Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404141
mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2404141 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 1er et 16 octobre 2024,
M. B A demande au tribunal d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui attribuer un logement suite à la décision du 28 mai 2024 de la commission départementale de médiation d'Indre-et-Loire le reconnaissant prioritaire et devant être logé d'urgence.
Il soutient que :
- la commission de médiation l'a reconnu prioritaire et devant être relogé d'urgence ;
- il n'a pas eu l'opportunité d'accepter un logement jusqu'au 28 août 2024 et même jusqu'à ce jour car le seul logement dont le bailleur désigné lui a parlé a été confié à l'un des deux autres candidats retenus ;
- il est dans une situation d'urgence extrême car il souffre de maladies graves et qu'il lui est impossible de se soigner efficacement en étant dans la rue
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le requérant s'est vu proposer un logement de CDC Habitat Social situé à Montbazon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 778-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé, le 18 juin 2023, auprès de la commission départementale de médiation d'Indre-et-Loire un recours en vue d'une offre de logement locatif social, dans les conditions prévues par les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Au cours de sa réunion du 28 mai 2024, cette commission l'a reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement de type 1. Le 14 juin 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a enjoint à CDC Habitat Social de pourvoir au logement de l'intéressé avant le 28 août 2024. CDC Habitat Social a cherché à entrer en contact avec le requérant pour lui proposer un rendez-vous le 18 juin 2024 dans la perspective de le loger dans un logement de type 2 à Saint-Cyr-sur-Loire. Le 20 juin 2024, le requérant a contacté CDC Habitat Social qui l'a informé le 24 juin 2024 que le logement avait été attribué à un autre demandeur. En l'absence d'attribution d'un logement, M. A demande au tribunal d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui attribuer un logement.
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. / () ".
3. Les dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, font peser sur l'Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable, une obligation de résultat. Par suite, si le préfet d'Indre-et-Loire fait valoir que, suite à la demande de ses services, l'attribution d'un logement au requérant est inscrite à l'ordre du jour de la réunion du 16 octobre 2024 de la commission d'attribution de CDC Habitat Social et que ce logement situé à Montbazon, commune distante d'environ 15 kilomètres de Tours, correspond aux besoins exprimés par l'intéressé, ce que conteste d'ailleurs ce dernier, cette proposition, alors même qu'elle atteste des diligences effectuées, ne peut, en l'absence de l'intervention d'un accord effectif de l'organisme, s'analyser comme constituant une offre de logement au sens des dispositions de l'article
L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.
4. Toutefois un comportement de nature à faire obstacle à l'exécution par le préfet de la décision de la commission de médiation peut délier l'administration de l'obligation de résultat qui pèse sur elle. En l'espèce, le préfet d'Indre-et-Loire fait valoir que, suite à la décision de la commission de médiation, ses services ont saisi, le 14 juin 2024, CDC Habitat Social afin de pourvoir au logement du requérant avant le 28 août 2024, qu'au cours du mois de juin, CDC Habitat Social a cherché à entrer en contact avec le requérant afin de lui proposer un logement à Saint-Cyr-sur-Loire, commune limitrophe de Tours, que dans l'impossibilité de joindre l'intéressé, le logement a été attribué à un autre demandeur et que, dans un courrier du 26 juin 2024 adressé à CDC Habitat Social, le requérant a indiqué " Je ne souhaite plus jamais entendre parler de vous. Je veux oublier que vous existez sur cette terre ". Si le préfet entend soutenir que compte tenu du comportement du requérant, l'administration est déliée de l'obligation de résultat qui pèse sur elle, les éléments qu'il avance sur le déroulement de la procédure d'attribution d'un logement ne sont pas, en l'espèce, de nature à établir que l'absence d'offre de logement serait imputable à l'intéressé ou que ce dernier a renoncé à bénéficier du droit au logement qui est accordé par les dispositions citées au point 2.
5. Il résulte de ce qui précède qu'aucune offre de logement correspondant à ses besoins et capacités ne peut être regardée comme ayant été faite à M. A. L'administration ne soutient pas que l'urgence à le reloger ait disparu du fait de circonstances postérieures à la décision de la commission de médiation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de faire à l'intéressé une offre de logement correspondant à ses besoins et capacités.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet d'Indre-et-Loire d'assurer, sans délai, le logement de
M. A dans un logement tenant compte de ses besoins et capacités.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet d'Indre-et-Loire et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Fait à Orléans, le 16 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.