Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403606

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A, ressortissant camerounais, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le juge a estimé que le requérant n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France, sans justifier d'un motif légitime, notamment son état de santé, conformément à l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la violation de la dignité humaine, fondé sur l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a également été écarté. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2024, M. B A, représenté par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser de manière rétroactive l'allocation pour demandeur d'asile à compter de la date de l'enregistrement de sa demande d'asile, soit le 12 avril 2024 ;

3°) de mettre à la charge de " l'État " une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que la décision contestée :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article " L. 551-16 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- viole le principe de dignité humaine en méconnaissance des dispositions de l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale (refonte) ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

M. A et le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 11h47.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais, né le 27 août 1994 à Yaoundé (République du Cameroun), est entré en France le 17 mai 2023 selon ses déclarations. L'intéressé a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 12 avril 2024. Par une décision du 8 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours formé le 30 avril 2024 contre la décision du 12 avril 2024 qui lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 8 août 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 du même code est de quatre-vingt-dix jours à compter de l'entrée en France du demandeur.

3. M. A fait valoir ne pas avoir été en capacité de déposer sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé. Toutefois, il ressort des propos du requérant dans sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil qu'il ignorait ce délai. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas été hospitalisé de manière continue entre son arrivée en France et l'enregistrement de sa demande d'asile, ce qui aurait alors pu constituer un motif légitime au sens des dispositions citées au point précédent, ce dernier ayant été hospitalisé du 15 au 20 février 2024 soit plus de huit mois après son entrée en France c'est-à-dire même au-delà de la période quatre-vingt-dix jours. En outre, le suivi dont il fait l'objet a débuté le 20 juin 2023 soit un mois après son arrivée en France. Enfin, il ne ressort pas de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie le 12 avril 2024 que l'Office aurait porté une appréciation erronée sur la situation médicale de l'intéressé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de 1'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de 1'Union européenne : " La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée. ". Selon le paragraphe 5 de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013 susvisée prévoit que : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ".

5. M. A ne saurait utilement se prévaloir d'une méconnaissance par la décision en litige du cinquième paragraphe de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013 susvisée, dont les dispositions ont été intégralement et régulièrement transposées en droit interne. En tout état de cause, il ressort des motifs énoncés au point 3 que le requérant n'établit pas le motif légitime dont il fait état. Par suite, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du cinquième paragraphe de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013 susvisée ainsi que des dispositions de l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 août 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.