Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404195

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantOZEKI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé un titre de séjour à Mme B, ressortissante étrangère, et l'a obligée à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment l'acquisition de la nationalité française à sa majorité sur le fondement de l'article 21-7 du code civil. Le juge des référés a constaté que les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination étaient devenues sans objet, ces décisions ayant été implicitement abrogées par la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour. S'agissant du refus de titre de séjour, le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie et qu'il existait un doute sérieux quant à la légalité de la décision, le préfet n'ayant pas examiné la situation de Mme B au regard de sa nationalité française potentielle. Il a donc ordonné la suspension de l'exécution de la décision de refus de titre de séjour et enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressée dans un délai

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Ozeki, avocate, demande au juge des référés :

1°) de transmettre au juge judiciaire la question préjudicielle relative à sa nationalité, et dans l'attente d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour et de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre une somme de 1 800 euros à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en l'espèce : elle réside sur le territoire français depuis l'âge de douze ans ; à sa majorité, elle a résidé sous couvert de récépissés de demandes de titre de séjour puis, après le jugement rendu le 26 mai 2023 par le tribunal administratif d'Orléans, sous couvert d'autorisations provisoires de séjour avec autorisation de travail renouvelées régulièrement ; la décision de refus de titre de séjour la place du jour au lendemain en situation irrégulière ; en outre cette décision menace la poursuite du contrat à durée indéterminée dont elle bénéficie ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué : le préfet a méconnu les articles L. 110-1 et L. 110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle a acquis la nationalité française à sa majorité en application de l'article 21-7 du code civil ; il y aura lieu à cet égard pour le juge des référés de saisir le tribunal judiciaire de Chartres d'une question préjudicielle en application de l'article R. 771-2 du code de justice administrative ; l'arrêté attaqué est entaché d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation personnelle ; cet arrêté est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ; en subordonnant la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à des conditions relatives au caractère sérieux et assidu des études et à une bonne insertion au sein de la société française, le préfet a commis une erreur de droit ; elle devait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions ; le préfet a également méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation.

La requête de Mme B a été communiquée au préfet d'Eure-et-Loir, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2404194, enregistrée le 3 octobre 2024, par laquelle Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 2 août 2024 susvisé du préfet d'Eure-et-Loir.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 octobre 2024 à 14 heures, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations de Me Ozeki, avocate de Mme B, et de la requérante elle-même.

Le préfet d'Eure-et-Loir n'étant ni présent ni représenté.

Les parties ayant été informées, en application des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité, comme étant dépourvues d'objet, des conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté en litige en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14 heures 25.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Mme B demande, en application de ces dispositions, la suspension de l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1 ". Aux termes de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

4. En application des dispositions de l'article L. 722-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le recours formé devant le juge administratif a un effet suspensif sur l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et par suite sur la décision fixant le pays de destination. Mme B ayant formé le 3 octobre 2024 un recours tendant à l'annulation de l'arrêté pris à son encontre le 2 août 2024 par le préfet d'Eure-et-Loir, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination contenues dans cet arrêté ne peuvent être mises à exécution jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur sa requête. Par suite, les conclusions tendant à ce que le juge des référés prononce la suspension de l'exécution de ces décisions sont dépourvues d'objet et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. D'une part, Mme B fait valoir qu'elle est née en France le 9 février 2003 et que, après être retournée avec ses parents au Mali, elle est revenue sur le territoire français le 24 août 2015 et y réside depuis habituellement. Ces éléments ne sont pas contestés par le préfet d'Eure-et-Loir, qui n'a pas produit d'observations en défense. Dans ces circonstances, et alors que selon le premier alinéa de l'article 21-7 du code civil " Tout enfant né en France de parents étrangers acquiert la nationalité française à sa majorité si, à cette date, il a en France sa résidence et s'il a eu sa résidence habituelle en France pendant une période continue ou discontinue d'au moins cinq ans, depuis l'âge de onze ans ", Mme B justifie d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. D'autre part, en l'état de l'instruction, et sans qu'il y ait lieu, eu égard à l'office du juge des référés, de saisir la juridiction judiciaire d'une question préjudicielle, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 110-1 et L. 110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle le préfet d'Eure-et-Loir a statué sur la demande de titre de séjour présentée par Mme B.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête au fond n° 2404194 tendant à l'annulation de cette décision, du refus de titre de séjour contenu dans l'arrêté du

2 août 2024 susvisé du préfet d'Eure-et-Loir.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Si la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet d'Eure-et-Loir réexamine la situation de Mme B, elle n'implique pas, eu égard à ses motifs, qu'une autorisation provisoire de séjour soit délivrée à la requérante. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 2 août 2024 par laquelle le préfet d'Eure-et-Loir a statué sur la demande de titre de séjour présentée par Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête au fond n° 2404194 tendant à l'annulation de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de réexaminer la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet

d'Eure-et-Loir.

Fait à Orléans, le 24 octobre 2024.

Le juge des référés,

Frédéric C

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.