Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403990

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, un ressortissant malien. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés par le requérant, notamment la méconnaissance des articles L. 435-3 et L. 423-23 du CESEDA ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Par conséquent, la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux n'étant pas remplie, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner la condition d'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Esnault-Benmoussa, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire à titre principal, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer, le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- ressortissant malien né le 17 mars 2006 il est entré en France au mois de juillet 2022 à l'âge de 16 ans ; par jugement en date du 6 novembre 2022, il a été placé jusqu'au 17 mars 2023, date de sa majorité, auprès de la cellule d'Accompagnement des Mineurs non accompagnés du Département Seine-Saint-Denis ; le 17 février 2023, il a été pris en charge par le service d'accompagnement à l'autonomie et à l'insertion en Indre et Loire ; après une période de stage, il a contracté un apprentissage au sein de l'entreprise " Taveau Alain Peinture " à Percay sur Vienne ; il a signé son contrat d'apprentissage le 21 août 2023 et a commencé son emploi le 2 septembre 2023 ; parallèlement, il a été inscrit en 1ère année de CAP " Peinture applicateur de revêtement " au CFA du Loiret où il a commencé sa formation le 2 octobre 2023 ; après avoir validé sa première année, il est désormais inscrit en 2ème année de CAP " Peinture applicateur de revêtement " ; il dispose d'un contrat jeune majeur auprès de la cellule d'Accompagnement des Mineurs non accompagnés du Département de Seine-Saint-Denis et ce jusqu'au 16 mars 2025 ;

- l'urgence est caractérisée car la décision de non renouvellement de son titre de séjour produit des effets immédiats sur sa situation administrative puisque sans titre de séjour, alors qu'il dispose d'un contrat d'apprentissage et est inscrit en 2ème année CAP " Peinture applicateur de revêtement " il ne peut poursuivre sa formation pour l'année 2024/2025 ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux concernant la légalité de l'arrêté est remplie car :

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) car, pris en charge par l'ASE entre l'âge de 16 et 18 ans, il justifie d'une formation professionnelle qualifiante et qu'il a validé son passage en 2ème année, les 10 h d'absences injustifiées relevant d'une simple erreur dont atteste le CFA et il a très peu de contacts avec sa mère restée au pays à l'exception de l'envoi de somme d'argent afin de l'aider financièrement car elle vit dans une grande précarité ;

* elle méconnaît l'article L. 423-23 du CESEDA et l'article 8 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- et la requête au fond n°2403989 présentée par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, l'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Aucun des moyens analysés ci-dessus n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à M. B A un titre de séjour ;

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence que les conclusions tendant à la suspension de son exécution doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative précité, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction et les conclusions relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Esnault-Benmoussa.

Fait à Orléans, le 26 septembre 2024.

La juge des référés,

Anne C

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.