Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403925

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a annulé la décision du 17 juillet 2024 par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) refusait à Mme B A, ressortissante algérienne, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que, bien que la demande d'asile ait été déposée tardivement, l'Ofii avait commis une erreur de droit et d'appréciation en ne prenant pas en compte la vulnérabilité de la requérante, qui était enceinte et sans hébergement stable. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 551-15 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la directive 2013/33/UE.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, Mme C B A, représentée par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 juillet 2024 lui refusant les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser de manière rétroactive l'allocation pour demandeur d'asile à compter de la date de l'enregistrement de sa demande d'asile, soit le 21 mai 2024 ;

3°) de mettre à la charge de " l'État " une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B A soutient que la décision contestée :

- méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale (refonte) ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

Mme B A et l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h50.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne, née le 16 novembre 1988 à Sidi Ali (République algérienne démocratique et populaire), entrée en France le 25 juillet 2023 selon ses déclarations, a sollicité l'asile le 21 mai 2024. Par une décision du 17 juillet 2024, rendue sur recours administratif préalable obligatoire contre la décision de rejet du 21 mai 2024 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), le directeur général adjoint de l'Office a refusé à Mme B A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en raison de la tardiveté de sa demande d'asile. Mme B A demande au tribunal d'annuler cette décision du 17 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 du même code est de quatre-vingt-dix jours à compter de l'entrée en France du demandeur. En outre, le dernier alinéa de l'article L. 555-15 précité prévoit que la décision de refus des conditions matérielles prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les femmes enceintes (). ".

3. Pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur général adjoint de l'Ofii a retenu que Mme B A n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français conformément aux dispositions précitées. La circonstance qu'elle n'avait pas la connaissance des procédures alors qu'elle se trouvait en état d'errance depuis plusieurs mois et isolée, n'ayant eu connaissance de la possibilité de demander l'asile après s'être tournée vers le Secours Catholique à Tours, ne peut justifier, à elle-seule, ne pas avoir déposer sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours. Par suite, le moyen doit être écarté. Néanmoins, la requérante présentait une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées dès lors qu'à la date de la décision attaquée Mme B A était enceinte de plus de trois mois et qu'elle a précisé en outre dans son recours administratif préalable obligatoire dormir au " 115 " lorsqu'il y a de la place disponible, qu'elle dort souvent à la rue la mettant dans un état de peur et de stress aggravé par son état de grossesse, qu'elle n'a aucun moyen de subvenir à ses besoins, que, malgré l'aide des associations, elle n'est pas à même de manger tous les jours, qu'elle se trouve donc dans une situation très précaire avec un état de santé qui se dégrade. Par suite, l'intéressée est fondée à soutenir que l'Ofii a commis une erreur de droit et d'appréciation de sa situation en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil (voir mutatis mutandis par exemple TA Strasbourg, 28 novembre 2023, nos 2203730,2203731 et TA Rennes, 21 juin 2024, n° 2301283).

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que l'Ofii accorde rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B A à compter du 21 mai 2024, date de l'enregistrement de sa demande d'asile sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. L'Ofii étant un établissement public administratif doté d'une personnalité morale et d'une autonomie financière, il ne se confond pas avec l'État. Ainsi, l'État n'étant pas partie à l'instance, il ne peut en tout état de cause être mis à sa charge une quelconque somme au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées par Mme B A à ce titre ne peuvent, par site, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 juillet 2024 par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à Mme B A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la Office français de l'immigration et de l'intégration d'admettre rétroactivement Mme B A au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 21 mai 2024.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.