Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404177
mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2404177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 17 octobre 2024, la SAS Destock pièces auto Orléans, représentée par Me Petit, avocate, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le maire d'Olivet a prononcé la fermeture au public de l'établissement qu'elle exploite dans cette commune, 1470 rue de la Bergeresse ;
2°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de la commune d'Olivet, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Destock pièces auto Orléans soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en l'espèce, dès lors que la fermeture administrative litigieuse la prive de toute activité commerciale au sein de l'établissement concerné et menace l'emploi de ses cinq salariés ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige : la visite inopinée du 24 septembre 2024 n'a pas été réalisée par la commission de sécurité régulièrement composée conformément aux dispositions des articles 25, 29, 30 et 37 du décret n° 95-260 du 8 mars 1995 ; elle n'a pas été informée qu'une telle visite serait organisée au sein de son établissement ; à la suite de cette visite, aucun compte-rendu ne lui a été remis, pas plus que l'avis de la commission ; l'arrêté en litige est insuffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article GN 11 du règlement de sécurité ; la procédure contradictoire prévue par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et par les articles L. 143-3 et R. 143-45 du code de la construction et de l'habitation n'a pas été respectée, pas plus que les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'il n'existait aucune situation d'urgence ; le maire a pris l'arrêté litigieux avant même que la commission de sécurité n'ait rendu son avis ; la mesure de fermeture litigieuse n'était pas nécessaire ni proportionnée ; le maire d'Olivet a ainsi commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation ; il a en outre méconnu la liberté du commerce et de l'industrie.
Par un mémoire enregistré le 15 octobre 2024, la commune d'Olivet, représentée par la SELARL Centaure Avocats, demande au juge des référés de rejeter la requête et de mettre à la charge de la société requérante une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Olivet soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
Une copie de la requête au fond n° 2404176, enregistrée le 2 octobre 2024, par laquelle la SAS Destock pièces auto Orléans demande l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2024 susvisé du maire d'Olivet a été versée au dossier de la requête n° 2404177 par le juge des référés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 18 octobre 2024 à 14 heures, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations :
- de Me Petit, avocat de la SAS Destock pièces auto Orléans, qui persiste dans les conclusions de la requête, par les mêmes moyens ;
- et de Me Reis, avocat de la commune d'Olivet, qui reprend ses écritures en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14 heures 45.
Une note en délibéré présentée pour la commune d'Olivet a été enregistrée le 21 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Destock pièces auto Orléans, qui a notamment pour activité l'achat et la vente de pièces détachées pour automobiles, exploite l'une des cellules commerciales d'un bâtiment situé 1470 rue de la Bergeresse à Olivet. A la suite d'une visite inopinée réalisée le 24 septembre 2024, le maire d'Olivet, par un arrêté du 25 septembre 2024, a prononcé la fermeture au public de l'établissement de la SAS Destock pièces auto Orléans et lui a imposé des prescriptions au respect desquelles il a subordonné la réouverture de cet établissement.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce, en tenant compte notamment de l'intérêt public qui s'attache, le cas échéant, à l'exécution de la décision en litige.
4. La fermeture prononcée par l'arrêté litigieux, qui fait obstacle, pendant une durée que les prescriptions de l'arrêté ne permettent pas de déterminer, à ce que la société poursuive son activité, porte ainsi une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts, quel que soit le montant du chiffre d'affaires dont elle est privée. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la dangerosité présentée par l'établissement concerné serait telle qu'un intérêt public s'attacherait à l'exécution immédiate de l'arrêté litigieux.
5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie en l'espèce.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux :
6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, de l'absence de mise en demeure en méconnaissance du I de l'article L. 143-3 du code de la construction et de l'habitation, de l'absence d'avis préalable de la commission de sécurité compétente en méconnaissance de l'article R. 143-45 du même code et du caractère disproportionné de la mesure de fermeture sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
7. Il résulte de ce qui précède que la SAS Destock pièces auto Orléans est fondée à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête au fond n° 2404176, de l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le maire d'Olivet a prononcé la fermeture au public de l'établissement qu'elle exploite dans cette commune.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par la commune d'Olivet doivent être rejetées. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune le versement d'une somme de 1 200 euros à la société requérante sur le fondement des mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le maire d'Olivet a prononcé la fermeture au public de l'établissement exploité par la SAS Destock pièces auto Orléans rue de la Bergeresse à Olivet est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête au fond n° 2404176 tendant à l'annulation de cet arrêté.
Article 2 : La commune d'Olivet versera à la SAS Destock pièces auto Orléans une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune d'Olivet tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Destock pièces auto Orléans et à la commune d'Olivet.
Fait à Orléans, le 22 octobre 2024.
Le juge des référés,
Frédéric A
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.