Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404061

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404061
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

**Sujet principal :** Refus de délivrance d’un certificat d’immatriculation pour un véhicule importé des Pays-Bas. **Juridiction :** Tribunal administratif d’Orléans (juge des référés). **Solution retenue :** Rejet de la requête de M. B par ordonnance, sans instruction ni audience, au motif que sa demande ne relève manifestement pas des pouvoirs du juge des référés (absence de précision du fondement juridique et caractère mal fondé au regard des articles L. 521-1, L. 521-2 et L. 521-3 du code de justice administrative). **Textes appliqués :** Articles L. 521-1 à L. 521-3 et L. 522-3 du code de justice administrative ; articles R. 322-1 et R. 322-5 du code de la route ; décrets n° 2007-240 et n° 2007-255.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, M. A B saisit le juge des référés afin que l'Agence nationale des titres sécurisés fasse droit à sa demande de délivrance d'un certificat d'immatriculation pour le véhicule Peugeot 308 dont il a fait l'acquisition.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le décret n° 2007-240 du 22 février 2007 ;

- le décret n° 2007-255 du 27 février 2007 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'acquisition auprès d'un professionnel de l'automobile, le 4 janvier 2024, d'un véhicule importé des Pays-Bas. Ayant été informé par l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) que ce professionnel n'avait pas fourni l'ensemble des pièces nécessaires à l'instruction de la demande de certificat d'immatriculation, M. B a présenté lui-même une telle demande le 24 juillet 2024 auprès de l'ANTS. Le 18 septembre 2024, il a été informé que cette demande avait été rejetée par le service instructeur, faute pour lui d'avoir produit un dossier complet. M. B saisit le juge des référés, auquel il " demande () que l'ANTS accepte [sa] demande de certificat d'immatriculation ".

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 521-3 du même code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur autre qu'un cyclomobile léger () qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation () ". Aux termes de l'article R. 322-5 du même code : " I. - Le nouveau propriétaire d'un véhicule déjà immatriculé doit, s'il veut le maintenir en circulation, faire établir, dans un délai d'un mois à compter de la date de la cession, un certificat d'immatriculation à son nom dans les conditions prévues à l'article R. 322-1. / Cette demande est adressée au ministre de l'intérieur soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 février 2007 portant création de l'Agence nationale des titres sécurisés : " L'agence a pour mission de répondre aux besoins des administrations de l'Etat de conception, de gestion, de production de titres sécurisés et des transmissions de données qui leurs sont associées. Ces titres sont des documents délivrés par l'Etat et faisant l'objet d'une procédure d'édition et de contrôle sécurisée. / Sans préjudice des dispositions relatives au système d'information et de communication de l'Etat, pour l'accomplissement de ces missions, l'agence est chargée notamment de : () / 2° Assurer ou faire assurer, la mise en œuvre de services en ligne, de moyens d'identification électronique et de transmissions de données associée à la délivrance et à la gestion des titres sécurisés () / La liste des titres sécurisés est fixée par décret. / L'agence accomplit sa mission dans le respect des orientations générales arrêtées par l'Etat en matière de titres sécurisés et dans le cadre de la coopération européenne et internationale. Sa mission exclut l'instruction des demandes et la délivrance des titres () ". Selon le 6° de l'article 1er du décret du 27 février 2007 fixant la liste des titres sécurisés relevant de l'Agence nationale des titres sécurisés, le certificat d'immatriculation des véhicules est au nombre des titres sécurisés pour lesquels l'ANTS exerce cette mission.

4. Les pouvoirs du juge des référés statuant en urgence sont définis par les articles L. 521-1, L. 521-2 et L. 521-3 précités du code de justice administrative. Les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement de chacun de ces articles sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles distinctes. Lorsque, comme en l'espèce, le demandeur n'a pas précisé quel article il entend invoquer, il appartient au juge des référés de préciser la portée de la demande au vu de tous les éléments d'appréciation dont il dispose. En l'espèce, dès lors que M. B, d'une part, n'a pas présenté de requête au fond tendant à l'annulation de la décision rejetant sa demande de délivrance d'un certificat d'immatriculation, d'autre part, n'invoque aucune liberté fondamentale à laquelle il aurait été porté une atteinte grave et manifestement illégale, sa requête doit être regardée comme présentée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

5. Toutefois, en premier lieu, il résulte des dispositions citées au point 3 que la délivrance des certificats d'immatriculation relève de la compétence du ministre de l'intérieur, l'ANTS étant seulement chargée d'éditer les titres dont la délivrance est décidée par l'autorité de l'Etat compétente. Il ne peut ainsi être enjoint à l'ANTS de délivrer un certificat d'immatriculation. En second lieu, le juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave. En l'espèce, le juge des référés ne pourrait enjoindre à l'autorité compétente de faire droit à la demande de délivrance d'un certificat d'immatriculation présentée par M. B sans faire obstacle à la décision de rejet qui a été notifiée au requérant par le message du 18 septembre 2024. Si le requérant fait valoir, d'une part, que faute de certificat d'immatriculation son contrat d'assurance sera résilié au mois de janvier 2025, d'autre part, que ses moyens financiers ne lui permettent pas d'acquérir un nouveau véhicule, ces circonstances ne caractérisent pas l'existence d'une situation de péril grave.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

7. La présente ordonnance ne fait pas obstacle à ce que, s'il s'y croit fondé, M. B présente une requête au fond tendant à l'annulation de la décision de rejet qui lui a été notifiée par le message du 18 septembre 2024, ni à ce que, s'il estime que les conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, il assortisse ce recours au fond d'une requête en référé tendant à la suspension de l'exécution de cette décision.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Orléans, le 2 octobre 2024.

Le juge des référés,

Frédéric C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.