Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403966

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403966
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, ressortissant marocain confié à l'aide sociale à l'enfance. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car M. C, qui bénéficiait d'un récépissé valable jusqu'au 20 septembre 2024, n'a pas démontré que la décision litigieuse compromettait de manière suffisamment grave et immédiate sa situation, notamment au regard de la suspension de son contrat d'apprentissage et de son hébergement. En conséquence, la requête a été rejetée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, M. C, représenté par Me Vieillemaringe, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 9 août 2024 par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans l'attente de la décision rendue sur le fond et ce, dans un délai de 15 jours suivant notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- ressortissant marocain né le 22 décembre 2005, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance d'Indre-et-Loire par ordonnance de placement provisoire du 29 septembre 2022 ; il a sollicité le 8 décembre 2023 la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et a bénéficié de récépissés valables jusqu'au 20 septembre 2024 ; il a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 27 août 2024 ;

- l'urgence est caractérisée car il a obtenu un récépissé le 21 juin 2024 et en conséquence de la décision en litige passe d'une situation administrative régulière à irrégulière et cette décision de refus de séjour porte une atteinte directe et disproportionnée à ses intérêts dès lors que la poursuite de sa scolarité en apprentissage est conditionnée à la production d'un titre de séjour en cours de validité, que par suite depuis le 19 août 2024, son maître d'apprentissage a suspendu son contrat et que le CIAS de Loches qui l'héberge lui a fait savoir qu'il ne pourrait bénéficier d'un hébergement sans titre de séjour valide ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux concernant la légalité de l'arrêté est remplie car :

* elle présente une motivation sommaire qui s'apparente à une motivation insuffisante ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation notamment au regard de l'accord bilatéral du 9 octobre 1987 entre la France et le Maroc ;

* elle fait état d'éléments inexacts notamment sur sa famille restée au pays ;

* elle est entachée d'une erreur de droit car dans le cadre de l'examen d'une demande de titre de séjour faite sur le fondement de l'article L. 435-3 du CESEDA, l'administration doit notamment apprécier la nature des liens avec la famille restée au pays, or le préfet retient à ce titre qu'il aurait indiqué lors d'un entretien avoir sa mère au Maroc, ce qu'il conteste ;

* elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il est en France depuis septembre 2022, y suit un CAP cuisine et y a l'ensemble de ses attaches matérielles et sentimentales ;

* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et l'administration n'a pas réalisé une appréciation globale de sa situation au regard de l'article L. 435-3 du CESEDA dont il remplit les critères dès lors qu'il est bien scolarisé dans une formation qualifiante, qu'il bénéficie d'un contrat d'apprentissage lequel est toujours en cours, justifie de son assiduité dans le cadre de ce contrat par la production de bulletins de salaire ainsi que par le biais d'une attestation d'une enseignante et le préfet ne peut considérer ce critère comme non rempli en se fondant uniquement sur le fait qu'il n'aurait pas de bulletins de notes mais uniquement un portefeuille de compétences alors que son CAP s'effectue en trois ans et que cette spécificité fait que lors de la première année de scolarité, aucun bulletin de notes n'est édité ;

* il justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L.435-1 du CESEDA.

Vu :

- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- et la requête au fond n°2403630 présentée par M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Aucun des moyens analysés ci-dessus n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 9 août 2024 par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence que les conclusions tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées par M. C à fin d'injonction.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et les conclusions relatives aux frais de l'instance :

4. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement " et aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il résulte des points précédents que l'action de M. C ne satisfait pas de manière manifeste aux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

5. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le requérant demande le versement au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C, y compris sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C.

Fait à Orléans, le 24 septembre 2024.

La juge des référés,

Anne B

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.