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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403643

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403643

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403643
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, M. B A, représenté par Me Mariette, demande à la juge des référés saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 8 juin 2024 du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur sa demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII à titre principal de lui faire une offre de prise en charge, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de procéder à l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de réexaminer sa demande dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente de la nouvelle décision de l'OFII, de prendre une mesure d'hébergement d'urgence à son bénéfice ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- ressortissant guinéen, il a déposé une première demande d'asile, a été placé en procédure Dublin et a fait l'objet d'un transfert vers l'Espagne ; il a déposé une nouvelle demande d'asile sur le territoire français le 25 janvier 2023 et a été de nouveau placé en procédure Dublin ; par décision en date du 14 février 2023, l'OFII a pris une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil sur le fondement des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré le 31 octobre 2022 vers l'Espagne, désigné comme l'Etat responsable de l'instruction de sa demande d'asile ; le 21 février 2024, le préfet a décidé de lui délivrer une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure normale " et de lui remettre le formulaire de demande d'asile à l'OFPRA ; l'Etat français est donc désormais responsable de l'instruction de sa demande d'asile ; cependant, les agents de l'OFII ne lui ont pas proposé d'orientation vers un hébergement, ni ouvert ses droits à l'allocation ; une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil a été envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception à l'OFII du Loiret le 29 mars 2024 ; les services de l'OFII l'ont réceptionné le 8 avril 2024 et n'ont pas rendu de décision explicite ;

- la condition tenant à l'urgence est remplie car il est privé des conditions matérielles d'accueil, à savoir de l'hébergement et du bénéfice journalier de l'allocation pour demandeur d'asile en dépit de sa situation de vulnérabilité ce qui le place immédiatement dans une situation incompatible avec l'autonomie et la dignité qui doit être assurée pour les demandeurs d'asile ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux concernant la légalité de la décision implicite attaquée est remplie car :

* elle n'est pas motivée, notamment au regard de la vulnérabilité ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen car l'OFII n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation notamment en tenant compte de sa vulnérabilité comme le prévoient les dispositions précises et inconditionnelles de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale et de l'article L. 551-15 du CESEDA ;

* par suite elle est entachée d'erreur de droit car elle méconnait ces textes ;

* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa vulnérabilité liée à ses problèmes de santé : il souffre en effet d'une inégalité de longueur de ses membres inférieurs et de lombalgie entrainant d'importantes douleurs au niveau du dos et des genoux ; elle le prive de toute possibilité de mise à l'abri et de toute aide alimentaire sans laquelle il lui est extrêmement difficile de survivre, particulièrement à cette saison et pendant la durée de sa procédure d'asile.

Vu :

- la requête au fond n°2403265 présentée par M. A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " et aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. En l'espèce il résulte de l'instruction que M. A a déposé une nouvelle demande d'asile sur le territoire français le 25 janvier 2023, que l'OFII a pris à son encontre une décision en date du 14 février 2023 de cessation des conditions matérielles d'accueil sur le fondement des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré le 31 octobre 2022 vers l'Espagne, qu'il s'est vu délivrer le 21 février 2024 une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure normale " et qu'il a présenté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil par lettre recommandée avec accusé de réception à l'OFII du Loiret le 29 mars 2024, reçue le 8 avril 2024, restée sans réponse. Ainsi, il résulte de l'instruction que le requérant est privé du bénéfice des conditions matérielles d'accueil depuis le mois de février 2023 et non en conséquence de la décision en litige, née le 8 juin 2024. Par suite, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette décision le prive par elle-même de toute possibilité de mise à l'abri et de toute aide alimentaire, le requérant ne justifie pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que les conclusions tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions relatives aux frais de l'instance :

5. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement ". Il résulte des points précédents que l'action de M. A ne satisfait pas de manière manifeste aux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

6. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le requérant demande le versement au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B A, y compris sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Orléans, le 2 septembre 2024.

La juge des référés,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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