Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403722

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403722
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A, un élu, qui contestait une délibération du conseil municipal de Tours relative à la cession de droits réels pour le projet "Green Tech Campus". Le juge a estimé la requête irrecevable car le requérant n'a pas produit l'acte attaqué effectivement adopté et publié, mais seulement un avant-projet, en méconnaissance des articles R. 411-1 et R. 421-1 du code de justice administrative. La demande de régularisation n'a pas permis de remédier à ce défaut, et les conclusions indemnitaires ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération votée le 9 juillet 2024 par le conseil municipal de la commune de Tours,

2°) d'ordonner sous astreinte de 100 € par jour de retard un réexamen complet avec information appropriée de tous les élus de l'assemblée délibérante,

3°) de mettre à la charge de la commune de Tours la somme de 1 euro en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la délibération contestée est illégale :

- en raison de la note explicative de synthèse qui était insuffisante en méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales,

- en raison du non respect du droit à l'information des élus prévu à l'article L. 2121-13 du code précité,

- en raison de la méconnaissance du principe de libre concurrence prévu par les articles L. 2122-1-1 et suivants du code général de la propriété des personnes publiques,

- en raison de l'absence de mise en concurrence,

- en raison de la méconnaissance par la collectivité de ses obligations en matière environnementale dans la mise en œuvre du dispositif ERC et en raison de l'absence d'évaluation environnementale,

- en raison du manquement aux principes déontologiques fixés par la charte de l'élu local et l'article L. 1111-1-1 du code général des collectivités territoriales.

Vu la demande de régularisation en date du 5 septembre 2024 tendant à la production de l'acte contesté ainsi que de l'avis du service des domaines.

Vu les pièces reçues le 6 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement,

- le code général des collectivités territoriales,

- le code général de la propriété des personnes publiques,

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande l'annulation de la délibération n° 24_07_09_014 votée le 9 juillet 2024 qui prononcerait la désaffectation par anticipation d'emprises dans les parcelles cadastrées section DM n° 66, 67 et 91 et HL n° 57 pour une superficie d'environ 19.000 m2 pour développer le projet " Green Tech Campus " et approuverait la cession, de droits réels prenant la forme d'un bail à construction à la société Bouygues Immobilier pour une durée de 99 ans avec un loyer total de 3.300.000 euros HT assorti de conditions suspensives et versement d'un versement de 95 % du loyer à signature dudit bail, soit 3.135.000 euros HT.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative: " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".

3. Selon l'article R. 411-1 du code précité : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge./ L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ". Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

4. Les élus justifient en leur qualité de conseillers municipaux d'un intérêt à attaquer les délibérations dont ils demandent l'annulation, même sans se prévaloir d'une atteinte portée à leurs prérogatives.

5. M. A qui entend contester en sa qualité d'élu la délibération n° 24_07_09_014 approuvée par le conseil municipal de la commune de Tours n'a fourni au tribunal en dépit de la demande de régularisation que le projet de délibération qui a été soumis au vote de l'assemblée délibérante, la décision produite comportant en filigrane la trame " avant-projet ". Le demandeur admet dans ses écritures ne pas être en mesure de produire la délibération querellée dont le texte ne sera disponible qu'à la suite de la réunion du prochain conseil municipal qui se tiendra le 7 octobre 2024 l'approuvant. Aussi, à défaut de produire l'acte effectivement adopté et publié, M. A n'est pas recevable à contester ce projet de délibération qui ne présente un caractère ni décisoire, ni opposable. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Tours, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 € que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée à la commune de Tours.

Fait à Orléans, le 17 septembre 2024.

Le président de la 5ème chambre,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.