Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403927
lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403927 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2023, Mme D C, représentée par Me Aubry, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 27 août 2024, notifiée le 31 août 2024, par laquelle la commission de l'académie d'Orléans-Tours a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision portant refus d'autorisation d'instruction dans la famille de son fils B C et indiqué qu'en conséquence B devra être scolarisé dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie d'Orléans-Tours de lui délivrer une autorisation d'instruire en famille son fils B ;
2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Aubry en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- B est le 5ème d'une fratrie de 7 enfants ; il a une sœur et un frère avec lesquels il fait, depuis qu'il a l'âge de l'obligation scolaire, l'instruction en famille, A née en 2016 et Abd Al-Kader né en 2019 pour lequel la poursuite de son instruction en famille, motivée pour des raisons de santé, n'a pas été refusée ; les aînés sont, à présent, tous scolarisés en établissement scolaire, privé ; ils ont tous fait une partie de leur éducation dans le cadre de l'instruction en famille avant, sur leur demande, de rejoindre le système scolaire d'État ; titulaire d'un BTS elle a sollicité l'autorisation de poursuivre l'instruction en famille de B (année de CM2) et de sa soeur (année de CE2) pour l'année 2024-2025 sur le fondement du 4ème motif prévu par l'article L.131-5 du code de l'éducation " Existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif ". Sa demande a été rejetée par décision du 15 juillet 2024 notifiée le 23 juillet 2024 ; le recours administratif préalable obligatoire a été rejeté par la commission compétente de l'académie d'Orléans-Tours aux motifs que les éléments constitutifs de la demande n'établissent pas l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, la demande ne démontre pas que l'enfant se situe dans une situation particulière qui justifierait une pédagogie adaptée et une prise en compte particulière de ses besoins, le projet d'instruction dans la famille ne comporte pas les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant et les éléments constitutifs de la demande ne démontrent pas que l'instruction dans la famille est le mode d'instruction le plus conforme à l'intérêt de l'enfant et il lui a été indiqué qu'en conséquence son fils doit être scolarisé dans un établissement scolaire au titre de l'année 2024-2025 ;
- la décision attaquée qui a comme corollaire l'obligation d'inscrire B et A en établissement scolaire a été notifiée le 31 août 2024, avant-veille de la rentrée scolaire ; compte tenu des contrôles positifs des années passées, pour B comme pour A elle ne les a pas préparés à la perspective d'intégrer le système scolaire à la rentrée ;
- elle n'est pas opposée par principe à l'instruction en établissement scolaire mais elle sait, pour le faire depuis leur " entrée " en âge de scolarisation, que B et A bénéficient davantage de l'instruction en famille qu'en établissement et qu'il est dans leur meilleur intérêt de la poursuivre pour l'année à venir (chaque année la situation de l'enfant devant être étudiée de nouveau, à l'aune de son évolution et de ses conditions de vie) ;
- la décision attaquée méconnait les articles L. 131-5 et R. 131-11-5 du code de l'éducation ; l'autorité administrative n'a pas fait une juste application de la notion de " situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif " ; au cas particulier de A, il existe une nécessité de répéter et de reprendre les notions de nombreuses fois pour assurer leur assimilation ;
- la décision attaquée méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'autorité administrative a commis une erreur manifeste d'appréciation de la demande.
Vu :
- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée.
- et la requête au fond n°2403926 présentée par Mme C.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut
ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. A supposer que la requérante qui indique que la décision attaquée qui a comme corollaire l'obligation d'inscrire B en établissement scolaire a été notifiée le 31 août 2024, avant-veille de la rentrée scolaire et que compte tenu des contrôles positifs des années passées, elle n'a pas préparé son fils à la perspective d'intégrer le système scolaire à la rentrée entende ainsi caractériser une urgence de nature à justifier la suspension de l'exécution de la décision en litige, elle n'invoque pas ainsi une atteinte grave et immédiate à la situation ou aux droits de cet enfant, alors qu'au demeurant la scolarisation dans un établissement d'enseignement ne peut porter une telle atteinte. Par suite, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut manifestement pas en l'espèce être considérée comme remplie.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que les conclusions tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions relatives aux frais de l'instance :
4. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () " et aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il résulte des points précédents que l'action de Mme C ne satisfait pas de manière manifeste aux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
5. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont la requérante demande le versement au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C, y compris sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C.
Copie en sera transmise pour information au recteur de l'académie d'Orléans-Tours.
Fait à Orléans, le 23 septembre 2024.
La juge des référés,
Anne E
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.