Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403949

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403949
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif d'Orléans, rendue en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la demande de M. B, conseiller municipal de Preuilly-sur-Claise. Ce dernier contestait la délibération du 15 mai 2024 portant règlement intérieur du conseil municipal, estimant que ses articles 8.4, 9.2, 9.3, 9.4, 9.5 et 10.3 portaient une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale d'expression des élus. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant n'ayant saisi le juge des référés que plus de quatre mois après l'adoption de la délibération, sans justifier de circonstances particulières nécessitant une intervention dans les quarante-huit heures. La requête a donc été rejetée sans examen du fond, par application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, M. B demande au juge de référés du tribunal administratif d'Orléans saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de suspendre immédiatement l'exécution de la délibération n° 03 du 15 mai 2024 adoptant le règlement intérieur du conseil municipal de Preuilly-sur-Claise pour la période 2020-2026 et d'ordonner toutes mesures nécessaires pour la sauvegarde du droit d'expression des conseillers municipaux.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée par l'atteinte grave et immédiate portée aux libertés fondamentales de conseillers municipaux, leur droit à la libre expression, la transparence des débats, la démocratie locale et l'information des administrés ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la délibération qui réduit le droit d'expression des conseillers municipaux dès lors que les articles 9.2 et 9.3 réduisent le temps de parole à une seule intervention de 2 minutes, que les articles 9.2, 9.4, 9.5 et 10.3 prévoient l'absence de transcription de l'intervention lorsque celle-ci dépasse la limite imposée de temps et l'article 8.4 prévoit qu'en l'absence de quorum, les points portés à l'ordre du jour lors de la seconde convocation seront votés sans débats et qu'il n'y aura pas de questions diverses.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, en sa qualité de membre élu du conseil municipal de la commune de Preuilly-sur-Claise (37290) dans le département d'Indre-et-Loire, après avoir introduit le 19 juillet 2024 un recours gracieux auprès du maire resté sans réponse, a saisi par requête enregistrée le 23 septembre 2024 le juge des référés du tribunal administratif de céans sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative à fin de suspension de l'exécution du point n° 3 de la délibération adoptée le 15 mai 2024 à 11 voix pour et 2 voix contre, dont celle du requérant, portant règlement intérieur du conseil municipal de

Preuilly-sur-Claise pour le mandat 2020-2026 et d'ordonner toutes mesures nécessaires pour la sauvegarde du droit d'expression des conseillers municipaux.

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. " Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai. Ces mesures doivent, en principe, présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.

4. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

5. L'article L. 522-3 du code de justice administrative dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

6. Si le libre exercice de leurs mandats par les élus locaux présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code précité, M. B qui demande la suspension des effets d'une délibération adoptée le 15 mai 2024, soit plus de 4 mois à la date de la saisine du juge des référés, même si elle n'aurait été publiée que le 6 juin 2024, se borne à invoquer la nécessité de rétablissement du " cadre légitime de fonctionnement démocratique au sein du conseil municipal " et allègue l'existence de " nombreuses tensions qui existent suite au non respect de ces droits ", ne justifie pas, pour l'heure et dans les circonstances de l'espèce, l'existence d'une situation d'urgence impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée pour information à commune de Preuilly-sur-Claise.

Fait à Orléans, le 24 septembre 2024.

Le juge des référés,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.