Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403784
jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403784 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, l'EARL de Vazelle, représentée par Me Aubry, demande au juge des référés :
1°) en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de prendre toute mesure de nature à diminuer le nombre de cervidés en recherche de nourriture au voisinage de ses parcelles en faisant apporter de la nourriture au gibier par agrainage curatif ou dissuasif ou en faisant pratiquer des prélèvements de bêtes, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence résulte de la nécessité de prévenir de nouveaux dommages causés à ses cultures maraichères par les cervidés, observés quotidiennement du fait de l'inaction de la fédération des chasseurs de Loir-et-Cher et de l'autorité administrative, alors qu'elle n'a pas contribué à cette situation et qu'elle se trouve au cœur de la saison de plantation ;
- le refus de faire procéder à une battue administrative opposée le 30 août 2024 porte atteinte à la liberté d'entreprendre dont elle peut se prévaloir ;
- l'atteinte portée présente un caractère grave du fait du caractère catégorique du refus qui lui a été opposé ;
- l'atteinte est manifestement illégale dès lors, en premier lieu, que les exploitants agricoles n'ont aucune obligation de clôturer leurs parcelles alors qu'il incombe au contraire à l'Etat et aux fédérations de chasseurs de prévenir les dommages causés par le grand gibier et, en second lieu, que la décision du 30 août 2024 ne pouvait être fondée ni sur la circonstance que le grand gibier serait attiré par la qualité supérieure de sa production, ni sur l'efficacité alléguée des clôtures de protection, ni sur la proposition de signature d'une convention avec la fédération départementale des chasseurs.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "
2. En premier lieu, pour se prévaloir d'une atteinte grave à sa liberté d'entreprendre, l'EARL de Vazelle invoque les dommages causés à ses cultures par des cervidés. Toutefois, si la réalité de dommages causés par ces espèces est attestée par des photographies et un constat d'huissier, ces pièces ne permettent d'apprécier ni leur ampleur ni leur incidence sur l'activité de la société requérante. Par suite, la gravité de l'atteinte alléguée en l'espèce n'est pas établie.
3. En outre, en deuxième lieu, aux termes de l'article L. 427-6 du code de l'environnement : " Sans préjudice du 9° de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales, chaque fois qu'il est nécessaire, sur l'ordre du représentant de l'Etat dans le département, après avis du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et du président de la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs, des opérations de destruction de spécimens d'espèces non domestiques sont effectuées pour l'un au moins des motifs suivants : () / 2° Pour prévenir les dommages importants, notamment aux cultures () / Ces opérations de destruction peuvent consister en des chasses, des battues générales ou particulières et des opérations de piégeage. / Elles peuvent porter sur des animaux d'espèces soumises à plan de chasse en application de l'article L. 425-6. Elles peuvent également être organisées sur les terrains mentionnés au 5° de l'article L. 422-10 () ". Une décision prescrivant sur le fondement de ces dispositions la destruction d'animaux d'espèces non domestiques constitue une mesure de police administrative et ne peut, dès lors, être légalement prise que si elle est nécessaire pour prévenir un trouble à l'ordre public et si elle est proportionnée au risque qu'elle tend à prévenir.
4. En l'espèce, par un courriel du 30 août 2024, les services préfectoraux ont rejeté la demande d'organisation d'une battue administrative au motif déjà indiqué le 19 décembre 2023 qu'en l'absence de mise en œuvre préalable de mesures de protection des cultures, telles que l'implantation de clôtures, une battue n'aurait qu'un effet éphémère. En se bornant à affirmer que ses cultures n'exercent aucune attraction particulière pour le gibier, que les clôtures n'offrent pas une protection efficace et que la compensation offerte par la fédération des chasseurs est insuffisante, l'EARL de Vazelle n'établit pas l'illégalité manifeste du refus de battue administrative.
5. En troisième lieu, si l'EARL de Vazelle sollicite également qu'il soit enjoint au préfet de Loir-et-Cher de faire apporter de la nourriture au gibier par agrainage curatif ou dissuasif, elle ne précise pas les fondements d'une telle obligation incombant à l'Etat. Elle n'établit donc pas davantage l'illégalité manifeste d'un refus d'y procéder.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de l'EARL de Vazelle dans toutes ses conclusions.
ORDONNE:
Article 1er : La requête de l'EARL de Vazelle est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'EARL de Vazelle.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Loir-et-Cher.
Fait à Orléans, le 12 septembre 2024.
Le juge des référés,
Denis A
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618520
01/09/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2502745
01/09/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604577
01/09/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2620197
01/09/2026