Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403970
vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403970 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, M. C A, assigné à résidence, représenté par Me Le Roy des Barres, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 août 2024 par laquelle le préfet du Cher l'a obligé à quitter le territoire français et en conséquence celle du 24 août 2024 par laquelle le préfet du Cher l'a assigné à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet du Cher de l'admettre au droit au séjour à titre exceptionnel.
M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- et M. A, non représenté, qui indique que tout est parti d'un malentendu avec sa femme mais que c'est réglé maintenant.
Le préfet du Cher n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h57.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né le 31 juillet 1981 à El Harrach (République algérienne démocratique et populaire), est entré en France en 2010 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue le 23 août 2024 pour des faits de violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par arrêté du 24 août 2024, le préfet du Cher a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A demande au tribunal d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans le premier arrêté du 24 août 2024 et par voie de conséquence celui de la même date l'assignant à résidence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. M. A fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il y est arrivé en 2010 soit il y a quatorze ans, que sa mère et sa sœur, qui a d'ailleurs fait une demande de naturalisation française, résident en France, qu'il a tout mis en œuvre pour s'intégrer parfaitement dans la vie courante française, qu'il loue un appartement, démontrant là encore sa volonté d'intégration, ne se contentant pas par exemple d'être simplement hébergé par des amis ou de la famille, qu'il devrait également dans les prochaines semaines avoir une promesse d'embauche en sorte qu'il dispose d'une indépendance et d'une autonomie financière suffisante, ne dépendant pas d'aides de l'État, qu'il a donc trouvé une stabilité de vie en France et sur la ville de Bourges en particulier, tissant des liens familiaux, ainsi qu'un réseau professionnel de par son activité et amical également, qu'il a refait sa vie avec Mme D C avec laquelle il a eu un enfant né sur le territoire français à Bourges le 1er juin 2023 et qu'il justifie également être toujours en couple contrairement à ce qui a été retenu par la préfecture, sa compagne et lui s'étant réconciliés et vivant toujours ensemble. Toutefois, il est de jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l'homme que la seule durée de présence d'un ressortissant étranger sur le territoire ne justifie pas l'existence d'une vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (13 mai 2003, Chandra c. Pays Bas, n°53102/99 ; 6 juillet 2006, Yash Priya c. Danemark, n°13594/03) et alors même qu'il n'apporte aucun élément relativement à sa durée de présence en France. S'il ne peut être contesté qu'il est le père du jeune B né 1er juin 2003 dont la mère est Mme D C, il n'apporte toutefois aucun élément justifiant s'occuper de son enfant. Quant à l'attestation de réconciliation, elle est postérieure à la décision contestée et, en tout état de cause, elle ne démontre aucune antériorité d'une vie commune suffisamment longue. L'intéressé n'apporte enfin aucun document justifiant les autres éléments allégués tant dans sa requête que dans le procès-verbal d'audition du 23 août 2024. Enfin, M. A ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 29 ans. Ainsi le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'elle invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet du Cher n'a davantage pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 24 août 2024, par lesquelles le préfet du Cher l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Cher l'a assigné à résidence.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA
Le greffier,
Sébastien BIRCKEL
La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.