Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404221

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A..., ressortissant ivoirien. La juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, le requérant se trouvant en situation irrégulière et ne pouvant poursuivre sa formation en apprentissage. Elle a également retenu l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de la situation de M. A..., confié à l'aide sociale à l'enfance et scolarisé. Il a été enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de quinze jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, M. B... A..., représenté par Me Vieillemaringe, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l’exécution de la décision contenue dans l’arrêté du 6 septembre 2024 par laquelle le préfet d’Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d’enjoindre à ce préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors qu’il a obtenu un récépissé de demande de titre de séjour, le 16 août 2024, et que la décision attaquée modifie sa situation juridique, le plaçant en situation irrégulière ; sa scolarité a été suspendue, il ne pourra retrouver un contrat d’apprentissage que s’il dispose d’une autorisation provisoire de séjour et cette situation a entraîné une baisse très importante de ses ressources financières ;
- la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux concernant la légalité de la décision en litige est remplie car :
* elle est entachée d’un défaut de motivation ;
* les documents d’état-civil et la carte d’identité consulaire présentés à l’appui de sa demande de titre de séjour établissent son identité et font foi au regard de l’article 47 du code civil et de l’article 20 de l’accord-franco-ivoirien du 24 avril 1961 ; les documents d’état-civil n’ont d’ailleurs pas été remis en cause lorsqu’il a bénéficié d’un placement auprès de l’aide sociale à l’enfance par un jugement du 26 septembre 2022 ; sa carte d’identité consulaire, dont l’authenticité n’est pas contestée, confirme les mentions portées sur ces documents ;
* la décision attaquée méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’il est en France depuis août 2022, qu’il suit une formation en CAP de plaquiste-plâtrier depuis septembre 2023, qu’il a signé un contrat d’apprentissage le 29 août 2023 et qu’il ne dispose plus d’aucune attache dans son pays d’origine ;
* elle méconnaît l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile puisqu’il n’a plus aucun contact avec sa mère et que le préfet n’a pas apprécié la nature des liens avec la famille restée au pays ;
* elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ces mêmes dispositions dès lors que le préfet n’a pas apprécié globalement sa situation ; il a été confié à l’aide sociale à l’enfance entre ses 16 ans et ses 18 ans, il a déposé sa demande de titre de séjour dans l’année qui suit son 18ème anniversaire et il est scolarisé dans une formation qualifiante ; le préfet ne pouvait pas faire du critère tenant au caractère réel et sérieux de la formation suivie un critère prépondérant ; en tout état de cause, le caractère réel et sérieux de cette formation est démontré ;
* elle méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile puisqu’il justifie de motifs exceptionnels en ce qu’il vit en France depuis ses 16 ans, qu’il suit un apprentissage et qu’il est intégré dans la société.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 1er octobre 2024 sous le n° 2404148 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C... pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (…) ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l’application de la loi du 10 juillet 1991 : « (…) L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (…) soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ».

M. A... a présenté une demande d’aide juridictionnelle sur laquelle il n’a pas encore été statué. Il y a lieu, en application des dispositions citées au point précédent, d’admettre le requérant à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Sur les conclusions de la requête :

M. A..., ressortissant ivoirien né le 10 octobre 2005, est entré irrégulièrement en France le 10 août 2022, quelques mois après son seizième anniversaire, et a été confié aux services de l’aide sociale à l’enfance. Le 25 septembre 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 6 septembre 2024, le préfet d’Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé en cas d’exécution d’office. M. A... demande à la juge des référés de suspendre l’exécution de cet arrêté en tant qu’il lui refuse la délivrance d’un titre de séjour.

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience, lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.

L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

Pour justifier l’urgence qu’il y aurait à suspendre l’exécution de la décision attaquée portant rejet de sa demande de première délivrance d’un titre de séjour, M. A... fait valoir que cette décision le place en situation irrégulière alors qu’il bénéficiait, jusque-là, d’un récépissé de demande de titre de séjour, qu’elle fait obstacle à la poursuite de sa scolarité au centre de formation des apprentis (CFA) de Blois en vue de l’obtention du certificat d’aptitude professionnelle (CAP) des métiers du plâtre et de l’isolation, qu’elle obère ses chances de retrouver un contrat d’apprentissage et qu’elle a entraîné une baisse très importante de ses ressources financières. Toutefois, il ressort des mentions non contestées de la décision attaquée que le contrat d’apprentissage dont bénéficiait M. A... a été rompu d’un commun accord avec son employeur, le 31 août 2024, en raison de « difficultés » intervenues sur des chantiers en entreprise. Par ailleurs, le requérant n’établit pas, par la seule production d’un courrier du directeur du CFA de Blois, datée du 1er octobre 2024, envisageant un accompagnement de l’intéressé dans la recherche d’un nouvel employeur, qu’il aurait entrepris des démarches en ce sens et qu’un nouveau contrat d’apprentissage lui aurait été proposé. Enfin, les circonstances qu’il a été placé en situation irrégulière et que la décision attaquée le prive de la possibilité de disposer de ressources ne constituent pas, par elles-mêmes, des circonstances particulières pour l’application des principes rappelés au point précédent.

Il résulte de ce qui précède que la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie. Par suite, la requête de M. A... doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige, sans instruction, ni audience publique et sans qu’il soit besoin de statuer sur l’existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : M. A... est admis à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....

Copie en sera transmise pour information au préfet d’Indre-et-Loire.


Fait à Orléans, le 14 octobre 2024.


La juge des référés,





Sophie C...


La République mande et ordonne au préfet d’Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.