Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403946

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403946
TypeDécision
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A, ressortissant turc, qui contestait son transfert aux autorités croates et son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés, notamment l'incompétence, l'insuffisance de motivation, le vice de procédure lié à l'interprète, et l'erreur manifeste d'appréciation, n'étaient pas fondés. Il a également écarté l'argument selon lequel la Croatie n'aurait pas répondu à la demande de réadmission, considérant la procédure régulière. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction, sur le fondement des règlements européens (UE) n° 604/2013 et n° 603/2013, ainsi que du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2024, M. F A, représenté par Me Attali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2024 par lequel la préfète du Loiret a prononcé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2024 par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret d'enregistrer sa demande de reconnaissance du statut de réfugié et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A doit être considéré comme soutenant que :

- les décisions en litige :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées ;

* sont entachées d'un vice de procédure tiré de ce que l'interprète, d'une part, ne les a pas signées et, d'autre part, affiche publiquement sa compétence en langue anglaise et non turque ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant transfert est illégale dès lors que " la Croatie n'a jamais répondu aux autorités françaises quant à un accord de réadmission " ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités croates.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, notamment modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement (métropole) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

M. A et la préfète du Loiret n'étaient ni présents, ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h50.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc d'origine kurde, né le 10 juin 1995 à Bulanik (République de Turquie), a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 4 avril 2024. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par les arrêtés susvisés du 23 août 2024 et du 28 août 2024, notifiés le 19 septembre 2024, la préfète du Loiret a prononcé le transfert de M. A aux autorités croates et l'a assigné à résidence. M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur la décision portant transfert :

2. Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'État responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet État. / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État. ". Selon l'article L. 572-1 de ce code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / () Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 45-2024-05-17-00003 du 17 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 45-2024-130 du même jour, la préfète du Loiret a donné à Mme C D, directrice des migrations et de l'intégration, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Par ailleurs, la circonstance que l'agent notifiant n'ait apposé que ses initiales est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que les conditions de notification d'une décision administrative n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux et non sur la légalité de cette dernière. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 de ce code : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. ".

5. De première part, le moyen tiré de la méconnaissance de la n° 79-578 du 11 juillet 1979 est inopérant dès lors que les dispositions qu'elle contenaient relatives à la motivation des actes administratifs ont été abrogées depuis le 1er janvier 2016.

6. De deuxième part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant à l'encontre d'une décision de transfert dès lors que cette motivation est prévue par les dispositions citées au point 4.

7. De dernière part, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comporte l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application (CE, 7 décembre 2018, n° 420900, B). Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement et notamment le visa du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et les circonstances que l'intéressé a sollicité l'asile en République de Croatie et que les autorités croates ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 29 mai 2024 qu'elles ont implicitement accepté le 13 juin 2024. Dès lors, contrairement à ce que soutient M. A, cet arrêté est suffisamment motivé.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ".

9. Le besoin de recourir à des interprètes dans de multiples langues en vue d'assurer le premier accueil de nombreux demandeurs d'asile et de déterminer l'État membre responsable de l'examen de leur demande d'asile caractérise la nécessité prévue par les dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant que l'assistance de l'interprète se fasse par téléphone, sans qu'il soit besoin pour l'autorité préfectorale de justifier de l'impossibilité d'une présence physique dudit interprète. Par suite, le moyen, à le supposer soulevé, doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il ressort de l'attestation de réalisation d'une prestation d'interprétariat téléphonique que la prestation qui a eu lieu le jour de l'entretien de M. A a été réalisée en langue turque. L'intéressé ne produit pas la page du réseau social LinkedIn sur lequel il affirme avoir remarqué que l'interprète considéré était assermenté pour la langue anglaise. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). ".

12. M. A fait valoir avoir en France 10 membres de sa famille munies de cartes de résident. S'il a effectivement indiqué, lors de l'entretien, avoir en France un frère et deux sœurs, la seule production de certaines décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et de titre de séjour ne permet ni de justifier le lien de filiation, ni des relations entre ces personnes et le requérant, les décisions de la Cour ne mentionnant au surplus pas l'intéressé. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. A, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait été empêché de justifier ses dires auprès des services de la préfète avant qu'elle n'édicte la décision contestée, ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que la préfète du Loiret décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, cette autorité administrative n'a pas méconnu les dispositions précitées.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac (" hit "), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n° 603/2013. Si la requête aux fins de reprise en charge est fondée sur des éléments de preuve autres que des données obtenues par le système Eurodac, elle est envoyée à l'État membre requis dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande de protection internationale au sens de l'article 20, paragraphe 2. / 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. (). Aux termes de l'article 25 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. / 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ". Enfin, aux termes de l'article 15 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement / () / 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse. ". Il résulte de ces dispositions que la production de l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau " DubliNet ", par le point d'accès national de l'État requis lorsqu'il reçoit une demande présentée par les autorités françaises établit l'existence et la date de cette demande et permet, en conséquence, de déterminer le point de départ du délai de deux semaines au terme duquel la demande de reprise est tenue pour implicitement acceptée. Pour autant, la production de cet accusé de réception ne constitue pas le seul moyen d'établir que les conditions mises à la reprise en charge du demandeur étaient effectivement remplies. Il appartient au juge administratif, lorsque l'accusé de réception n'est pas produit, de se prononcer au vu de l'ensemble des éléments qui ont été versés au débat contradictoire devant lui, par exemple du rapprochement des dates de consultation du fichier Eurodac et de saisine du point d'accès national français ou des éléments figurant dans une confirmation explicite par l'État requis de son acceptation implicite de reprise en charge.

14. Il ressort des pièces du dossier que la demande de reprise en charge de M. A par les autorités croates produite par la préfète du Loiret, a été formée le 29 mai 2024 par le réseau de communication " DubliNet ", qui permet des échanges d'informations fiables entre les autorités des États membres de l'Union européenne qui traitent les demandes d'asile. La préfète du Loiret produit, pour en justifier, la copie d'un courrier électronique du même jour qui constitue la réponse automatique du point d'accès national français, document comportant la référence " 9930841918 ", qui correspond au numéro attribué à M. A par la préfecture. La production par l'administration de l'accusé de réception " DubliNet " suffit à établir que les autorités françaises ont saisi les autorités croates via le point d'accès français au réseau européen sécurisé " DubliNet ". Cette circonstance est de nature à présumer que la transmission de la requête est authentique et a fait courir le délai au terme duquel la République de Croatie est réputée avoir donné son accord à la reprise en charge de l'intéressé. Le requérant ne se prévaut en l'espèce d'aucune circonstance de nature à renverser cette présomption. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 21 à 26 du règlement n° 604/2013 découlant de l'absence de preuve de l'envoi d'une requête de reprise en charge aux autorités croates dans les délais requis, et de l'absence de preuve de l'acceptation de ces mêmes autorités, doit être écarté comme manquant en fait.

Sur l'arrêté d'assignation à résidence :

15. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile. / Lorsqu'un État requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet État dans les plus brefs délais ou si un autre État peut être requis. / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. (). / L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article ou placé en rétention administrative, n'a pas déféré à la décision de transfert dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire peut être à nouveau assigné à résidence en application du présent article. ".

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant transfert ne peut qu'être écarté.

17. En deuxième lieu, l'incompétence est un moyen d'ordre public. Il appartient au juge de vérifier de lui-même, surtout lorsque les éléments ne lui sont pas communiqués par une des parties, les trois incompétences ratione personae, ratione materiae et ratione loci.

18. En l'espèce et d'une part, par un arrêté n° 45-2024-05-17-00003 du 17 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 45-2024-130 du même jour, la préfète du Loiret a donné à Mme E B, attachée d'administration de l'État, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Par ailleurs, la circonstance que l'agent notifiant n'ait apposé que ses initiales est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que les conditions de notification d'une décision administrative n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux et non sur la légalité de cette dernière. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence ratione personae et ratione materiae de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.

19. D'autre part, il ressort de l'annexe II prévue à l'article 2 de l'arrêté du 10 mai 2019 susvisée que, sur le fondement du 3° du même article, que la préfète du Loiret a compétence pour assigner à résidence un demandeur d'asile faisant l'objet de la procédure prévue par le règlement n° 604/2013 susvisé résidant dans le Cher, l'Eure-et-Loir, l'Indre, l'Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher ou le Loiret. Ainsi, et pour aussi regrettable que ce soit l'absence totale de mention de sa compétence ratione loci dans le mémoire de la préfète alors que le moyen global de l'incompétence était soulevé, le moyen tiré de l'incompétence ratione loci de l'auteure de la décision contestée doit être écarté après contrôle d'office du juge.

20. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte l'exposé des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, l'arrêté attaqué prescrivant l'assignation à résidence du requérant est suffisamment motivé.

21. En quatrième lieu, il ressort de l'attestation de réalisation d'une prestation d'interprétariat téléphonique que la prestation qui a eu lieu le jour de l'entretien de M. A a été réalisée en langue turque. L'intéressé ne produit pas la page du réseau social LinkedIn sur lequel il affirme avoir remarqué que l'interprète considéré était assermenté pour la langue anglaise. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

22. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux et non sur la légalité de cette dernière. Par suite, le moyen, à le supposer soulevé, tiré de l'absence de signature de l'interprète doit être écarté.

23. En dernier lieu, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que M. A est assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelables dans la limite d'une durée totale de 180 jours, qu'il ne peut quitter, sans autorisation, les limites de l'Indre-et-Loire, qu'il devra se présenter les lundis et mercredis à 8h30 au commissariat de Tours, qu'il devra justifier les causes de force majeure qui l'empêcheraient de se soumettre à cette obligation et qu'il devra remettre son passeport ou tout document justifiant de son identité lors de sa première présentation et recevra en échange une attestation de dépôt. Le requérant ne fait état d'aucune contrainte ou impératif de sa vie privée de nature à faire obstacle à ce qu'il puisse satisfaire à ses obligations en qualité d'assigné à résidence. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et eu égard aux effets d'une mesure d'assignation à résidence, la préfète du Loiret n'a entaché cette décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 août 2024 par lequel la préfète du Loiret a prononcé son transfert aux autorités croates ainsi que celui du 28 suivant par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.