Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403647

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme B, ressortissante centrafricaine, contestant l'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 19 août 2024 renouvelant son assignation à résidence pour 45 jours. Le juge a estimé que la décision était suffisamment motivée, conformément à l'article L. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'elle ne reposait pas sur une erreur de fait. Il a également jugé qu'il n'y avait pas d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 731-1 du même code, car l'éloignement de Mme B demeurait une perspective raisonnable, l'administration ayant engagé des démarches pour obtenir un laissez-passer consulaire. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2024, Mme A C B, assignée à résidence, représentée par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a renouvelé son assignation à résidence ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que la décision portant assignation à résidence :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de perspective raisonnable d'éloignement.

La requête a été communiquée au préfet de Loir-et-Cher qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

Mme B et le préfet de Loir-et-Cher n'étaient ni présents, ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 11h47.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante centrafricaine, née le 16 décembre 2002 à Bangui (République centrafricaine), est entrée en France en 2016 selon ses déclarations. Elle a été mise en possession d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable du 10 octobre 2022 au 9 octobre 2023 dont elle a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a imposé la remise de l'original de son passeport et tout autre document d'identité et de voyage, ainsi qu'une obligation de pointage. Par un autre arrêté du 4 juillet 2024, le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement nos 2400568-2402782 du 12 juillet 2024, le président du Tribunal a, d'une part, renvoyé à la formation collégiale du tribunal administratif d'Orléans les conclusions de la requête n° 2400568 de Mme B dirigées contre la décision du 26 janvier 2024 du préfet de Loir-et-Cher portant refus de renouvellement de titre de séjour et les conclusions en injonction y afférentes et, d'autre part, rejeté le surplus des conclusions de la requête n° 2400568 et rejeté la requête n° 2402782 de Mme B dirigée contre l'arrêté du 4 juillet 2024 du préfet de Loir-et-Cher l'assignant à résidence. Par un arrêté du 19 août 2024, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé le renouvellement de l'assignation à résidence de Mme B pour une nouvelle période de quarante-cinq jours. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 19 août 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () " et l'article L. 732-3 du même code prévoit que : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

4. En premier lieu, selon l'article L. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

5. D'une part, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des assignations à résidence est explicitement prévue à l'article L. 732-2 précité.

6. D'autre part, la décision querellée du 19 août 2024 du préfet de Loir-et-Cher mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de Mme B et indique précisément les conditions précises de l'assignation à résidence prescrite. La circonstance qu'aucun texte n'est cité pour justifier que l'intéressée doit remettre l'original de son passeport aux services de police est sans incidence sur la motivation de la décision contestée même si l'absence de la mention des articles L. 733-4 et R. 733-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est regrettable. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si Mme B soutient que le préfet a commis une erreur de fait en indiquant qu'elle n'aurait pas remis son passeport alors que tel a bien été le cas dès le 4 juillet 2024, force est de constater que le préfet n'oppose aucun reproche de ce type à l'intéressée mais se borne à rappeler dans le dispositif de sa décision, et non dans les motifs de cette dernière, l'obligation qui lui est faite de remettre son passeport. Ainsi, l'article 4 du dispositif contesté justifie le maintien de la rétention du passeport de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. / () Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des possibilités d'assignation à résidence et de placement en rétention prévues au présent livre. ".

9. Mme B soutient l'erreur manifeste d'appréciation en raison de l'absence de perspective raisonnable d'un éventuel éloignement. Toutefois, le recours pour excès de pouvoir dirigé contre le refus de séjour n'a aucun caractère suspensif et, par le jugement cité au point 1, les conclusions en annulation dirigées contre la mesure d'éloignement, à savoir l'obligation de quitter le territoire français, ont été rejetées. Dans ces conditions, il existe une perspective raisonnable en vue d'un éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a renouvelé son assignation à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.