Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403615

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403615
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a examiné la requête de Mme A, ressortissante tunisienne, contestant l'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 12 juillet 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le juge a disjoint les conclusions relatives au refus de séjour, les renvoyant à une formation collégiale, et a statué sur la seule obligation de quitter le territoire français. La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais la décision s'inscrit dans le cadre des articles L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2024, Mme C A épouse B, assignée à résidence, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 juillet 2024 par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, sous astreinte, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer, en attendant, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 480 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées ;

* violent les articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est entachée d'une erreur de droit ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Par une pièce enregistrée le 2 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher a communiqué au Tribunal l'arrêté du 30 septembre 2024, notifié le 1er octobre 2024, assignant Mme A à résidence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1, L. 776-2 et R. 776-1 à R. 776-34, L. 777-2 et R. 777-2 à R. 777-2-5 du code de justice administrative dans leur rédaction antérieure au 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

Mme A et le préfet de Loir-et-Cher n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h32.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tunisienne, née le 23 février 1977 à Bizarte (République tunisienne), est entrée en France la dernière fois le 10 août 2023 mais munie d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de long séjour de type D valant titre de séjour portant la mention " salarié " valable du 8 février 2023 au 7 février 2024, régulièrement validé, dont elle a sollicité le renouvellement le 22 novembre 2023. Par arrêté du 12 juillet 2024, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par arrêté du 30 septembre 2024, notifié le 1er octobre 2024, la même autorité l'a assigné à résidence. Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français contenues dans cet arrêté du 12 juillet 2024.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour :

2. Mme A demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le séjour, décision contenue dans le même arrêté que celui contenant la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée et donc notifiée au même moment. Lorsqu'un ressortissant étranger fait l'objet d'une assignation à résidence, il appartient seulement au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il a désigné de se prononcer, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable au contentieux de la présente décision qui est antérieure au 15 juillet 2024, sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision d'assignation à résidence ainsi que sur celles dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, refusant d'accorder un délai de départ volontaire et, le cas échéant, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et non sur les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour dont la formation collégiale demeure saisie. Par suite, les conclusions de la requête de Mme A présentées aux fins d'annulation de la décision, figurant à l'arrêté du 12 juillet 2024, par laquelle le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le séjour, celles à fin d'injonction qui s'y rattachent ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision restant en litige (obligation de quitter le territoire français) :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ()°. ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

4. En premier lieu, par un arrêté n° 41-2023-08-21-00023 du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 41-2023-08-015 du même jour, le préfet de Loir-et-Cher a donné à M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher, délégation de signature aux fins de signer la décision litigieuse. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision querellée du 12 juillet 2024 du préfet de Loir-et-Cher mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de Mme A et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Mme A ne fait valoir aucun élément d'existence d'une vie privée et familiale établie en France, se contentant d'affirmer que la décision litigieuse méconnaît les stipulations citées au point précédent. Enfin, Mme A, dont l'époux et les enfants se trouvent en République tunisienne, ne saurait être regardée comme dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 46 ans. Ainsi la requérante ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'elle invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, Mme A fait valoir qu'elle travaille régulièrement en France. Si l'intéressée produit un contrat de travail en qualité d'assistance de vie et trois bulletins de paie y afférant, il ressort de ces éléments que l'emploi concerné est à temps non complet et qu'il est très récent, à savoir trois mois seulement de bulletins de paie, pour un revenu net moyen de 994 euros, en sorte qu'ils ne permettent pas de considérer l'intéressée comme justifiant d'une intégration professionnelle suffisante en France. Si elle indique également travailler pour la commune de Vendôme, elle ne l'établit pas. En outre, si elle produit un extrait de l'attestation d'emploi provenant de Pôle emploi indiquant que son premier contrat s'est arrêté à la fin de la période d'essai à l'initiative de l'employeur, non seulement elle ne produit pas le document entier et notamment la page comprenant son identité mais le préfet de Loir-et-Cher produit une attestation du même établissement public, dans son entièreté, indiquant que le contrat a pris fin au terme de la période d'essai à l'initiative de l'intéressée en sorte que le document produit par l'intéressée n'est pas probant. En tout état de cause, ce document, montre un emploi récent et qui a duré très peu de temps, le revenu étant inconnu. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de Mme A doit être écarté.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

10. En dernier lieu, si Mme A soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision de nature à permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 12 juillet 2024, par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte afférentes aux conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 12 juillet 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et les conclusions accessoires dont elles sont assorties sont renvoyées en formation collégiale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.