services de police le 18 août 2024 et de son placement en garde à vue pour violences aggravées, M. A a fait l'objet le 19 août 2024 d'un nouvel arrêté par lequel le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, M. A a été assigné à résidence à Tours pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter les lundis, mardis, mercredis et jeudis à 10h auprès du commissariat de Tours. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, en application des dispositions citées au point précédent, d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français irrégulièrement en juillet 2022 et que le requérant a été interpellé par les services de police à Tours, le 18 août 2024, et placé en garde à vue pour violences aggravées. Il ressort également du procès-verbal d'audition établi le 19 août 2024 par les services de police de Tours, que M. A a alors reconnu avoir commis des violences avec arme blanche, en état d'ébriété, lors d'une altercation sur la voie publique, en présence de ses enfants. Si le requérant se prévaut par ailleurs de ses liens familiaux en France, étant marié et père de six enfants et soutient que l'ensemble de sa famille réside sur le territoire français, il ne démontre pas ni même n'allègue que son épouse, ressortissante russe, serait en situation régulière ni n'apporte d'éléments de nature à attester de l'insertion de la famille sur le territoire français. Il ne démontre pas disposer de liens particuliers en France, ni n'allègue être dépourvu de liens dans son pays d'origine où résident sa mère et sa sœur. M. A n'apporte pas non plus d'éléments suffisants pour attester d'un hébergement stable ni de ressources stables en France. Enfin, s'il a été enjoint au préfet d'Indre-et-Loire, par un précédent jugement du tribunal administratif d'Orléans, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas produit auprès des services de la préfecture les documents nécessaires à la constitution de son dossier. Dans ces circonstances, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation en considérant que le comportement de M. A constituait une menace pour l'ordre public et en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. M. A soutient qu'il sera soumis à un risque de traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il fait valoir qu'il craint une mobilisation forcée dans l'armée russe, dans le contexte de la guerre en Ukraine. Toutefois, il n'assortit ces allégations d'aucun élément précis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 6 doit être écarté.

Sur l'assignation à résidence :

8. Il s'ensuit de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation, par voie de conséquence, de la décision par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire l'a assigné à résidence.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, et de l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Indre-et-Loire l'a assigné à résidence doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 20 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 5 septembre 2024.

La magistrate désignée

Pauline B

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.