Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404154

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL EQUATION AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de Mme A, ressortissante syrienne, contestant la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) du 16 septembre 2024 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé inopérant le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-15, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Ofii ne s'étant pas fondé sur ce texte. Il a également estimé que le refus de la proposition d'hébergement à Blois, malgré le suivi médical de l'enfant à Tours, ne constituait pas un motif légitime au sens du 2° du même article, et que la décision contestée n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la vulnérabilité de la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, Mme C A, représentée par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 septembre 2024 par lequel la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser de manière rétroactive l'allocation pour demandeur d'asile due depuis la date d'enregistrement de sa demande d'asile le 22 avril 2024 ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que la décision contestée :

- méconnaît les dispositions de " l'article L. 551-15, 4° " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale (refonte) ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

Mme A et le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h32.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante syrienne, née le 5 mai 1985 à Lattaquié (République arabe syrienne), entrée en France le 12 avril 2024 accompagnée de sa fille B née le 25 août 2022 à Balbek (République libanaise), a sollicité l'asile le 22 avril 2024. Par une décision du 16 septembre 2024, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision du 16 septembre 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". La deuxième phrase de l'avant-dernier alinéa de l'article L. 551-16 du même article prévoit que la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil " prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les femmes enceintes (). ".

4. En premier lieu, et d'une part, il est constant que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne s'est pas fondée sur les dispositions citées au point précédent du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

5. D'autre part, à supposer que Mme A ait entendu en réalité soulever la méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3, la seule circonstance que l'enfant de l'intéressée soit soignée au centre hospitalier régional et universitaire de Tours (Indre-et-Loire), alors qu'elle avait accepté l'orientation à l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (Huda) de Blois (Loir-et-Cher) dès le 22 juillet 2024, est insuffisante pour justifier d'un motif légitime de refus de la proposition d'hébergement dès lors qu'elle ne justifie pas en quoi le centre hospitalier de Blois, et non un centre hospitalier universitaire comme indiqué à tort en défense, ne serait pas à même d'assurer le suivi médical de son enfant ou les motifs pour lesquels elle ne pourrait pas se rendre Tours pour le suivi de son enfant avec cette dernière. Par suite, à supposer le moyen soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En second lieu, il ressort des deux avis du médecin coordonnateur de zone (Medzo) de l'Office français de l'immigration et de l'intégration des 11 juillet et 21 août 2024 que, au vu de l'état de santé de la jeune B, ce dernier a recommandé une priorité 1 pour un hébergement " sans caractère d'urgence ". Il ressort encore des pièces du dossier que l'intéressée a signé sans réserve la fiche d'évaluation de vulnérabilité datée du 22 avril 2024. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le refus contesté fasse obstacle à ce que Mme A puisse avoir accès à d'autres dispositifs d'aide conformes à la directive du 26 juin 2013 susvisé, l'Ofii n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation ni d'aucune erreur de droit.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 septembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.