Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403735

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a examiné les requêtes de M. et Mme B, qui contestaient les arrêtés du préfet de Loir-et-Cher leur refusant le renouvellement de leur titre de séjour, les obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Les requérants invoquaient notamment un défaut de motivation, une méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'une violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que les décisions étaient suffisamment motivées et proportionnées à leur situation personnelle et familiale. En conséquence, il a rejeté les requêtes, confirmant la légalité des arrêtés préfectoraux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête n° 2403735 enregistrée le 3 septembre 2024 et un mémoire en réponse enregistré le 8 octobre 2024, M. E B, assigné à résidence, représenté par Me Madrid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans les trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous la même astreinte et de lui délivrer sans délai dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

* est entachée d'un défaut de motivation ;

* est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait tirée de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

* sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

* méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est entachée d'un défaut d'examen sérieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Par une pièce enregistrée le 2 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher a transmis au tribunal l'arrêté du 23 août 2024 notifié le lendemain par lequel il a assigné M. B à résidence.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle d'Orléans du 23 août 2024, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B.

II°) Par une requête n° 2403736 enregistrée le 3 septembre 2024 et un mémoire en réponse enregistré le 8 octobre 2024, Mme F B, assignée à résidence, représentée par Me Madrid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans les trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous la même astreinte et de lui délivrer sans délai dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

* est entachée d'un défaut de motivation ;

* est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait tirée de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

* sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

* méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est entachée d'un défaut d'examen sérieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Par une pièce enregistrée le 2 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher a transmis au tribunal l'arrêté du 23 août 2024 notifié le lendemain par lequel il a assigné Mme B à résidence.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle d'Orléans du 23 août 2024, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1, L. 776-2 et R. 776-1 à R. 776-34, L. 777-2 et R. 777-2 à R. 777-2-5 du code de justice administrative dans leur rédaction antérieure au 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Madrid, représentant M. et Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre :

* de manière explicite l'exception d'illégalité de chacun des refus de séjour sous chacune des décisions portant obligation de quitter le territoire français ;

* à l'encontre du refus de séjour, y compris sous le moyen tiré de l'exception d'illégalité, l'erreur de droit tirée de ce que le préfet ne pouvait se fonder que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail ;

- M. B ;

- et Mme B qui explique ne pas avoir compris la décision du préfet car elle a compris la vie ici, car sa vie est en France et qu'elle se sent maintenant plus française que marocaine.

Le préfet de Loir-et-Cher n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h58.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants marocains, nés respectivement les 9 février 2003 et 14 décembre 2005, tous les deux à Fes au Royaume du Maroc, sont entrés en France le 10 septembre 2016 munis d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de type C valable du 31 août au 15 octobre 2016 bénéficiant d'une kafala. Ils ont été bénéficiaires d'un document de circulation pour étranger mineur (A). M. B a été bénéficiaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " délivré le 4 novembre 2021 dont il a demandé le renouvellement le 31 octobre 2022 en vue de l'obtention d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Mme B a, le 14 novembre 2023, sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par arrêté du 7 juin 2024, le préfet de Loir-et-Cher a refusé à M. B le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un arrêté du même jour, la même autorité a refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par deux arrêtés du même jour, la même autorité les a assignés à résidence. M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler ces premiers arrêtés du 7 juin 2024.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2403735 et 2403736 présentent à juger à titre principal de la légalité de décisions d'éloignement prises à l'encontre de ressortissants étrangers membres d'une même famille. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour :

3. M. et Mme B demandent l'annulation des décisions par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher leur a refusé le séjour, décisions contenues dans les mêmes arrêtés que ceux contenant les décisions portant obligation de quitter le territoire français contestées et donc notifiées au même moment. Lorsqu'un ressortissant étranger fait l'objet d'une assignation à résidence, il appartient seulement au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il a désigné de se prononcer, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable au contentieux de la présente décision qui est antérieure au 15 juillet 2024, sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision d'assignation à résidence ainsi que sur celles dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, refusant d'accorder un délai de départ volontaire et, le cas échéant, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et non sur les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour dont la formation collégiale demeure saisie. Par suite, les conclusions des requêtes de M. et Mme B présentées aux fins d'annulation des décisions, figurant aux arrêtés du 7 juin 2024, par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher leur a refusé le séjour, celles à fin d'injonction qui s'y rattachent ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions restant en litige :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant de l'exception d'illégalité du refus de séjour :

4. En premier lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, traitant ainsi de ce point au sens de l'article 9 de cet accord, il fait obstacle à l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité. Cet examen ne peut être conduit qu'au regard des stipulations de l'accord, sans préjudice de la mise en œuvre par le préfet du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité de délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger ne remplissant pas les conditions auxquelles cette délivrance est normalement subordonnée, pouvoir dont les stipulations de l'accord ne lui interdisent pas de faire usage à l'égard d'un ressortissant marocain (CE, 27 juillet 2015, n° 373339).

5. En l'espèce, il ressort de la lecture des décisions citées au point précédent que le préfet de Loir-et-Cher s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter les demandes de séjour au titre du travail. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour apprécier le droit au séjour à titre exceptionnel au titre du travail de M. et Mme B et non sur son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur de droit. Les décisions portant refus de séjour doivent donc être considérées comme illégales à cet égard.

6. En second lieu,s'il est exact, ainsi que l'indique le préfet de Loir-et-Cher tant dans ses décisions contestées que dans ses écritures, que l'acte de kafala ne confère plus de droit à son bénéficiaire une fois ce dernier devenu majeur, il n'en demeure pas moins qu'elle fait partie des éléments à prendre en compte dans l'appréciation qui doit être faite de l'existence d'une vie privée et familiale et de l'intégration de l'étranger qui s'en prévaut. À cet égard, il ressort des pièces du dossier que les requérants, frère et sœur, sont entrés régulièrement sur le territoire français ainsi qu'il a été dit au point 1 le 10 septembre 2016 soit il y a presque huit ans à la date des décisions attaquées. Il n'est pas contesté que les requérants ont été confiés, par l'acte de kafala précité, à leur tante, Mme D épouse C, au demeurant présente à l'audience avec son époux au soutien des requérants, chez qui ils vivent depuis lors ainsi que cela ressort des différents documents mis au dossier et relevant de plusieurs années portant l'adresse de leur tante. Concernant spécifiquement M. B, il ressort des pièces du dossier qu'il a été scolarité régulièrement en France depuis son arrivée et a suivi plusieurs formations professionnelles. Il ressort encore des pièces du dossier qu'il n'a pu honorer la promesse d'embauche qui lui a été faite en raison de l'absence de droit au travail à taux plein ce qui ne l'a pas empêché d'assurer, dans le cadre du droit au travail limité qui lui était accordé, de travailler en intérim. Par ailleurs, il justifie de nombreuses attestations, toutes antérieures à la décision contestée, provenant tant de collègues dans son milieu professionnel que de membres de sa famille et d'amis qui indiquent notamment que l'intéressé est intégré, à l'écoute des autres, qu'il fait preuve d'initiative dans son travail où il est accepté par tous, qu'il participe à un club de football où il est bien intégré. En outre, si le préfet en défense fait valoir que le requérant atteste de son fort ancrage familial au Maroc dès lors que son passeport présentant des tampons d'entrée et de sortie et où continuent d'ailleurs de vivre ses parents, cette circonstance n'empêche pas la réalité d'une vie privée et familiale établie en France. Concernant spécifiquement Mme B, il ressort des pièces du dossier qu'elle a suivi sa scolarité en France et qu'elle a bénéficié de plusieurs conventions de stage de formation suite auxquelles elle a pu travailler un peu. Il ressort encore des pièces du dossier que le bilan effectué par la mission locale du blaisois au regard de la structure d'accueil qui était un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) est positif. Il résulte de ce qui précède que, eu égard à leur durée de séjour suite à une entrée régulière, à la circonstance qu'ils résident depuis lors chez leurs tante et oncles, à leur parcours scolaire et à leur intégration, en leur refusant un titre de séjour soit en renouvellement pour M. B soit en première délivrance pour Mme B, le préfet de Loir-et-Cher a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle des requérants, frère et sœur.

7. Il résulte ainsi de ce qui précède que le refus de délivrance d'un titre de séjour à M. et à Mme B est illégal et emporte, par voie de conséquence dès lors qu'elle est exclusivement fondée sur le refus de séjour, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés dans le cadre de l'exception d'illégalité du refus de séjour, l'illégalité de chacune des mesures d'éloignement dont M. et Mme B sont donc fondés à demander l'annulation. L'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire emporte, par voie de conséquence, l'annulation des décisions fixant le pays de destination contenues dans les mêmes arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 731-1 (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

9. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation des obligations de quitter le territoire français contestées implique que le préfet de Loir-et-Cher réexamine la situation de M. et Mme B et qu'il leur délivre une autorisation provisoire sans délai de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

10. En outre, eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation des obligations de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. B fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

11. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune injonction.

Sur les frais liés au litige :

12. M. B et Mme B ont obtenus le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre du présent contentieux. Par suite, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement de 1 500 euros au profit de Me Madrid en application des dispositions de des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 pour l'ensemble des deux dossiers.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions des requêtes de M. et Mme B tendant à l'annulation des décisions du 7 juin 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et les conclusions accessoires dont elles sont assorties sont renvoyées en formation collégiale.

Article 2 : Les décisions du 7 juin 2024 par lesquelles le préfet de Loir-et-Cher a obligé M. et Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B et Mme B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de leur délivrer sans délai et dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont font l'objet M. et Mme B.

Article 5 : L'État (préfet de Loir-et-Cher) versera à Me Madrid, conseil de M. et Mme B, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Madrid renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État de l'aide juridictionnelle, pour l'ensemble des deux affaires.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B et Mme B sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme F B et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.